L’édito d’Aimé Pietri
Qui a dit que la Corse est économiquement faible ? Ils sont nombreux pour l’affirmer, si nombreux qu’il est impossible de les nommer un par un. Mais on pourrait les inviter tous ensemble à jeter un œil sur les signes extérieurs de richesse : voitures haut de gamme circulant par milliers sur les routes de l’île, somptueuses villas à peine cachées par des rideaux d’arbres exotiques ou encore ces « pauvres hères » assujettis à l’impôt sur la grande fortune. Faut-il, dés lors, hurler à l’indécence ? Faire campagne pour l’égalité ? Rejoindre le camp des derniers adeptes des Giovannali, cette secte qui au 14e siècle, remuait l’âme des Corses avec ses appels à l’humilité, la charité, la distribution des terres et des biens ? Ou tirer son chapeau à ces nantis qui forcent l’admiration et l’envie- voire le respect - du citoyen ordinaire ? On n’hésitera pas à se situer ailleurs, le plus haut possible, là où s’offrent quelques chances de comprendre une situation qui, à bien des égards, s’avère incompréhensible. Comment croire, en effet, que dans cette région, prête à tendre la sébile, il y ait autant de riches et surtout autant de personnes aisées ? Car lorsqu’on fait savoir que l’île compte une voiture pour deux habitants, deux téléviseurs par famille et des abonnés au portable par dizaines de milliers il est vraiment loin le tiers-monde. Et les pauvres, où sont-ils ? On aimerait bien les voir ne serait-ce que pour oublier un peu le clinquant, les ors et l’épate et prêter quelque attention aux économistes distingués qui, avec les circonlocutions d’usage, prédisent la faillite généralisée. Même si les tiroirs-caisses, aux tintements répétitifs, nous assurent que rien n’est perdu.