A l’heure où le célèbre agent secret Alpha traverse une crise sans précédent dans sa carrière régulière de prise en main par Iouri Jigounov, le scénariste Emmanuel Herzet et le dessinateur Eric Loutte lèvent le voile sur les premières années de terrain au fil des pages d’une série dérivée de « Alpha ». L’exercice n’est pas facile, mais les deux hommes s’en tirent avec un brio digne de leurs prédécesseurs. Ces derniers nous expliquent comment ils se sont imprégnés de « l’esprit Alpha », afin de rester au plus près du personnage, tout en apportant un vent de fraîcheur.
« Lorsque Le Lombard m’a proposé de me charger du spin-off d’ « Alpha », la demande était accompagnée d’un cahier des charges assez conséquent » se souvient Emmanuel Herzet. « La première obligation était naturellement de rester dans l’esprit de la série. Mais, paradoxalement, il était également important de ne pas faire un « Alpha » bis qui ne se focaliserait que sur les intrigues liées à la CIA. Enfin, la dernière contrainte était aussi la plus importante : ne pas décevoir les nombreux lecteurs de la série ». A ces demandes éditoriales, s’ajoutait un autre impératif, sans doute le plus difficile à surmonter : « C’est une série que je suis depuis le début en tant que lecteur. Mythic est dans le tiercé des scénaristes qui m’ont donné envie de le devenir. Je ne voulais pas le décevoir, ni me décevoir, ni tromper le personnage ». Même son de cloche du coté d’Eric Loutte : « Même si j’avais déjà vécu cette situation avec « Biggles », série sur laquelle j’ai succédé à Bergèse, j’étais encore plus impressionné. Iouri Jigounov est un virtuose du dessin réaliste, épuré. Il a résolu un tas de problèmes graphiques qui le préoccupaient ». Comment, dans ces conditions, trouver sa marge de manoeuvre ? « En essayant de travailler la différence » répond Herzet. « L’important est cette idée de premières armes et comment le héros va les affûter. J’ai abordé le personnage sous l’angle de l’élève un peu potache avec un bon potentiel à faire fructifier. Tylerl est un peu imbu de lui-même et, pour cette raison, il a plein de choses à prouver. Là, je pose pas mal de choses mais, par la suite, il va clairement basculer du coté obscur, parce qu’il est animé par une vengeance. On oubliera un peu le coté machination pour se concentrer sur les émotions du personnage, le remettre au centre de l’histoire ». De son coté, Eric Loutte a préféré puiser dans les qualités de Iouri Jigounov pour avancer sur son propre chemin : « A part pour le visage d’Alpha, j’ai eu carte blanche. J’ai demandé au Lombard de m’envoyer les dessins au trait des albums de Jigounov. Puis je me suis inspiré de la manière dont il gère les détails encombrants, ou la couleur, pour emprunter cette direction plus épurée vers laquelle je souhaitais aller depuis longtemps ». Alpha trouve ainsi une nouvelle jeunesse, avec de nouveaux auteurs, à la fois dynamiques et talentueux. Nul doute que les nombreux lecteurs, fans de cette série incontournable, apprécieront...
• Francescu Maria Antona