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Stade Armand Cesari Vraiment pas de quoi s’étriper !

jeudi 12 avril 2012, par Journal de la Corse

Alors que la CAB et le SCB ont des positions qui n’ont rien d’inconciliables, elles ne parviennent pas à s’entendre.

Il y a 20 ans, le 5 mai 1992, sur le stade Armand Cesari, la fête vira au cauchemar. Il advint ce que l’on appelle communément la « Catastrophe de Furiani » et même tout simplement « Furiani ». Après que des apprentis sorciers aient cru, pour satisfaire un public passionné, avoir le pouvoir de faire atteindre le ciel à une tribune, celle-ci s’effondra en partie sous les yeux à la fois terrifiés et médusés de milliers de spectateurs et de millions de téléspectateurs. On releva plus de 2000 victimes. On déplora dix-huit décès et des centaines de personnes durablement affectées d’un handicap physique ou psychique. Les Corses et plus particulièrement les habitants de Bastia et sa région furent durablement traumatisés par le double sentiment d’avoir été injustement meurtris par le mauvais sort et durablement oubliés et méprisés par tous les pouvoirs politique et sportif. Ce traumatisme fut d’autant plus douloureux que l’équipe du SECB (aujourd’hui SCB) était l’incarnation de la capacité des Corses à se rassembler et croire en leur capacité de se dépasser. Vingt ans après, tout ce qui touche au « stade » et au « SCB » reste passionnel. Dès que ces deux mots sont prononcés afin d’évoquer une question s’y rattachant, même si des ambitions ou des intérêts ne sont pas absents des faits et des débats, chacun croit sincèrement détenir une légitimité et une vérité. Les récents développements le confirment à l’envi. Depuis plusieurs mois, les élus de la CAB (Communauté d’Agglomération de Bastia) et les dirigeants du SCB discutent des conditions d’utilisation du stade Armand Cesari. Les deux parties ont des arguments à faire valoir et peuvent légitimement les fonder sur le sentiment de n’avoir pas démérité.

20 ans de reconstruction

La CAB s’emploie à achever la reconstruction du stade Armand Cesari. Pour mener à bien cette entreprise, Emile Zuccarelli qui la préside, ainsi d’ailleurs que les autres élus et les services, ne ménage pas leurs efforts. Tout comme l’avaient fait leurs deux prédécesseurs Jean Zuccarelli et Laurent Croce (l’intercommunalité bastiaise avait alors pour dénomination « District de Bastia »). Le premier avait décidé l’acquisition par le District du stade Armand Cesari, alors en ruine et propriété d’un SECB en faillite, pris l’engagement de le reconstruire et fait réaliser des travaux d’urgence ayant permis au SCB de retrouver sa pelouse. Le second avait mené à bien l’édification de la tribune Nord. L’un et l’autre avaient du affronter des situations conflictuelles et déployer des trésors d’énergie pour mobiliser des financements (subventions, fonds propres) et répondre à des normes changeantes et toujours plus exigeantes. Il aura certes fallu attendre vingt ans pour que le stade Armand Cesari soit enfin en l’état d’être reconnu comme un équipement digne de recevoir l’élite du football professionnel français. Mais il convient de considérer que l’Etat qui a dépensé des sommes considérables pour accueillir la Coupe du Monde 1998 et l’Euro 2004, et fera de même en 2016, n’a jamais pris ses responsabilités. En effet, plutôt que de s’engager à soutenir un projet de reconstruction dans sa globalité, il a usé de l’attribution de financements partiels. La CAB a aussi, il y a deux ans, fortement contribué au sauvetage du statut professionnel du SCB. En effet, en se portant acquéreur à hauteur de 1 M€ des locaux du centre de formation du club, elle a apporté à ce dernier une bonne partie de la trésorerie lui ayant permis de passer avec succès sous les fourches caudines de la DNCG (l’instance de contrôle de l’équilibre des comptes des clubs professionnels).

Une réussite sportive

Les dirigeants du SCB ont aussi des mérites à faire valoir. Ils ont eu le courage de reprendre les commandes d’un club en échec sportif (descente en Nationale) et financièrement à la rue. Leur détermination leur a permis de trouver des solutions financières et de remobiliser les supporters. Le choix d’un entraîneur compétent et un recrutement judicieux ont fait le reste. En deux saisons, le SCB a retrouvé la Ligue2 et est désormais pratiquement assuré d’accéder en Ligue1. Cette réussite leur a donné la légitime ambition d’aller de l’avant. D’où leur souhait de disposer d’un stade moderne et de locaux adaptés. Les discussions engagées entre le club et la CAB avaient pour objet, selon la volonté des deux parties qui ont toutes deux un intérêt certain à la réussite de Bleus, d’aboutir à un aménagement définitif et des conditions d’utilisation du stade Armand Cesari allant dans le sens d’un SCB conquérant et d’un CAB y trouvant son compte de notoriété et d’image. Il apparaît, hélas, que des malentendus et des passions attisés par un contexte électoral, aient conduit les parties au conflit. Alors que toutes deux ont des positions qui n’ont rien d’inconciliables, elles ne parviennent pas à s’entendre. Les unes et les autres ont désormais écarté le choix de l’emphytéose concernant le statut juridique de la mise à disposition du stade Armand Cesari. Les mêmes conviennent qu’il serait bon d’aller dans le sens d’une convention d’occupation des lieux s’inscrivant dans la longue durée. Les mêmes également considèrent qu’il est concevable d’établir la programmation de travaux qui garantiraient l’obtention d’une licence Club (marque de qualité du stade et du club appelée dans le futur à graduer le niveau des droits TV) qui semble au demeurant déjà acquise. Enfin, les mêmes souhaitent que le siège social et l’administration du club restent domiciliés au stade Armand Cesari. La grosse pierre d’achoppement réside dans le fait que la CAB considère pouvoir occuper une partie des surfaces immobilières non sportives alors que le club souhaiterait une occupation exclusive ; la CAB brandissant le statut public de l’équipement et le droit d’y implanter un de ses services, le club affirmant la vocation sportive des lieux et la volonté d’y développer des activités dont certaines à objet lucratif permettraient d’alimenter sa trésorerie. A vrai dire, pas de quoi s’étriper. Mais si les passions s’en mêlent…

Pierre Corsi

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