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mercredi 22 septembre 2010, par Journal de la Corse

Bd Bd « Â Kraa  », la vallée perdue Quelque part dans le Grand Nord, aux frontières du monde arctique. Là, personne ou presque ne vit, hormis les bêtes sauvages et une poignée d’autochtones, l’un de ces peuples premiers rompus en grand air qui n’ont pratiquement rien changé àleurs habitudes millénaires. Pourtant, au cÅ“ur de ce tumulte, une créature observe les événements en silence... Il se nomme Kraa. « Â Kraa  » est un album qui vient de paraître aux éditions Casterman. Benoît Sokal, son auteur, nous parle de sa dernière Å“uvre. Kraa dépeint, entre autres, l’édification d’une sorte de ville champignon dans un milieu sauvage dont les sous-sols s’avèreront piégés. D’où vous est venue cette idée ? Benoît Sokal : L’idée de la ville champignon vient de la Ruée vers l’Or, un épisode historique que j’ai toujours trouvé intéressant, et dont on trouve pas mal de témoignages dans les récits de Jack London, justement. Ce n’est pas un hasard si le maire de la ville que je dépeins s’appelle Klondike... Quant aux sous-sols instables de la ville, cela s’appuie sur des phénomènes réellement observés. J’essaie toujours, lorsque je conçois une fiction, de vérifier si mes intuitions sont plausibles. Je consulte ma documentation écrite ou audiovisuelle, je sollicite mes souvenirs de voyage. Dans ce cas précis, j’ai retrouvé la tracé d’événements similaires survenus en Finlande, avec des volcans en activité qui ont littéralement fait fondre toute une région, comme une cocotte-minute. Et puis, j’aimais bien l’idée de construire sur quelque chose de mouvant, presque improbable. La cupidité et la mégalomanie humaines peuvent faire des miracles... Le parti pris narratif est de raconter cette histoire du point de vue subjectif, d’un oiseau – un aigle. C’est un choix surprenant... Benoît Sokal : J’ai bien fait un canard. Pourquoi pas un aigle ? Non, sérieusement... Benoît Sokal : Disons que c’est ma façon de m’intéresser àl’écologie. La manière de voir les écologistes est souvent très intellectuelle, très construite, très digérée. Mais aller observer les petits oiseaux le dimanche matin n’a pas grand-chose àvoir avec la Nature, la vraie, qui est un monde cru, brutal. Je voulais un point de vue naturel sur la Nature – d’où l’aigle. Pourquoi avoir introduit dans votre histoire, la relation de type chamanique qui s’établit entre Kraa, l’aigle, et l’enfant indien ? Benoît Sokal : En effet, je n’ai spontanément pas beaucoup d’attirance pour ce genre de mystique. J’ai toujours trouvé les approches ésotériques de la Nature d’une grande niaiserie. Si le chamanisme guérissait du cancer, ça se saurait. Ce n’est pas ma culture. Disons que je préfère Into the Wild àJeremiah Johnson... Cela dit, faire intervenir le chamanisme dans Kraa, répondait àla logique interne de l’histoire : le chamanisme, de fait, est une pratique culturelle typique des régions du Grand Nord. On en trouve des expressions aussi bien dans le monde américain qu’en Sibérie ou en Extrême-Orient. Finalement, on sent poindre chez vous une certaine nostalgie. Benoît Sokal : C’est la nostalgie des lectures d’enfance, la nostalgie du sentiment d’émerveillement que l’on ressent àcet âge de la vie en voyageant par l’imaginaire, et qui se dissipe définitivement lorsqu’on entre dans le monde adulte. Je fais partie de ces gens et de ces générations qui ont grandi avec Tintin, Bob Morane, toutes ces choses-là, et en effet la nostalgie de ce type d’imaginaire est présente. Mais enfin, il ne faut pas en faire des tonnes àce sujet, c’est une nostalgie assumée. Je n’ai pas non plus l’impression de radoter sur le thème du paradis perdu de l’enfance. Francescu Maria Antona

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