Accueil du site > Societe > Transports : un casse-tête coûteux
 

Transports : un casse-tête coûteux

jeudi 12 janvier 2012, par Journal de la Corse

Remplir un tonneau sans fond. La Corse semble vouée à ce triste sort dès qu’elle se trouve confrontée à la gestion du dossier Transports.

Petit rappel à l’attention de ceux qui ont presque tout oublié de leurs années lycée : dans la mythologie grecque, les Danaïdes sont les cinquante filles du roi Danaos. Ayant soutenu leur père contre son frère Égyptos, elles ont par la suite accepté une réconciliation et épousé leurs cinquante cousins. Mais le soir des noces, à la demande de leur père, elles les ont occis. Ce qui leur a valu d’être condamnées aux Enfers et à remplir un tonneau sans fond. La Corse semble vouée au même sort dès qu’elle se trouve confrontée à la gestion du dossier Transports. Les coûts du ferroviaire, du maritime et de l’aérien ne sont jamais couverts par les recettes. Le comblement des déficits demande toujours davantage de subventions. Ce qui se traduit par une saignée permanente qui interdit toute fongibilité de l’enveloppe de continuité territoriale (en consacrer une partie à l’aménagement du territoire). Ce qui finira par anémier chroniquement les finances locales (nécessité de subventionner les transports à partir des ressources de la Collectivité Territoriale et d’autres collectivités insulaires). Ce qui aboutira inévitablement à alourdir le fardeau fiscal supporté par les Corses. L’un de ces déficits est d’ores et déjà identifié et quantifié. Il s’agit de celui du transport ferroviaire (annuellement plus de 25 millions d’euro). Quant à la perspective qu’il soit résorbé significativement, elle relève de l’utopie. Ni une forte progression des recettes, ni réaliser des économies, ne représentent des pistes crédibles. Au vu des difficultés financières que traverse la Collectivité Territoriale et qui perdureront, on peut parier qu’il sera un jour demandé aux autres actionnaires publics (Communautés d’agglomération ajaccienne et bastiaise, CCI 2A et 2B, départements 2A et 2B) de la toute nouvelle Société d’économie mixte d’exploitation des chemins de fer de la Corse, de participer au comblement du déficit à hauteur de leur présence au capital social. Les coûts futurs des transports aérien et maritime, dans la cadre du service public, restent à chiffrer. Mais on peut d’ores et déjà augurer que, sauf mise en œuvre de réformes en profondeur et durables, les 187 millions d’euros de l’enveloppe annuelle de continuité territoriale ne suffiront pas à couvrir les dépenses. Pour fonder ce pessimisme, les réalités concrètes ne manquent malheureusement pas. Il est d’abord quasiment certain que l’Etat, qu’il soit gouverné par la droite ou la gauche, n’augmentera pas le montant de l’enveloppe. Il est même probable qu’il ne compensera plus les effets de l’inflation.

« Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille »

La Cour des comptes a par ailleurs révélé que le financement et l’organisation du transport maritime devraient être revus et corrigés. Elle a en effet relevé que le niveau élevé de subventionnement d’un service régulier et de réductions tarifaires, provoquait un dépassement de l’enveloppe de continuité territoriale. Les magistrats ont particulièrement mis en cause l’aide sociale au passager transporté qui aurait, selon leurs calculs, épuisé les marges de manœuvre financières de l’Office des transports. La suppression totale de cette mesure ne saurait toutefois constituer une solution miracle. Tout en ayant pour inconvénients de diminuer l’offre de places et d’augmenter le prix du billet, nuisant ainsi à la fréquentation touristique et pénalisant les résidents corses, elle ne réduirait pas suffisamment les dépenses. Pour que le service public maritime ait un coût supportable, il devra probablement aussi faire l’impasse sur la desserte de Toulon et de Nice, ainsi que ne plus prendre en compte le trafic estival assuré par les car-ferries. Il conviendra peut-être aussi que les élus territoriaux se prononcent pour une réduction du nombre de ports insulaires desservis. De quoi susciter l’hostilité des syndicats de salariés et des CCI des départements de Corse et de PACA du fait du risque de suppression de centaines d’emplois. « Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille » disait souvent Jacques Chirac. Cette citation image particulièrement bien la situation du dossier Transport. Preuve en est apportée par les évolutions défavorables perceptibles dans le domaine du transport aérien. Air France / KLM vient de faire savoir qu’elle accuse une perte annuelle de 25 millions d’euros dans le cadre de son activité Corse / Continent, malgré les 65 millions versés annuellement par la Collectivité territoriale à cette compagnie et à Air Corsica. Ce qui pourrait conduire Air France / KLM à ne plus assurer le traitement des escales Air Corsica à compter du 1er avril prochain, et contraindrait cette dernière à réembaucher tout ou partie des salariés d’Air France affectés à cette tâche. Ceci ne fait que confirmer qu’Air France / KLM et Air Corsica exigeraient que, dans le cadre de la prochaine délégation de service public, leur part annuelle d’enveloppe de continuité territoriale passe de 68 à 100 millions d’euros.

Eviter une issue à la Seafrance

Personne ne saurait bien sûr rester indifférent au sort des salariés des activités directes ou induites relevant du ferroviaire, du maritime et de l’aérien. Mais rien ne serait pire que d’ignorer les problèmes et de laisser perdurer une logique économique inspirée du tonneau des Danaïdes. Si elle doit être régulée, l’économie doit toutefois aussi respecter un certain niveau de principe de réalité. Ne pas tenir compte de cet impératif pourrait, après avoir conduit les budgets des collectivités publiques insulaires au bord du gouffre, mettre les salariés dans des situations comparables à celle que vivent aujourd’hui ceux de Seafrance à Calais.

Répondre à cet article