De Pasquale Paoli au Bagne de la Honte... Après la trilogie consacrée à Pasquale Paoli, Frédéric Bertocchini et Eric Rückstühl ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. D’autres personnages de l’Histoire de la Corse seront visités et mis en images en bande dessinée. Une nouvelle série verra le jour au début de l’année 2011, aux éditions DCL. Rencontre avec Frédéric Bertocchini, scénariste de bande dessinée. Frédéric Bertocchini, «  Paoli  » c’est maintenant du passé. Est-il difficile de passer à autre chose ? Non, pas du tout. Je travaillais déjà sur d’autres projets tout en écrivant Paoli. En réalité, à la fin de l’année 2006, la trilogie était déjà écrite. Les scripts étaient entre les mains d’Eric Rückstühl (le dessinateur). Depuis, j’ai pas mal travaillé. J’ai rencontré beaucoup de dessinateurs de talents, et même des scénaristes, avec lesquels j’ai entamé des collaborations qui sont en train d’aboutir. Et puis, avec Eric (Rückstühl), nous avons imaginé un projet à grande échelle, sur l’Histoire de la Corse. C’est-à -dire ? Nous avons tous été surpris par le succès de Paoli en bande dessinée. Cela nous a fait prendre conscience de l’impact que peut avoir la bande dessinée sur les jeunes générations. Mais pas seulement. C’est donc tout naturellement que j’ai proposé à Eric de continuer à travailler sur l’histoire de la Corse. Pour commencer, nous allons réaliser une série dont l’intrigue se déroule dans le milieu pénitentiaire, à Castellucciu, au 19ème siècle. La rencontre avec René Santoni, un spécialiste de la question, a été comme un déclic, et nous allons eu l’idée de raconter l’histoire vraie d’un jeune bagnard de 12 ans, Joachim Evain. Un bagne pour enfant, à Castellucciu ? Oui, à l’endroit même où se trouve l’hôpital aujourd’hui. Il reste très peu de vestiges de ce que fut ce bagne, construit sous Napoléon III, et détruit par la suite. Mais nous avons retrouvé de la documentation. Beaucoup de documentations. Avec l’aide de René Santoni et de Philippe Martinetti, deux passionnés d’Histoire, nous avons mis en place cette série dramatique. Il faut dire que des centaines d’enfants sont morts dans le bagne, et qu’aujourd’hui encore, en cherchant bien dans le maquis, on peut retrouver les misérables tombes de ces derniers, non loin de l’hôpital. Le premier tome est en voie d’achèvement et sortira début 2011, sans doute avant le salon du Livre de Paris. Est-il difficile de peindre la Corse en BD ? Pas tant que ça. Pour Paoli, la difficulté était surtout située au niveau de la reconstitution de l’image. La photographie n’existait pas à l’époque. Au niveau du script, il fallait à la fois que la rigueur historique soit inébranlable, mais aussi que le lecteur reste dans le récit sans ressentir de la lassitude. Il a donc fallu travailler sur le terrain, sur les lieux de mémoire, et dans les livres. Pour ce nouveau projet, un repérage a été nécessaire bien entendu. Mais le héros, Joachim Evain, n’est pas un personnage célèbre de l’histoire de la Corse. C’était un orphelin. Un pauvre gamin condamné à huit ans de bagne pour vagabondage. Il avait à peine de douze ans... Dans cette nouvelle série, nous serons donc plus dans l’intensité dramatique que dans la froideur du récit historique. Une fresque de l’Histoire de la Corse ? Et la suite alors ? Il y aura cette nouvelle série donc, de deux tomes. Puis ensuite nous nous attaquerons à Sampiero Corso, qui est également un personnage incontournable de notre Histoire. Le travail s’annonce colossal, tant au niveau du texte que du graphisme et de la couleur. Plus tard, nous aborderons sans doute la jeunesse de Napoléon Bonaparte, puis pourquoi pas la figure d’un grand résistant. Un album sur «  les pendus du Niolu  » est également dans mon esprit depuis pas mal de temps maintenant. Une sorte de «  Paoli 4  », ou de ce qui advint de la résistance corse après le désastre de Ponte Novu. Quels sont vos autres projets en bande dessinée ? Indépendamment de la fresque historique chez DCL, je travaille effectivement avec d’autres dessinateurs et d’autres éditeurs. Le 4 novembre prochain, paraîtra chez Emmanuel Proust, «  Jim Morrison, le poète du chaos  », un roman graphique de 120 pages, dessiné par Jef. L’album sortira en 2011 dans toute l’Europe, mais aussi aux Etats-Unis. Un thriller corso-irlandais est actuellement en voie de réalisation, toujours chez EP, avec Miceal O’Griafa et Michel Espinosa. Je travaille aussi avec Eric Puech sur une adaptation du conte «  Le Horla  » de Maupassant. La sortie est prévue en mai prochain. J’ai deux albums en préparation aux éditions Roymodus, un one-shot avec mon ami Marko. Puis je continue ma collaboration avec Frédéric Federzoni. Nous préparons une nouvelle série d’humour, avant de proposer un Petru Santu 4, sans doute en 2012. E. C.