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Sécurité sociale : Le prochain gros dossier

jeudi 19 juillet 2012, par Journal de la Corse

Petit à petit, à force de mettre la poussière sous le tapis, ça finit par faire un tas et on ne peut plus l’ignorer. C’est un peu à l’image du dossier de la Sécurité sociale, hémorragie sur laquelle on ne met que du sparadrap… Guère mieux que l’image du Titanic, beau paquebot, ambitieux, qui finit quand même par le fond à cause d’un iceberg… Cela n’est pas avec les mesurettes, pourtant douloureuses pour les assurés, prises au fil des lois de financement de la sécurité sociale que le problème d’épineux va devenir soyeux.

Mille-feuilles de mesures

En 2012, les modifications pour l’assurance maladie étaient le déremboursement de certains médicaments et favoriser l’usage des génériques, la hausse de la taxe sur les mutuelles, la réduction des indemnités journalières, un jour de carence pour les fonctionnaires en arrêt maladie. Le plan de rigueur est bien en œuvre. Un de plus. Le millésime 2011 n’avait pas été moins rigoureux, et sévère pour les médicaments dont le service médical rendu est jugé insuffisant, avec aussi une hausse des taxes sur les boissons alcoolisées et le tabac, des mesures pour la branche vieillesse. Et la mouture 2013, soumise à l’approbation des députés à l’automne, n’est pas moins drastique : la progression des dépenses de l’assurance maladie (ONDAM) sera limitée à 2,7%. D’où des économies à réaliser de plus de 2 milliards d’euros puisque les dépenses de santé évoluent naturellement à un rythme de 4%, compte tenu du vieillissement de la population et du coût croissant de la prise en charge de maladies de longue durée. La ritournelle selon laquelle nous consommons trop de médicaments et que ceux-ci sont trop chers reste à l’ordre du jour. La faute à une tradition de prescription par les professionnels et à une demande des patients. Les laboratoires sont dans le collimateur. L’an passé déjà, ils s’étaient vus imposer une baisse des prix des médicaments et une augmentation de la fiscalité, mesures qui avaient permis à l’État d’augmenter ses recettes de 1 milliard d’euros. Tous les canaux vont être exploités pour boucler le budget.

Économies toutes

Dans la ligne de mire, les médicaments, les arrêts maladies (l’observatoire régional de santé de Corse, dans une étude de 2004, avait comptabilisé plus de 2.000.000 jours d’arrêt de travail, pour des affections relevant surtout de la psychiatrie, de la cancérologie et de la cardiologie, ce qui faisait dire à certains spécialistes qu’il existe en Corse une sociopathie de l’arrêt de travail), les dépassements d’honoraires (selon l’observatoire régional, les prescriptions génèrent 3/4 des dépenses de soins de ville) et les transports. Pour la Corse, l’un des enjeux majeurs est la réduction des flux sanitaires avec le continent et la continuité de soins. Ni l’herbe, ni la qualité des soins n’est meilleure ailleurs. Pourtant, l’offre de soins locale ne répondant pas aux besoins thérapeutiques et de prise en charge des patients, des procédures sanitaires sont mises en place. Les règles parfois contraignantes de ces dispositifs peuvent poser la question de l’égalité de traitement face à la maladie. Car les économies ne doivent pas se faire au détriment de l’intérêt du patient et de sa santé.

Sauver le soldat Sécu, ou pas

L’une des missions de la Sécu est la gestion des différents risques, donc pourvoir faire évoluer le système de santé avec les évolutions de la société. D’où une possible 5e branche pour la dépendance. Les attentes en matière de santé sont fortes. Notre protection sociale est enviée, voire bientôt copiée outre-Atlantique. La question du champ des possibles de la solidarité nationale à notre époque est donc prégnante dans le contexte de rigueur et avec la menace toujours sous-jacente d’une crise mondiale. Comment conserver un système de protection sociale équitable et solidaire, prenant en compte les particularités intergénérationnelles et régionales ? La protection sociale tout au long de la vie interroge aussi l’investissement public dans tous les secteurs garant de la qualité de vie de chacun et de la croissance. La pression des prélèvements obligatoires permettant le caractère redistributif et le financement des accès aux soins et droits sociaux pour tous ne peut être soutenue que si la conjoncture est favorable. Un cercle vertueux, mais dans lequel chacun des acteurs a aussi son rôle à jouer et sa part de responsabilité. Il n’y a pas que les paradigmes à changer et des lois à voter…

Maria Mariana

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