SANTE

vendredi 17 septembre 2010, par Journal de la Corse

La Corse et le déficit médical 50 000 personnes menacées en milieu rural La Corse est touchée de plein fouet par des problèmes d’accès aux soins. L’URML (Union Régionale des Médecins Libéraux) vient de rendre publique une étude qui dénonce une forte baisse de la démographie médicale insulaire, principalement en milieu rural. On y apprend notamment que les nouvelles inscriptions au Conseil de l’Ordre des Médecins ont diminué de 70 % en 30 ans et que 25 % des praticiens actuellement en exercice atteindront l’âge de la retraite en 2014/2015. C’est assez dire combien la situation est alarmante. Et pourtant, les critères nationaux utilisés jusqu’à présent donnent à entendre qu’il n’existe officiellement en Corse aucun problème de démographie médicale. Difficile à croire quand on sait que ces critères nationaux ne sont pas forcément reconnus comme les plus pertinents par les acteurs de terrain. Ils sont le plus souvent inadaptés aux régions, particulièrement à une région comme la Corse où l’on ne peut utiliser, pour mesurer l’offre de soins, les mêmes référentiels qu’en région parisienne. Près de 60% des médecins en zones urbaines S’il est vrai qu’au 1er janvier 2009, la Corse comptait 103,5 médecins généralistes pour 100 000 habitants contre 90,7 pour la métropole, il faut aussi retenir d’autres données qui relativisent cette légère différence en apparence, mais en apparence seulement, favorable à l’île. Par exemple, la répartition hétérogène de la démographie médicale sur le territoire (près de 60 % des médecins généralistes exercent dans les villes, notamment Ajaccio, Bastia, Porto-Vecchio et l’Île-Rousse), l’accroissement et le vieillissement de la population, des zones d’accès difficiles et enfin des zones géographiques à forte affluence estivale. Autant de raisons qui ont conduit l’URML de Corse, représentant l’ensemble des médecins libéraux, à réaliser un diagnostic précis des territoires qui seront demain concernés par des problèmes de démographie médicale. Elle a également élaboré avec les médecins de ces zones des propositions pour y remédier. Le Schéma de Démographie Médicale (S.D.M.) Dans un premier temps, l’URML de Corse a fait appel au cabinet “Géosanté” afin de déterminer une méthode de diagnostic, le Schéma de Démographie Médicale (S.D.M.) qui a permis d’identifier les bassins d’activité avec risque démographique. Pour mettre en place ce schéma de démographie médicale, le fichier utilisé par l’URML et le cabinet « Géosanté » est celui de l’Assurance Maladie. Cette opération a permis d’identifier un certain nombre de problèmes, notamment l’absence de praticiens sur certaines communes. À cela vient s’ajouter l’inventaire communal de l’INSEE qui dispose d’informations relatives à l’état des lieux de l’offre de soins (les effectifs), mais aussi aux comportements (les déplacements). Pour chaque commune du Territoire de la Corse, le fichier mentionne deux informations : le nombre de médecins généralistes dont dispose la commune ou la commune vers laquelle les habitants se dirigent pour consulter un médecin généraliste.Accès au médecin traitant Seize secteurs à risque en Corse Mais l’analyse du S.D.M. a ses limites, des limites liées notamment à la géographie de la Corse. Il existe, en effet, des communes qui partagent une zone de montagne et une zone littorale avec le même code postal. C’est le cas, par exemple, de la commune de Grosseto-Prugna, considérée par “Géosanté” comme commune unique alors qu’elle comprend deux territoires totalement différents, le territoire de Porticcio, une ville balnéaire, proche d’Ajaccio et pourvue d’une couverture médicale abondante et le territoire de Grosseto, territoire rural éloigné, avec une faible couverture médicale. D’autres limites affectent cette analyse comme la présence sur un secteur d’un médecin dont la défaillance, même temporaire, priverait pourtant de couverture médicale tout un territoire ou encore la forte variation de population en période estivale. À cet égard, il faut cependant retenir que cette analyse a permis d’identifier en Corse seize secteurs à risque en termes d’accès au médecin traitant. Le département de la Corse-du-Sud, à lui seul, compte onze secteurs à risque. Quatre le sont « à risque existant » comme l’ Alta Rocca, le Bas Taravo, Figari et Porto, cinq « à risque à court terme » comme le Haut Taravo, Sartène, Vico/Sagone, Santa Maria Sicchè et la vallée du Prunelli (Bastelica/Cauro) et deux « à risque à moyen terme » comme Cargèse et le Cruzzini/Cinarca. Quant au département de la Haute-Corse, il s’en sort mieux, si l’on peut dire. Il ne compte que cinq secteurs « à risque existant » qui sont Vezzani, Centuri/Luri, le Fiumorbo, le Niolu et Ponte Leccia. Les propositions de l’URML Pour pallier le déficit médical annoncé de la Corse rurale, l’URML a déterminé une série de propositions. Ces propositions ont été présentées aux médecins concernés des zones à risque qui ont enrichi ce travail par des propositions sur mesure. Ces propositions ont pour objectifs de permettre à la médecine rurale de rester attractive pour remédier à la baisse annoncée de la démographie médicale, de maintenir en activité les médecins des zones concernées, d’améliorer la qualité du service rendu à la population et de rétablir l’équité dans l’accès aux soins des populations rurales. Pour atteindre ces objectifs, l’URML préconise de développer les moyens techniques adaptés (services mobiles d’urgence et de réanimation dans des secteurs éloignés des centres urbains, contrats de collaborateurs /SAMU, petits moyens d’imagerie numérique, mise à disposition d’un logement, voire d’un cabinet). D’autres propositions visent à réduire la charge administrative au profit du temps soignant, à mettre en place des incitations financières (création, par exemple, de « pools » de remplaçants salariés), à regrouper les activités (maisons pluridisciplinaires, pôles de santé ou cabinets secondaires) et, enfin, à faciliter le déplacement des patients (navettes sociales, points d’accès de télémédecine, consultations rapprochées de spécialistes volontaires). Pour conclure, l’URML demande l’application en Corse des mesures prévues par le législateur pour les zones déficitaires (loi sur les territoires ruraux). Ces mesures n’ont jamais été appliquées dans l’île en dépit de l’action menée par l’URML pour mettre en évidence les territoires déficitaires. Il y a urgence. La Corse rurale ne doit pas devenir un désert médical. François Peretti

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