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L’INVITE PAUL ETTORI

mercredi 26 janvier 2011, par Journal de la Corse

L invite

Paul Ettori : « La chasse est une pratique ancestrale ancrée dans notre culture. Il faut la respecter et ce n’est pas toujours le cas »

Le 19 janvier dernier, sur les hauteurs de San Bastianu, une vingtaine de chasseurs ont participé à l’une des ultimes battues de la saison. Parmi eux, Jacques Aurange, président de la Fédération des chasseurs de l’Ardèche, Jean Fraysse, l’un de ses amis, encadrés par Paul Ettori, président de la fédération de Corse-du-Sud de la chasse et vice-président de la Fédération Nationale. Une belle pièce de 70 kg a constitué l’unique trophée d’une journée ponctuée, selon la coutume, par le traditionnel et non moins convivial « spuntinu à l’antica ». Paul Ettori en a profité pour confier son sentiment sur cette pratique viscéralement ancrée chez les Corses. L’emblématique président est également revenu sur le drame de Zuani, les règles de sécurité, le braconnage, et n’a pas manqué d’exprimer son point de vue face aux adversaires de la chasse.

Le drame de Zuani, où le 9 janvier dernier, un jeune garçon a trouvé accidentellement la mort au cours d’une battue au sanglier est encore dans toutes les têtes. Il relance, néanmoins, une polémique et alimente les adversaires de la chasse. Qu’en pensez-vous ?

Je pense, tout d’abord, à cette famille qui est dans la douleur. Une douleur que nous partageons tous et à laquelle nous nous sommes associés le 16 janvier dernier. J’avais demandé, à cet effet et en signe de solidarité pour cette famille, un dimanche sans battue. Cependant, insinuer, comme beaucoup le font, que l’on ne devait pas emmener cet enfant à la chasse, ce jour-là, est, à mon sens, une grave erreur. C’est faire culpabiliser sa famille et plus particulièrement son père. Nous sommes tous des pères et même des grands pères et nous emmenons régulièrement nos enfants et/ou petits enfants lors des battues. Nos pères et nos grands pères en ont fait de même avec nous. Le seul problème consiste à faire respecter les règles de sécurité.

Quelles sont, justement ces règles de sécurité et sont-elles respectées en Corse ?

Ces règles sont très simples : Distribution de casquettes fluo aux chasseurs ; de gilets pour les conducteurs de chiens ; d’un carnet de battue au chef de battue ; identifier la cible avant de tirer ; charger le fusil, une fois en poste et le décharger avant de quitter le poste. Une battue doit, enfin, comporter sept chasseurs au minimum. Nous avons, au sein de la fédération, une mission primordiale qui est de veiller à ce que ces règles soient respectées. On doit mettre la pression sur les chasseurs et redoubler d’informations afin que ces règles ne soient pas transgressées. Néanmoins, un accident de chasse est toujours plus impressionnant qu’un autre mais, par définition, un accident, c’est quelque chose d’imprévu et malheureusement, le risque zéro n’existe pas.

Certains argumentent que le tir à la chevrotine devrait être interdit en Corse. Qu’en pensez-vous ?

Nous n’avons pas, en Corse, de grandes étendues qui nous permettent de tirer à longue distance. C’est la raison pour laquelle nous bénéficions d’une dérogation pour le tir à la chevrotine. Cette dérogation nous a été accordée en raison du maquis particulièrement dense présent dans l’île. Cela augmente forcément les risques puisque d’un tir à la chevrotine sortent quinze projectiles contre un seul pour un tir normal. D’où une intensification des règles de sécurité.

Qu’en est-il du braconnage ?

Je suis le président des chasseurs dans mon département. Je ne suis pas le président des « viandards » et des « chassards » qui transgressent les règles, notamment les dates d’ouverture et de fermeture ou encore ceux qui cherchent à ramener le plus de « trophées » possibles. Ces gens là ne respectent pas la nature et encore moins la chasse. Nous n’avons rien à voir avec eux.

Une convention régionale de partenariat pour l’éducation au développement durable a été signée, l’an dernier avec les ministères de l’Education Nationale et celui de l’Ecologie et de l’Environnement. Quel en est l’objectif ?

On est parti du constat qu’il était important d’initier les enfants très jeunes à ce qui touche à la nature et à l’environnemental. Un site a été aménagé sur la commune d’Alata pour accueillir des classes dans des ateliers de terrain autour de la faune du ruisseau et de la faune sauvage du maquis. L’objectif, c’est de les sensibiliser à la nature et de faire en sorte qu’ils la découvrent. Cette signature, qui est la déclinaison régionale d’une convention nationale signée entre les ministres de l’Education Nationale, de l’Ecologie, l’énergie et le développement durable et de la mer, et les présidents des fédérations nationales de la chasse et de la pêche, constitue une « première » tant au niveau national que régional. Quant à ces ateliers, ils s’intègrent dans des projets pédagogiques et restent adaptés au niveau des élèves.

Que représente la pratique de la chasse à l’échelle nationale et en Corse ?

La chasse est un phénomène de société aux retombées économiques très importantes. Elle rapporte 2,5 milliards d’euros chaque année en France et représente 25000 emplois. C’est énorme ! La Corse bénéficie, bien entendu, de ces retombées. D’un point de vue social, tout d’abord. Un jeune qui choisi la chasse a choisi la nature, l’oxygène et le respect de l’environnement. Sur le plan culturel, la chasse contribue à véhiculer la pratique de la langue, à ne pas oublier les patronymes et les différents endroits où l’on se rend. C’est aussi la découverte de la faune et de la flore avec les noms qui s’y rapportent. Enfin, au niveau environnemental, nous sommes les seuls à préserver la nature en travaillant au niveau des cultures à gibier, des sentiers de transhumance ou des points d’eau.

Quelle place la Corse occupe t-elle sur le plan national ?

Nous avons un total d’environ 17000 chasseurs en Corse, soit un homme sur cinq et ce chiffre représente, à peu près 7% de la population masculine de l’île. On explose complètement la moyenne nationale qui est de 2,5%. C’est dire l’importance qu’elle revêt. Près de trois cent jeunes passent, chaque année, leur permis et renouvellent, par la base, le nombre. Ils compensent, ainsi, le départ des plus anciens contraints de raccrocher le fusil et augmentent le nombre des chasseurs de 2% chaque année.

Un mensuel insulaire a récemment écrit, dans l’un de ses articles que la chasse servait, parfois, de prétexte à des activités, plus ou moins importantes liées à la drogue. Que répondez-vous à ces attaques ?

On nous accable une fois de plus en affirmant que l’on avait vu des chasseurs quitter leur poste pour aller fumer un joint, ou d’autres « déposer un paquet lors d’une battue ». C’est lamentable, extrêmement grave et même diffamatoire. La presse nationale s’acharne déjà chaque jour sur la Corse. Si la presse locale s’y met aussi. On a coutume de considérer les chasseurs comme responsables des maux de toute la planète.

Quel message souhaitez-vous adresser aux « adversaires » de la chasse ?

Je voudrais simplement leur dire que la chasse est une pratique ancestrale qui fait partie de notre patrimoine, de notre culture, de nous-mêmes. Elle est intergénérationnelle et nous a été transmise par nos anciens. Elle véhicule certaines valeurs, initie les plus jeunes d’entre nous à la connaissance de la nature et à la place que l’on y occupe. Enfin, dans un monde où règne l’égoïsme et l’individualisme, la traditionnelle battue se termine toujours dans la convivialité et l’on partage des moments d’amitiés qui nous sont indispensables. On ne peut pas réduire une activité ancestrale transmise depuis des siècles au simple fait de tirer sur un animal.

Interview réalisée par Philippe Peraut

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