La gauche conservera très probablement le Conseil général de la Haute-Corse, la droite semble en mesure de faire de même en Corse-du-Sud. Des changements pourraient toutefois intervenir.
Les élections cantonales qui auront lieu en mars n’ont a priori qu’un intérêt médiocre. Le conseil général de la Haute-Corse restera ancré à gauche. La destinée désormais territoriale de Paul Giacobbi et les « affaires » impliquant le directeur de la DDISS (Direction départementale des interventions sanitaires et sociales) ne feront pas basculer le Cismonte à droite. La gauche est forte de vingt conseillers généraux, la droite en compte huit et deux revendiquent leur indépendance. De plus, ayant conscience qu’elle n’a aucune chance de l’emporter, la droite sera absente dans plusieurs cantons. Joseph Castelli sera probablement reconduit aux commandes de l’institution départementale et pourra ainsi aider Paul Giacobbi à conserver son mandat de député au printemps 2012. Dans le combat entre la majorité départementale et la droite, le vent du changement soufflera néanmoins dans quatre cantons. Dans le Sagro di Santa Giulia, Jean Motroni (PS) ne sollicitera pas un nouveau mandat. Le PS devrait toutefois se maintenir en place car Ange-Pierre Vivoni, le maire de Sisco, parait bien placé pour l’emporter. Dans le Niolu-Omessa, Jean-Baptiste Castellani (divers droite) sera confronté à la dangereuse offensive du maire de Castirla, Jacques Tomasini, soutenu par la majorité départementale. Dans la Conca d’Oro, Claudy Olmeta, maire divers droite de Saint-Florent, aura fort à faire pour contenir l’assaut de Jean-Pierre Leccia, le maire divers droite d’Oletta. Enfin, dans le Fium’orbu, François Tiberi, le maire divers gauche de Ventiseri, devra résister aux ambitions de Jacques Bartoli, le maire d’Isulacciu, et de Pierre Siméon de Buochberg, le maire divers droite de Prunelli qui jouira du soutien discret mais bien réel de personnages très influents de la majorité départementale. La majorité départementale et la droite devront néanmoins compter avec une forte menace nationaliste dans un canton de Bastia et dans le Capu Biancu. Dans ce denier canton, une alliance entre indépendantistes et autonomistes, représentée par Sébastien Quenot, un jeune et brillant enseignant-chercheur de l’Université de Corse, et sa suppléante Anne-Laure Santucci, enseignante dans le primaire et sociétaire très active de la Cunfraternità de Luri, pourrait bien créer la surprise en exploitant les dissensions minant la majorité départementale. En effet, les positions du sortant divers gauche François Orlandi, sont dynamitées par la candidature de l’ancien conseiller général du canton, Dominique Cervoni, soutenu par… la majorité départementale ! A Bastia, dans le 1er canton, le sortant divers droite Jean-Louis Milani aura pour principal atout les divisions de plus en plus flagrantes minant la gauche municipale. Il lui faudra toutefois compter en cas de triangulaire au second tour, avec l’autonomiste historique Michel Castellani bien implanté dans le canton.
La bataille de Porto-Vecchio
Le département de la Corse-du-Sud représente, avec le mandat de député de Camille de Rocca Serra, un des derniers bastions de la droite insulaire. Il devrait le rester. Mais la victoire de la gauche lors des Territoriales et la poussée nationaliste pourraient provoquer un affaiblissement significatif de cette position. D’autant que celle-ci est minée par l’impopularité du pouvoir en place à Paris et les divisions de la droite insulaire. La majorité départementale peut toutefois compter sur le bilan plus que convenable de son président Jean-Jacques Panunzi (UMP) et sur un matelas d’élus (quinze de droite contre six pour la gauche et un pour les nationalistes). Dans certains cantons, tout semble déjà joué. Dans celui d’Olmeto, le divers gauche José-Pierre Mozziconacci, élu triomphalement il y a quelques mois, peut espérer être reconduit dans un fauteuil. Dans le canton de Levie, le divers droite Sébastien de Rocca Serra a toutes les raisons de se faire aussi peu de soucis que le radical de gauche Nicolas Alfonsi dans les Deux-Sevi. Dans le canton de Zicavo, Marcel Francisci (UMP) ne semble pas menacé. La menace pour la droite se situe dans les villes du fait de la conjonction entre l’impopularité gouvernementale, la poussée nationaliste, l’usure de certains sortants et les rivalités internes. À Bonifacio, le sortant divers droite ne demandant pas le renouvellement de son mandat, la gauche qui s’est emparée de la mairie en 2008, a de grandes chances de conquérir cette ville canton. Aussi, le divers gauche Michel Lopez, est favori face au divers droite André Quéré. Il sera toutefois sous la menace des mauvaises relations entre le maire PS, Jean-Charles Orsucci, et quelques socialistes et communistes du cru. A Ajaccio, l’usure des sortants et les divisions à droite ouvrent le jeu. Quatre cantons sont renouvelables. Tous les sortants appartiennent à la majorité départementale. Trois sur quatre sont menacés par les ravages de la division sévissant au sein de la droite. Dans le premier canton, le sortant Philippe Cortey est confronté au divers droite Laurent Marcangeli pour le plus grand plaisir du divers gauche Antoine Parodin. Dans le troisième canton, Pierre Santoni est assailli par le divers droite Jean-Jacques Ferrara alors que l’ambitieux divers gauche François Casasoprana est aux aguets. Dans le populaire cinquième canton, Pierre Cau (UMP) est « plombé » par cette étiquette nationale et doit faire face à l’offensive de Michel Mozziconacci, un candidat de Tonton Simon qui a le vent en poupe. Seul le divers droite Jacques Billard parait à l’abri d’une mauvaise surprise. La mère des batailles aura toutefois lieu à Porto-Vecchio. Le sortant Camille de Rocca Serra y livrera un combat sans merci contre le leader autonomiste Jean-Christophe Angelini. Même s’il l’emporte, le député UMP risque d’être encore affaibli. En effet, s’il creusait l’écart dans le rural, cela n’empêcherait pas les observateurs de pointer du doigt sa majorité très réduite ou sa mise en minorité dans la Cité du sel et d’ainsi prévoir la chute de celle-ci, en 2014, dans l’escarcelle autonomiste. En définitive, la seule bonne nouvelle que puisse espérer la droite pourrait provenir du Prunelli où le divers droite Jean-Baptiste Giffon, maire de Bastelica, a quelques chances de défaire le sortant divers gauche Paul Pellegrinetti.
Pierre Corsi