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RENCONTRE

jeudi 30 septembre 2010, par Journal de la Corse

Rencontre En Corse sous prétexte de spontanéité et d’improvisation on cultive trop l’approximation. Avoir de belles voix n’est pas suffisant. Jean Claude Acquaviva Quels sont les moments forts de l’histoire de l’Ensemble Kodo constitué il y a trente ans ? Avant la création de Kodo en 1981 il y a eu une période de préfiguration commencée àla fin des années 60, période de travail de mémoire et de réappropriation un peu comme en Corse àla même époque. Puis en 1988 le lancement du festival international, Earth Celebration, a permis de renforcer et de développer le groupe Kodo, àl’instar de ce qu’ont été pour A Filetta la création des Rencontres de Chants Polyphoniques de Calvi en 1989. Nos trajectoires àKodo et ànous ont des points communs. Mais Kodo est plus structuré et étoffé que A Filetta. Avec plus de quatre vingt membres àdemeure l’ensemble japonais relève plus de l’institution. Kodo c’est surtout des tambours. Est-ce làune forme instrumentale traditionnelle au Japon ? Les percussions ont été très présentes et le restent, entre autres grâce àKodo. Au Japon les tambours ont quelque chose de sacré, qui relie la terre au divin. Quelle est la part de la tradition et celle de la création dans le répertoire de Kodo ? Dans leurs concerts une partie est réservée au répertoire traditionnel qu’il faut transmettre. Une deuxième àla tradition « Â actualisée  », comprise comme un prolongement du legs du passé. Une troisième àdes morceaux écrits par des compositeurs contemporains. Suivant le lieu, le public, la demande le groupe s’adapte, et ne donne pas le même concert. Sur l’ile de Sado, par exemple, ils sont une trentaine d’artistes sur scène alors qu’en Corse, ils étaient huit. Mais toujours leur spectacle est plein de flamboyance, de puissance, de retenue, et d’une minutie phénoménale. Comment appréhender la performance physique des musiciens japonais par rapport àleur prestation artistique. Comment parviennent-ils àintégrer si bien l’une àl’autre ? En tout cas ils ne sont pas dans la démonstration ! Leurs corps sont sveltes, bien musclés, mais restent très naturels. Chez eux l’exercice physique est une pratique constante : ils font du yoga, des arts martiaux … D’où des spectacles complets résultant d’un engagement total de ces artistes qui associent musique et visuel pour se rapprocher au plus près de la chorégraphie afin de raconter des histoires qui reposent sur une progression dramaturgique. Après avoir vu et entendu Kodo on ne peut que se demander une fois de plus pourquoi les percussions sont absentes de la musique corse ? On a du mal àcomprendre et àexpliquer cette absence ! On avance que la rythmique de notre musique est essentiellement liée au verbe … Mais la Géorgie infirme cette hypothèse. On évoque aussi une interdiction de l’Église … Mais alors pourquoi n’est-ce pas la règle en Italie, ou en Occitanie ? Pas de difficulté de compréhension avec les artistes de Kodo ? Nos démarches sont semblables, cela rapproche beaucoup. Diffère la rigueur de leur organisation musicale qui nous bouscule et nous rappelle qu’on est dans l’erreur en Corse quand on prétend qu’un travail très poussé retranche de la spontanéité. Or, c’est exactement le contraire ! L’accueil du public japonais lors de votre dernière tournée ? Nous nous sommes produits dans des auditoriums devant un public très attentif, et peu démonstratif durant le concert, mais qui devenait très enthousiaste et très expansif après le spectacle ! D’ailleurs on n’a jamais vendu et dédicacé autant d’albums après nos récitals. Pareil en Corée ! Que faut-il apprendre du Japon dans le domaine artistique ? La rigueur. La minutie. La précision. La capacité d’écoute. La faculté d’être silencieux et discipliné. Le respect des autres. En Corse sous prétexte de spontanéité et d’improvisation on cultive trop l’approximation. Avoir de belles voix n’est pas suffisant. Le travail de répétition, de mise en place, de recherche d’équilibre est incontournable. La forme, l’esthétisme n’est pas tout, il faut avoir des choses àdire. Propos recueillis par M.A-P

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