Evisa sur la voie du développement Dans son écrin de montagne et de verdure, Evisa a décidé d’offrir un projet de développement à sa population. Juché à 830 mètres d’altitude, le village s’étend sur 1,5 kilomètres et bénéficie d’atouts considérables qui n’attendent que d’être mis en valeur. «  Il n’y a pas de territoires pauvres, il y a des territoires sans projet  ». Tel est le credo de Jean-Jacques Gianni, maire d’Evisa depuis 2009. Son expérience politique a débuté l’année précédente lorsqu’il occupait le poste de premier adjoint en 2008. Ce directeur général de la Chambre d’Agriculture de Corse-du-Sud a décidé d’installer le village où il a grandi, et par rayonnement le haut canton des Deux Sevi, sur les rails du dynamisme. Enrayer la désertification rurale A son arrivée à la gouvernance du village, il a évalué les forces et les faiblesses de cette commune de 186 habitants. A commencer par la faiblesse de sa population, qui a chute de 20% en 20 ans, et la faible densité rurale (2,7 habitants/km2). L’absence totale de projets structurants et de visions de développement à court, moyen et long termes ont tenu Evisa à l’écart des plans Leader, des classements en grand site et autre zone de revitalisation rurale. «  C’est une enclave marginalisée, un des trois villages du canton à avoir perdu des habitants ces dix dernières années  », regrette le maire. Qui n’a pourtant pas l’intention de se résigner. Il est des personnes qui malgré leur isolement refusent de sombrer dans l’immobilisme. La route par exemple, qui mène au village et qui passe par le col de Sevi est sinueuse. L’hiver, la majeure partie de cette départementale est verglacée donc dangereuse. Des travaux de sécurisation s’avèrent être nécessaires pour permettre des conditions de circulation plus fiables et pour faciliter les échanges, donc assurer le maintien de l’activité économique. «  Je mets tout ce que je peux à la disposition de mon village, de mon canton et de mon île, précise Jean-Jacques Gianni. Le concours de la population est primordial pour élaborer un projet de développement cohérent en adéquation avec les réalités du territoire et de la vie quotidienne  ». Pour enrayer la désertification rurale, des pistes sont à l’étude avec le concours de la population et certains projets de revitalisation ont d’ores et déjà été réalisés. Une richesse patrimoniale «  La forêt constitue un atout majeur pour inscrire le village sur la voie du développement  », explique Jean-Jacques Gianni. Chaque été, ce paradis de verdure attire de nombreux touristes. A la croisée des sentiers de grandes randonnées Mare e monti, Mare e Mare nord et GR 20, Evisa constitue une halte prisée des marcheurs. Les vacanciers avides de fraicheurs posent volontiers leurs valises dans cette agglomération entourée de hauts sommets. Un sentier du patrimoine traverse la châtaigneraie sur trois kilomètres. Ce chemin des châtaigniers propose un itinéraire pédagogique illustré par des panneaux en céramique relatant l’activité ancestrale autour de ce fruit. Ce parcours aménagé conduit jusqu’à la forêt d’Aïtone, appréciée pour ses nombreux ruisseaux, cascades et piscines naturelles loin de l’agitation du littoral. Une promenade dans cette forêt domaniale permet de découvrir la diversité de la végétation : pins laricio, pins maritimes, houx, aulnes, sapins, hêtres, frênes-ornes, chênes, trembles. Les plus âgés ont 500 ans. Propriétaire de mille hectares de forêt (la CTC possède 3 000 hectares tandis que les communes de Ota-Porto, Patiniello, Osani, Serriere et Evisa se sont partagé 4 800 hectares), la commune a engagé un dossier d’objectif depuis deux ans en collaboration avec le Parc naturel régional de la Corse visant le classement en Natura 2000 du site. La forêt a été décrétée d’intérêt communal : des travaux de nettoyage et d’entretien ont été effectués et les accotements de la route longeant la forêt vont être refaits avec l’aide du Conseil général. Un projet global de réhabilitation de ce site prévoit l’aménagement d’aires de stationnement et la pose d’une signalétique afin d’accueillir les touristes dans de meilleures conditions et en toute sécurité. Païsolu d’Aïtone Dans les Deux-Sevi, le gâchis porte un nom : Païsolu d’Aïtone. Ce village de vacances d’une capacité de deux cent cinquante lits était dédié au tourisme social dans les années 1970 mais a été délaissé des pouvoirs publics. Jadis, le site accueillait vacanciers et écoliers tout au long de l’année. L’été, les familles et les centres de vacances investissaient les soixante chalets intégrés dans le paysage. Philippe et Martine, couple originaire de la région parisienne, ont découvert le Païsolu dans les années 1980. Séduits par «  la magie du lieu  », ils reviennent régulièrement y passer quelques jours pour de longues randonnées et des moments de détente à l’ombre des pins parasols. «  Nos enfants pouvaient jouer librement dans le centre de vacances, c’était très enrichissant pour eux d’être ainsi au contact de la nature. Nous avons passé des été magiques ici  », se souvient Martine. L’hiver, cet endroit était fréquenté par les amateurs de ski de fond et de ski alpin, les colonies de vacances et les classes de neige.Sur les soixante chalets, quinze seulement sont aujourd’hui opérationnels. Faute d’entretien, les toits en bardeau ont été rongés par l’humidité et l’eau s’est infiltrée dans les bungalows. Marie-Paule Casanova est le cerbère du Païsolu. Après avoir occupé le poste d’adjoint au directeur en 1983, elle a pris la direction du centre en 1987. Employée depuis la création du centre, elle a vu le lieu prospérer, drainer un public nombreux d’ici et d’ailleurs, puis péricliter dans l’indifférence la plus totale. Découragement et amertume ont gagné cette femme à poigne qui s’est préservée toutes ces années de la résignation. Sa persévérance a tenu éloignés vaches, sangliers et pilleurs. Tant bien que mal, Marie-Paule Casanova entretient les espaces extérieures, nettoie les bungalows autorisés à la location, accueille chaleureusement les habitués. «  Ce lieu a cessé d’être rentable lorsque les pouvoirs publics ont cessé de s’investir, déplore-t-elle. C’est un site exceptionnel pouvant garantir une animation pour le haut canton toute l’année  ». Politique spécifique En 2008, la première délibération de la nouvelle municipalité portait sur l’atout exceptionnel que constitue le Païsolu pour le village et la détermination de la commune de réhabiliter ce site. Une réflexion sur la réhabilitation de ce site exceptionnel a été engagée. Dans le cadre du Pôle d’excellence rurale des Bains de Guagno, 1,5 million d’euros ont été dévolus au Païsolu. Si les pouvoirs publics jouent le jeu et respectent leurs engagements, un musée de la forêt, A Casa di a Muntagna ; des promenades de découvertes ; un jardin botanique ; une table d’orientation ; des randonnées à cheval ; des parcours à VTT ainsi qu’une vaste palette d’activités liées à la montagne devraient être proposés dans les prochaines années. «  Je regrette qu’il n’y ait pas de lobby de la montagne, souligne le maire, appelant de ses vÅ“ux la création d’un regroupement des maires de communes d’altitude au sein de l’association des maires de Corse-du-Sud. «  La montagne, on la dynamise en prenant en compte ses atouts, ses spécificités, ses handicaps et en élaborant un projet de développement rural  », insiste-t-il. Tout territoire dynamique devient attractif. Evisa peut s’appuyer sur ses richesses patrimoniales pour regagner sa vitalité perdue. Le maire appuie sa conception agrotouristique du développement sur la présence de quatre agriculteurs installés autour du village. L’un est apiculteur, les trois autres sont polyvalents (élevage de chèvres, de porcs, castanéiculture). L’intérieur avait été occulté dans la première mouture du Padduc, espérons que la nouvelle version saura véritablement prendre en compte la diversité et la spécificité des territoires qui composent la Corse. Pour pérenniser la vitalité des villages. Â