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A la rencontre de Lidia Morfino

jeudi 2 février 2012, par Journal de la Corse

La sortie de Berlusconi, la situation économique, l’arrivée au pouvoir d’un eurocrate comme Monti, pour les Italiens qu’est-ce qui va rester de 2011 dans leurs mémoires ?

Malheureusement la crise. Elle est sur toutes les lèvres. C’est d’ailleurs elle qui a emporté Berlusconi dont l’Europe a demandé le départ. Derrière des expressions telle « c’est toujours les mêmes qui payent » il y a une énorme amertume. Le chômage localisé surtout au sud gagne le nord, et c’est une grosse préoccupation. D’où une peur d’entreprendre chez ceux qui le pourraient. Mais l’Italie a des atouts : elle compte beaucoup de petites entreprises, et les gens n’attendent pas sur le gouvernement pour avoir des initiatives. Bref, les Italiens conservent l’art de s’en sortir.

La crise se fait-elle sentir sur la production cinématographique ?

On la sent très présente en tout cas dans le choix des thématiques traitées par les cinéastes. Beaucoup de films parlent de la dégradation des conditions d’existence, parfois sur un ton sarcastique et féroce.

L’histoire la plus originale parmi celles contées par les films de la compétition ?

Par ma manière de ressentir les choses – donc très subjectivement c’est « Ruggine » de Daniele Gaglianone. Cette œuvre ne plaira pas à tout le monde car elle aborde le sujet de la pédophilie. Le film est dur, difficile, mais il se situe dans le droit fil des contes dits pour enfants dont il emprunte les figures et le rythme. Par sa façon de tourner le cinéaste réussit à créer une ambiance lourde, étouffante. Il sait également fort bien diriger ses acteurs.

Dans cette compétition le cinéaste le plus prometteur ?

J’en citerai deux : Giuseppe Gagliardi, auteur de « Tatanka », un premier long métrage très abouti, qui donne envie de voir ce qu’il va faire ultérieurement - c’est, il faut insister, un tout jeune cinéaste. Francesco Bruni pour « Scialla », une comédie pleine de brio, avec des dialogues bien écrits et une bonne interprétation.

Des réalisateurs en lice pour un prix qui pourrait être désigné comme « valeur sûre » du 7e art italien ?

J’avancerai aussi deux noms : Paolo Genovese qui a tourné « Immaturi » et Ricky Tognazzi dont on va découvrir « Tutta colpa della musica ».

A propos de Ricky Tognazzi, il a un film en compétition et un second hors compétition. La raison de cette double présence ?

Son talent et la place indéniable qu’il a pris dans le cinéma de son pays, cinéma auquel, avec sa femme scénariste, il consacre sa vie. Si son style est classique ça ne l’empêche pas d’être de grande qualité ! Son film, « Il padre e lo straniero » n’est programmé qu’au Studio uniquement pour des raisons techniques. Sur le thème du handicap il nous propose une belle mise en scène servie par de bons interprètes.

La spécificité du cinéma italien ?

Je dirai que c’est un cinéma de microcosme sans nombrilisme car communiquer avec l’autre est une constante. Chez les réalisateurs italiens il y a toujours le souci des relations entre les gens et toujours de l’émotion.

Existe-t-il de films italiens ayant de gros succès en Italie et qui ne susciteraient aucun engouement à l’étranger ?

Depuis vingt ans sortent à Noël des films réalisés pour les vacances de fin d’année. Incontestablement ils ont du succès bien que régulièrement descendus par la critique ! Ce sont des comédies jamais distribuées ailleurs qu’en Italie parce que jugées trop italo-italiennes. Il y a là un peu de snobisme. Mais il est vrai aussi que suivant les cultures on ne rit pas des mêmes choses.

Selon le genre les films à ne pas manquer ?

Dans la tragédie « Tatanka », dans la comédie « Scialla », dans l’action paradoxalement « Una vita tranquilla ».

Propos recueillis par M.A-P

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