Le capitalisme spéculatif est un grand destructeur d’ordres et de centralisations. Il provoque le délitement des états, des cultures et au bout du compte provoque une auto organisation sauvage qui élimine les plus faibles. La Corse doit absolument se poser la question de son avenir en ces termes-là.
La Corse produit d’une hypercentralisation
En deux millénaires la Corse a toujours été dépendante de centres placés hors sa périphérie. Elle a donc appris à en profiter quitte à abdiquer des parcelles importantes de sa liberté. Avec la conquête française, notre île s’est adaptée à l’un des systèmes les plus centralisé qui soit au monde avec pour compensation une protection réelle au point de vue économique et social. Dans l’après 68, le capitalisme est entré dans une phase spéculative aiguë qui s’est attaquée aux frontières, à toutes les frontières. Le premier secteur à souffrir de cette mutation a été la sidérurgie, puis l’industrie automobile, chimique etc. L’Europe, haut lieu de la transformation des matières premières extraites des pays tiers, a commencé à perdre des emplois. La Corse a commencé de ne plus être une terre d’émigration. Le peu d’industrie et d’agriculture qu’elle possédait a disparu notamment grâce à la continuité territoriale, ce leurre historique et désastreux qui n’a profité qu’aux industriels continentaux et à leurs intermédiaires locaux. L’URSS a rendu l’âme car elle ne pouvait plus payer les avantages acquis qu’elle concédait à ses concitoyens sans réelle contre partie productive. Puis le capitalisme spéculatif s’est attaqué au capitalisme industriel, son propre centre de production, favorisant les délocalisations, les low costs, le bas prix quitte à réduire le pouvoir de consommation de ses propres éléments. Ce faisant, la libre concurrence a rongé les avantages offerts aux plus démunis par les pouvoirs centralisés. En Europe, c’est le cœur de notre civilisation qui est tombé le premier : la Grèce. Comment ne pas être saisi par la symbolique de ces anciens empires qui s’écroulent les uns après les autres : celui de l’Espagne, l’Italie de Rome etc. La Corse, fruit étrange de la centralisation, ne va pas tarder à prendre en pleine face cette crise majeure qui signe un changement de civilisation.
La Corse va retrouver les chemins de l’émigration
Le chef d’état du Portugal vient d’inciter sa propre jeunesse à émigrer vers des cieux plus cléments. Pour les enfants du baby-boom, c’est un bien étrange retour vers le passé quand les Portugais remplissaient avant les Maghrébins les travaux les plus ingrats. La parenthèse enchantée des trente glorieuses est bel et bien achevée. Le seul problème est que durant cette époque, le plein-emploi permettait à quiconque de vivre. Aujourd’hui la situation est exactement inverse. L’emploi est difficile à trouver dans la vieille Europe au point que nos concitoyens antillais optent le plus souvent pour l’Amérique du Nord. La Corse, avec son économie en grande partie dominée par le secteur public, va devoir renouer avec les traditions du départ pour les jeunes les plus entreprenants. La Fonction publique est en train de devenir un mirage dangereux qui, sous le prétexte d’offrir la garantie de l’emploi, risque fort de surtout garantir des emplois précaires et misérables. Il va donc se créer un hiatus entre le désir de vivre sur sa terre et celui de vivre ses passions.
Un choix de société
La Corse va enfin devoir choisir la société qu’elle désire : assistance publique ou autonomie, tourisme de masse ou tourisme d’élite, urbanisation ou revitalisation des villages etc. etc. Nous avons lanterné jusqu’à aujourd’hui comptant toujours sur la manne étatique. Désormais, c’est à nous et à nous seuls de décider de notre avenir. Mais nous n’aurons plus le droit de nous plaindre tout simplement parce que personne ne prêtera attention à nos lamentations. Quant à la violence, elle est tout sauf une solution. On peut toujours plastiquer quelques villas en voulant donner l’impression qu’on sauve la Corse. Jamais le nombre de permis de construire n’a été aussi élevé que cette année. La vérité est que c’est aux Corses et aux Corses seuls de réfléchir au chemin qu’ils veulent emprunter puis à en assumer les conséquences, toutes les conséquences.
GXC