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25e Festival italien de Bastia : Beaucoup d’invités attendus

jeudi 31 janvier 2013, par Journal de la Corse

Vingt trois films au programme dont douze en compétition. Des cinéastes et des acteurs annoncés et toujours la même convivialité au cœur de l’hiver !..

L’affiche de l’édition 2013 avec le beau sourire du gamin de « Cinema Paradiso » de Tornatore est emblématique d’une manifestation chère aux Bastiais, et ancrée dans le paysage culturel de l’île. Un quart de siècle… quelle belle durée et quelle remarquable constance de la part des organisateurs ! Particularités de la douzaine des réalisations en lice pour les prix : la diversité des genres et des styles. Ivano De Matteo, l’auteur de « La bella gente », qu’on avait tant aimé, revient avec « Gli equilibristi », une comédie douce-amère sur les heures… d’aujourd’hui. Retour aussi, mais cette fois du film politique avec « Diaz » de Daniele Vicari, qui évoque la répression sanglante dont furent victimes, à Gênes, des contestataires du G8 en 2001. Inclassable, quant à elle, l’œuvre d’Ivan Cotroneo, « La kryptonite nella borsa » avec son style qui marie ironie et sentiment, impertinence et « fantasy ». Un thriller sur fond de violence et d’intolérance ainsi se présente « Padroni di casa » tourné par Edoardo Gabbriellini dans les Apennins. L’univers du lycée avec désenchantements et espoirs des enseignants, voilà pour « Il rosso e il blu » de Giuseppe Piccioni dont la caméra allie humour et délicatesse. Sur le ton de la comédie populaire Paolo Virzi aborde dans son dernier opus, « Tutti santi giorni », le thème du besoin d’enfant chez un couple. Un sujet risqué mais traité par Virzi on peut rêver du meilleur. La jeunesse dans un monde en crise tel est l’argument majeur d’ « Un giorno speciale » de Francesca Comencini dont les images dénoncent une société où il est devenu normal de se vendre pour se faire un avenir. « Workers pronti a tutto » de Lorenzo Vignolo jouxte une thématique voisine en déroulant en trois tableaux – sourire et amertume à l’appui – une précarité socio-économique qui est le lot de trop de jeunes. Sur le ton de la comédie ironique et surréaliste, Silvio Soldini, réalisateur de « Pain, tulipes et comédie » nous offre « Il comandante e la cigogna ». Vedette d’un « Appartemento ad Atene », la magnifique Laura Morante. Ce film de Ruggero Dipaola a pour cadre la capitale grecque durant l’occupation allemande. La dernière réalisation de Pupi Avati, Il cuore grande della ragazze » se déroule, elle, dans les années trente et promet d’être burlesque et sexy ! Enfin avec « Cavalli » Michele Rho nous conte avec justesse et sensibilité l’histoire de deux frères qui vont s’épauler pour surmonter le deuil de leur mère. Les trois coups du festival seront frappés avec « Posti in piedi in Paradiso » de Carlo Verdone, gageons que ceux qui aiment son comique seront aux anges… En clôture « Io sono Li » d’Andrea Segre dont on murmure que c’est un vrai petit bijou.

Michèle Acquaviva-Pache

« Le cinéma italien ne fait pas dans les clichés, il s’arrange toujours pour évoluer, pour avoir un souffle nouveau. Il est constamment surprenant.

Fabrice Murati

Voilà neuf ans que vous êtes une cheville ouvrière du festival italien de Bastia. Pourquoi cet intérêt pour cette manifestation ?

Pour l’Italie, pour la langue italienne, pour la culture, pour l’élégance… L’Italie m’a bercé et m’a beaucoup apporté. Quant au festival en lui-même c’est une super équipe et un moment à part dans l’année.

Les caractéristiques principales, à vos yeux, du cinéma italien ?

Son humanité. Sa sensibilité dans le traitement des rapports humains si bien qu’on s’identifie facilement aux personnages. Le cinéma italien ne fait pas dans les clichés, il s’arrange toujours pour évoluer, pour avoir un souffle nouveau. Il est constamment surprenant. Il sait traiter du quotidien sans exclure la poésie. Il va de soi que pour le festival on choisit ce qu’il y a de meilleur dans la production.

En neuf années d’implication comment avez-vous vu la manifestation évoluer ?

Elle s’est professionnalisée tout en gardant un côté très familial. Pendant l’ère berlusconienne la production cinématographique italienne alignait beaucoup de films basés sur des histoires de grands bourgeois souvent fort peu passionnantes. Mais en parallèle on a vu émerger des jeunes cinéastes doués et apportant une manière nouvelle d’aborder situations et problèmes.

Personnellement le genre de film qui a votre préférence ?

Les films historiques quand ils dénotent une attention toute particulière au traitement de l’image, à la lumière, aux costumes, au sens assez maniériste du détail. Là, je pense évidemment aux Taviani, à leur « Allonsanfan » par exemple, avec ce début du film qui s’attarde sur cette mouche à l’ombre d’un rideau de dentelle.

D’après vous, et toujours très subjectivement, les valeurs sûres du 7ème art italien ?

Visconti… le maître pour son côté théâtre et pour son art totalement abouti avec son souci du détail qui relève presque de la névrose ! Chez un Daniele Luchetti j’apprécie sa recherche de l’image car j’aime en prendre plein la vue. Au cinéma on ne doit pas s’ennuyer au niveau visuel. Chez un Ivano De Matteo je suis touché par son approche de la société qui est à la fois réalisme et poésie et par son engagement.

Quelles belles rencontres avez-vous pu faire pendant les festivals ?

Généralement tout se passe dans la bonne humeur. Mais je garde un souvenir marquant de Marco Tullio Giordana, un homme d’une fantastique générosité, qui s’intéresse à tout et pas seulement à ce qu’il fait. Souvenir exceptionnel également : Claudia Cardinale, car avec elle on touche au mythe sans qu’elle n’ait rien d’une icône figée. Bien au contraire. Elle est la vitalité même. L’élégance. Sa conversation est passionnante.

Un film qui vous a scotché ?

« Cantando dietro i paraventi » d’Ermano Olmi. Un film en costume, d’une poésie incroyable, aux clairs-obscurs à la Caravage, toute de délicatesse et d’élégance.

Votre meilleur réalisateur italien actuellement ?

Nanni Moretti pour son engagement qui le conduit à donner des coups de pied dans la fourmilière, pour sa filmographie très réussi, pour son intelligence des choses.

Propos recueillis par M.A-P

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