Une Nouvelle Corse a des idées et l’enthousiasme des pionniers. Elle peut surfer sur l’air du temps autonomiste. Mais il lui faut compter avec son manque de fiefs électoraux. 2010 restera l’annus horribilis de la droite en Corse. Personne n’a oublié qu’il a fallu une visite de Nicolas Sarkozy pour mettre fin, du moins en apparence, à la querelle entre Ange Santini et Camille de Rocca Serra. Le premier a du renoncer, au profit du second, à ses prétentions de conduire la liste UMP aux scrutin territorial de mars dernier et de se succéder à la présidence du Conseil Exécutif. Tout le monde a aussi en mémoire que la lutte entre deux fortes personnalités de la Haute-Corse pour exercer le leadership féminin, a été arbitrée à l’Elysée. Toutes deux désiraient la deuxième place sur la liste conduite par Camille de Rocca Serra, Anne-Marie Natali a eu gain de cause aux dépens de Stéphanie Grimaldi. Une campagne électorale calamiteuse a suivi. Pouvait-il d’ailleurs en être autrement, avec une entrée en matière qui crédibilisait l’image d’une droite futile et inconsistante prenant ses ordres à Paris, et un bilan de mandature insipide que ponctuait le fabuleux loupé du PADDUC. La morale a été sauve : le résultat désastreux de la droite au soir du second tour de scrutin, a été à la hauteur de ses errances et de ses échecs. L’UMP a perdu la présidence de la Collectivité territoriale et a été devancé par la mouvance Autonomistes / Indépendantistes. En effet, les listes de Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni ont totalisé 51383 voix, 35,73 % et 15 sièges, alors que la liste Camille de Rocca a obtenu 39 765 voix, 27,65 % et 12 sièges. La suite a été conforme à ce qui était prévisible. Chacun(e) a accusé l’autre d’avoir créé les conditions du désastre. Depuis également, l’UMP n’a plus de leader. Ange Santini et Camille de Rocca Serra sont hors course pour au moins quelques temps. Le dernier parlementaire que compte la droite insulaire, le docteur Sauveur Gandolfi-Scheit ; se garde bien de postuler à cette périlleuse position. Il préfère se consacrer à sa circonscription et travailler à sa réélection en peaufinant ses liens avec les nationalistes de tous bords Il a été très actif dans la démarche visant à obtenir la détention en Corse des nationalistes incarcérés sur le Continent. Il a ouvert la porte de Jean-Louis Borloo au député européen François Alfonsi qui, concernant l’alimentation de la centrale de Lucciana, souhaitait plaider la cause de la santé publique et du fuel léger. La droite en Corse est plurielle Faute de roi ou de reine, la porte est ouverte à toutes les démarches et à toutes les ambitions. Non réélu car ayant été placé en milieu de peloton de la liste UMP, Jean-Martin Mondoloni a été le premier à sonner la charge. Il s’est prononcé pour l’avènement d’une droite corse et militante sachant s’affranchir de Paris et des caciques. Il a même initié la création d’un mouvement : Une Nouvelle Corse. Lors d’une récente réunion qui s’est tenue à Corte, ce mouvement a d’ailleurs tenu à rappeler qu’il n’était pas « une pièce rapportée de l’UMP ». Il a aussi affiché l’ambition d’être le fer de lance de la reconquête de la Région par la droite en 2014. Pour parvenir à ses fins, il a d’ailleurs promis une offre politique régionaliste et même corsiste qui ferait des propositions originales, notamment en matière de fiscalité, de transports ; de politique euro méditerranéenne et même d’institutions. Pour qui n’aurait pas compris qu’Une Nouvelle Corse entend ne pas être l’UMP, Marie-Antoinette Santoni Brunelli a précisé que « la droite en Corse est plurielle » et que, pour sa part, en 2004 et en 2010, sa position sur la liste investie par l’UMP était une position de personnalité d’ouverture. Bien entendu, cette démarche qui se veut nouvelle - même si d’autres comme Philippe Ceccaldi, Paul Patriarche, Toussaint Luciani ou José Rossi l’ont expérimenté dans un passé pas si lointain - ne plait pas à tout le monde. Elle fait un peu d’ombre aux volontés de Stéphanie Grimaldi au Nord et Marcel Francisci au Sud de refonder l’UMP et d’en devenir les leaders. Elle semble aussi agacer Ange Santini. Sans doute requinqué par l’air calvais et sa récente nomination au Conseil économique et social - le prestigieux du Palais d’Iéna à Paris dont le fonctionnement coûte 37 millions d’euros par an au contribuable français, et non celui très confidentiel du cours Grandval à Ajaccio - l’ancien président du Conseil exécutif a fait entendre la musique de l’orthodoxie UMP. En réalité, à droite, entre les partisans d’Ajaccio et ceux de Paris, l’heure de la coexistence pacifique est passée et vient celle de la concurrence. Une Nouvelle Corse a certes l’enthousiasme des pionniers. De plus, elle peut surfer sur l’air du temps autonomiste. Mais il lui faudra compter avec un handicap majeur et souvent mortel en Corse pour les « jeunes loups » : son manque de fiefs électoraux. Or, si les « réservoirs de voix » sont rarement producteurs d’idées nouvelles et de visions originales, et si leur existence explique en grande partie l’état lamentable de la Corse, ils restent le plus sûr moyen de gagner les élections. Ce n’est pas exaltant, mais c’est comma çà... Pierre Corsi