Quelle sera l’issue des scrutins des 26 janvier et 7 février ? Une chose de sûre, au delà de querelles regrettables, l’élection du Conseil d’administration puis celle du Président de l’Université de Corse permettront de trancher entre deux visions.
Depuis plusieurs semaines, Paul-Marie Romani et Antoine Orsini, les deux candidats à la présidence de l’Université de Corse sont en lice tout en étant les chefs de file des listes de candidats au Conseil administration. Le second nommé se définit comme voulant rompre avec les orientations du président sortant Antoine Aiello et laisse entendre que son adversaire ne serait qu’un héritier ou un successeur adoubé. Dépassant le stade de la critique sévère d’un bilan, il est même passé à celui de l’accusation en mettant gravement en cause le management de l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres. Ce qui a provoqué une réaction indignée des responsables de l’Institut et incité Antoine Aiello à saisir la justice si l’escalade se poursuivait. Cette situation était des plus déplorables. L’institution censée être une référence pour la jeunesse insulaire et un outil majeur de construction de l’avenir de la Corse, devenait un lieu et un enjeu d’affrontements aussi stériles que dévastateurs. De quoi donner bien des regrets aux militants des années 1960, 1970 et 1980 du siècle dernier qui s’étaient battus pour que renaisse et vive l’Université de Corse. Et qui avaient été aussi au premier rang pour empêcher certains politiciens d’en imposer la fermeture, de la gendarmer ou d’en faire un centre universitaire de second ordre. Heureusement, depuis quelques jours, le débat semble devenir plus courtois et permettre de mieux cerner les propositions des deux protagonistes. Concernant cet apaisement et cette clarification, il convient d’ailleurs de saluer l’influence positive du Place publique organisé par Rcfm et Corse-Matin. Deux visions de l’avenir de l’Université de Corse sont en présence. L’une s’inscrit dans une certaine continuité, l’autre propose un changement de cap.
Une opposition évidente
Paul-Marie Romani qui a le soutien du président sortant apparaît surtout comme le garant de ce qui a été réalisé, même s’il avance des pistes nouvelles. Il peut bien entendu s’appuyer sur une autonomie à ce jour réussie de l’Université de Corse. Celle-ci y a trouvé son compte en renforçant son corps enseignant (des dizaines de postes créés en quatre ans), en affirmant ses filières et en améliorant ses surfaces de locaux et ses équipements. Son adversaire considère au contraire que ce bilan n’est positif qu’en apparence. Pour lui, les années futures verront se dégrader la situation financière de l’Université. Il ajoute que l’on note, d’ores et déjà, une détérioration de l’attractivité et de la qualité qui se traduit par un essoufflement des inscriptions et un taux d’absentéisme inquiétant. Certes, les discours peuvent parfois paraître convergents. Mais cela ne se traduit que par l’expression de généralités : plus grande communication entre l’institution universitaire et les étudiants, projet mettant l’étudiant au centre des grands choix, davantage de place accordée à la recherche, offre de formation élargie, modernité pédagogique. Une fois ces grandes lignes énoncées, l’opposition redevient évidente. Pour Antoine Orsini, la précarité étudiante n’est pas assez prise en compte, le mode de recrutement des enseignants est contestable, la recherche fondamentale est oubliée, les travaux de l’Université restent confidentiels, des compétences sont négligées ou éparpillées par manque de cohérence et de transversalité. On sent poindre une approche traditionnelle de l’Université où la volonté de donner les mêmes chances à tous et la richesse de la connaissance théorique constituent des valeurs premières. On devine aussi le rejet d’un modèle universitaire se voulant plus en phase avec une culture de l’entreprise, de la performance, des besoins de compétences professionnelles et d’application. Ce qui représente une pierre de taille dans le jardin (le projet) de Pierre-Marie Romani. Celui-ci entend en effet privilégier une Université de la formation et de l’ouverture à la société civile qui se donnera comme objectifs de rendre le diplômé immédiatement employable et de créer les conditions d’une adéquation entre la formation et l’offre d’emploi. Entre les deux options, laquelle privilégier ? On serait tenté de souhaiter une voie du compromis qui, sur un corpus initial et solide de savoirs théoriques, construirait ensuite de véritables capacités professionnelles et opérationnelles.
Alexandra Sereni