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Cinémathèque de Corse, le 21 janvier

vendredi 21 janvier 2011, par Journal de la Corse

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« Chou sar », un film de De Gaulle Eid du 20 au 30 janvier

« Chou sar », (qu’est-il arrivé ? en arabe), c’est à cette interrogation lancinante qu’a voulu répondre le cinéaste libanais, De Gaulle Eid, en réalisant le film qu’il a présenté à la cinémathèque de Porto Vecchio, le 21 janvier.

« Chou sar », que s’est-il passé le 9 décembre 1990 quand le père, la mère, la jeune sœur et onze membres de la famille de De Gaulle Eid ont été massacrés à Edbel, village du Nord Liban ? Dans ce bourg très chrétien – et uniquement chrétien – une faction en a exterminé une autre, puis pillé les maisons des assassinés avant d’y mettre le feu Après un crochet par Aix-en-Provence pour des études de cinéma le réalisateur s’établit sur l’île. Son film nous entraine dans une quête de vérité de la Corse à Beyrouth et à la montagne libanaise. Sans pathos, avec une émotion vraie il entend les mots de ceux qui ont survécu. Sans effet, avec pudeur il fait œuvre de mémoire contre l’oubli, le pire outrage à infliger à des victimes. « Chou sar » n’a rien d’un ressassement morbide car au bout de l’horreur c’est la vie qui est exaltée. La vie sacrée. De Gaulle Eid a voulu un film contre la haine. Contre la barbarie. Un défi terrible pour l’enfant de cinq ans qu’il était alors, gamin réchappé de justesse au massacre des siens. La narration progresse comme une victoire arrachée pas à pas sur la violence d’un chaos. Sur une souffrance indicible qui parvient enfin à se libérer par la parole. Message fort du film servi par une écriture cinématographique qui fait de ce documentaire un film de création, loin du banal reportage ou de l’enquête journalistique minutieuse ou appliquée. Que nous dit « Chou sar » ? Il n’affirme rien. Il n’assène rien. Au-delà du rappel d’un épisode historique tragique il invite à réfléchir sur les conséquences morales, psychiques, sociologiques d’une amnistie générale aux contours si flous et extensifs qu’elle finit par nier le statut de victime. Bien sûr pour solder des années de guerre il fallait amnistier des auteurs d’actes de guerre. Mais sans doute pas à n’importe quel prix ! Il fallait qu’en retrouvant une paix tous et toutes puissent avoir, au moins, la liberté d’exprimer et de débattre du mal qui les avait frappé, voie et moyens incontournables de l’exorciser, et de ne pas retomber dans les mêmes erreurs.

Michèle Acquaviva-Pache

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