Rien ne va plus au rayon frais ou chez les primeurs. Les prix affichés pourraient rebuter ceux qui ne sont pas convaincus des bienfaits des cinq fruits et légumes par jour... La junk food, la restauration rapide et la “malbouffe” se sont invitées dans nos assiettes et comblent les estomacs, plongeant les filières des fruits et légumes dans des situations compliquées. A tel point qu’un programme européen a été lancé dans le but de réapprendre à consommer des fruits et légumes frais… Reste à trouver une incitation raisonnable, y compris financière. Bien manger, certes, mais sans se ruiner, et avec des garanties.
Filières face à la crise
L’interprofession des fruits et légumes de France (Interfel) a tiré la sonnette d’alarme sur la situation économique des fruits et légumes français. Dans un marché très ouvert, les filières françaises, des producteurs aux distributeurs, doivent faire face à la concurrence de leurs voisins, notamment une concurrence espagnole qui gagne de plus en plus de part de marché. Les producteurs de ces produits rappellent qu’ils sont porteurs d’emplois et que c’est un véritable enjeu pour l’économie française, locale. Si l’on ne considère que la filière clémentine insulaire, très importante en Corse, elle représente près de 1.600 ha de surfaces de verger dont 1.300 ha pour la production organisée, la production commercialisée est en moyenne de 20.000 tonnes par an, 90% de la récolte est « exporté » sur le continent. C’est d’ailleurs sur ce credo territorial que s’est lancée la campagne de promotion estivale pour les fruits et légumes corses et le veau corse. Le but de cette campagne initiée par l’ODARC (Office de développement agricole et rural de la Corse) est de mieux valoriser ces produits et d’accroître leur notoriété auprès des consommateurs, insulaires ou touristes, pour augmenter les parts de marché local.
Éduquer le consommateur
Conscient de l’importance de la présence sur le terrain, cette campagne saisonnière ne se contente pas d’achat d’espaces média. Elle s’accompagne d’opérations d’envergure chez les commerçants, grandes et moyennes surfaces (GMS), pour que le consommateur puisse facilement identifier les productions locales dans les rayons avec ce slogan « Fruits et Légumes de Corse, très frais, très près ». Autre opération complémentaire, celle effectuée dans les écoles primaires, auprès des classes de CM1 et CM2, à partir d’un support pédagogique, une bande dessinée qui s’intitule : « Gusti di Corsica, Saveurs de Corse ». Parce qu’il semble important que les consommateurs qui ont perdu le goût et certaines saveurs avec le fast food puissent être « éduqués », ou plutôt ré-éduqués. Avec la popularité du bio et des valeurs proches du terroir, ce « goût retrouvé » regagne une clientèle de plus en plus importante. La preuve avec « l’éco-tourisme », virage que le vin corse a su prendre et développer l’oenotourisme, qui satisfait les amoureux du patrimoine et de la gastronomie.
Sacro sainte traçabilité
Si seulement deux filières, fruits et légumes et veau, sont concernées, ça n’est pas uniquement parce qu’elles sont les seules à avoir le potentiel, c’est parce qu’elles font partie de ces filières qui ne disposent pas de « l’arsenal » structuré nécessaire à une commercialisation et un marketing d’envergure, et aussi parce que d’autres filières ont une mauvaise image, comme la filière bovine, du fait de la divagation animale et d’un déficit de traçabilité aussi. L’épisode halal a eu tôt fait de remettre en doute que la proximité est un gage de fraicheur, même si cette remise en cause des pratiques des grands abattoirs du continent qui ne produisent que de la viande halal pour raisons économiques, ne concerne que 20% du bœuf important sur l’île et la totalité de l’agneau. Si la méthode d’abattage ne change ni le goût, ni la texture de la viande, le consommateur a le droit d’être informé de ce qu’il consomme. Pour l’heure, rien n’est indiqué et le consommateur peut manger de la viande halal sans le savoir. Côté État, la priorité reste les normes sanitaires et rendre les filières plus concurrentielles, puisque les contractualisations dans les relations commerciales, entre industriels et producteurs, pourraient être étendues à la filière viande, en plus du lait et des fruits et légumes. Rentabilité oblige.
Maria Mariana