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Silence, ça tourne !

mardi 12 avril 2011, par Journal de la Corse

Cinema

César, Oscar, Palmes, Ours, Lion et bien d’autres à travers le monde, toutes les grandes messes qui récompensent ceux qui font le cinéma attestent de la bonne santé de ce secteur. Le printemps du cinéma, grand rendez-vous incitatif à tarifs très préférentiels, a montré tout l’intérêt que le public manifeste pour ce 7e art. Les Cassandre qui accusaient d’avance Internet et tous les sites de téléchargement de condamner le cinéma peuvent ravaler leurs noires prédictions. L’inquiétude porte plus sur le sort des salles obscures qui doivent s’équiper et des métiers afférents qui doivent évoluer au risque de disparaître. Le CAP projectionniste a été obligé de s’adapter pour aider les jeunes à ajouter le numérique à leur palette de compétences.

Modernisation des salles de cinéma

Avec la multiplication des films en 3D, les salles de cinéma françaises se convertissent massivement au numérique. UGC, Pathé, MK2, tous font évoluer leur parc. Selon Stéphane Landfried, de la fédération nationale des cinémas français (FNCF), « aujourd’hui, une salle sur cinq est numérique en France ». Mais ce passage au numérique n’est pas sans provoquer des dommages collatéraux. Notamment pour les opérateurs projectionnistes, dont le métier, basé sur le maniement des pellicules 35 mm et des bobines, tombe en désuétude. Chez UGC, par exemple, il était prévu de supprimer 95 postes sur les 215 existants. Autre débat, autre échelle : celle du sort des salles de cinémas indépendants qui n’ont pas toujours le budget pour passer au numérique. Car la transition est extrêmement coûteuse, entre 60 et 80 000 euros pour une salle. Certes la copie numérique coûte aussi moins que celle en 35 mm : 1 500 euros en moyenne (dix fois moins pour le numérique). Mais les grands exploitants ont l’avantage de réaliser des économies d’échelle importantes sur le volume, ce qui leur permet d’investir plus facilement. Pour les petits, c’est une autre affaire. Dans le cadre de la politique de soutien à l’aménagement des lieux de spectacle, et dans le cadre du règlement d’aides votés en 2005 consacrant la salle de cinéma comme outil de diffusion culturelle, la Collectivité territoriale de Corse (CTC) a institué une aide à la modernisation et la création des salles de cinéma concernant l’achat d’équipements techniques de diffusion et les travaux d’aménagement qui fait l’objet d’une convention avec les établissements concernés. Les projets inscrits en 2011 concernent à la fois la numérisation des salles insulaires existantes (onze salles, or celles en plein air), ainsi que l’aide à la création d’un petit multiplexe sur Ajaccio et d’une nouvelle salle à Porticcio.

Ancrage audiovisuel

La politique d’accueil des tournages en Corse remonte au siècle dernier. « Les ombres qui passent », d’Alexandre Volkof a été le premier film tourné en Corse (un film muet de 1924). Elle est aujourd’hui portée par la CTC à travers le Corsica Pôle Tournages. La Corse compte une trentaine de sociétés de production et une cinquantaine d’associations de promotion du cinéma mais l’île accuse un déficit de structures d’éducation et d’industrie. Si la Corse a des points forts en matière de production audiovisuelle, comme le nombre de festivals de cinéma pendant et hors période estivale, l’existence de la cinémathèque de Porto-Vecchio, la politique de soutien de la CTC, elle a aussi des points d’amélioration. Ceux-ci sont le trop faible nombre de classes cinéma et d’accès à la découverte du cinéma par les scolaires – même s’il est vrai qu’il existe une formation à l’audiovisuel à l’IUT de Corte –, le manque de salles sur certaines micro-régions qui ont peu d’accès de proximité à la culture, une politique encore frileuse et peu transparente, les quelques structures de production installées en Corse sont fragiles, et également, l’absence d’une véritable politique de conservation des archives audiovisuelles. Développer le cinéma en Corse revêt des enjeux de développement économique – emploi compris – et culturel. Pour faire aussi en sorte que l’île de beauté ne soit pas qu’un simple décor de carte postale, ou une collection de clichés dans laquelle les auteurs vont puiser (image de gangsters, terre de la vendetta, etc.), mais qu’émerge un réel cinéma corse, pas seulement sur les Corses.

Maria Mariana

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