Chez nous, les problèmes se multiplient et deviennent complexes sans que l’on puisse entrevoir la moindre solution. Il advient même que l’on remette en cause les quelques progrès accomplis. Il y a bien entendu les très récurrents problèmes économiques et sociaux. Pour être objectif, il convient de reconnaître qu’ils ne sont pas uniquement déterminés par le contexte local et les choix des décideurs insulaires. La crise de ces dernières années et aussi les évolutions relevant de la mondialisation débridée des échanges influents négativement sur une économie insulaire archaïque et par conséquent incapable de faire face à la concurrence. Cependant, il existe bien une responsabilité de la part de ceux qui tiennent les rênes des politiques publiques. Quand les financements dévolus au développement économiques ou à l’aménagement du territoire sont, depuis des décennies, dispersés et saupoudrés dans de multiples actions ne se référant à aucune vision globale mais tenant compte des contingences électoralistes, il ne faut pas s’étonner que le non développement insoutenable domine. Quelques belles réussites individuelles ne peuvent suffire à masquer le fait que l’économie corse ne décolle pas et que la plupart des territoires périclitent. Quant à des instances comme les chambres consulaires qui sont censées éclairer les acteurs politiques, outre trop souvent s’enliser aussi dans des politiques sans envergure marquées par le clientélisme et le campanilisme (la volonté de maintenir 7 ports et 4 aéroports en étant l’expression la plus criante), elles se ridiculisent dans des conflits internes interminables (Chambre des métiers de la Haute-Corse) ou des batailles Nord / Sud ayant pour enjeu les sièges de leurs représentations régionales. L’Assemblée de Corse ressemble à la précédenteAu plan politique, cela ne va pas mieux. Les esquisses de nouvelle donne qui étaient apparues lors du scrutin territorial relèvent déjà d’un passé révolu. La question institutionnelle restée pendante depuis la fin, en queue de poisson, du processus de Matignon, risque de le demeurer encore plusieurs années. En effet, les Corsistes de la majorité sont astreints au silence et à l’inertie au nom d’une sacro-sainte solidarité entre les composantes de la gauche. En réalité, malgré la chute de la droite et la forte présence nationaliste, l’Assemblée de Corse ressemble d’ores et déjà à la précédente : une majorité aussi composite que relative tente d’y survivre et cela risque fort de paralyser l’audace et l’imagination. Mais pire encore, au sein de cette majorité, certains imposent des orientations qui ressemblent fort à des retours en arrière : non remise en cause des schémas de gestion locale fondés sur une solidarité nationale aujourd’hui en berne et sur une revalorisation annuelle des dotations versées par d’Etat, dont on sait qu’elle est désormais très compromise ; redéfinition du service public maritime pouvant ramener au monopole ; question foncière réduite à la prise en compte d’un manque d’HLM ; refus de s’opposer à un démantèlement des arrêtés Miot qui va spolier des dizaines de milliers de familles ; discours populistes assimilant à des cumulards les Corses disposant d’un peu de biens acquis par leur travail ou celui de leurs parents. La question des arrêtés Miot donne même lieu à d’inquiétants discours visant à faire croire que les maux de la Corse seraient autant dus à sa volonté de maintenir ses spécificités, qu’au contexte national ou mondial, ou à l’échec des politiques passées. Du berger à la bergère ? Les problèmes se multiplient et deviennent complexes sans que l’on puisse entrevoir la moindre solution. Mais il advient aussi que l’on remette en cause des progrès accomplis. La récente campagne territoriale et les prises de position de différents acteurs de la vie publique donnaient à penser qu’un consensus se dessinait ou que, du moins, un compromis était possible concernant l’enseignement et l’emploi de la langue corse. On pouvait aussi se référer à un vote à l’unanimité de l’Assemblée de Corse demandant un plan de sauvegarde de la langue comprenant un volet sur l’enseignement généralisé. Malheureusement, il semble bien que l’heure ne soit plus à la raison. Le récent et plus que regrettable attentat commis à Bastia contre le local de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), a confirmé qu’un conflit se rallumait. Il semble bien que cet acte signé « FLNC, Lingua Corsa » ait voulu être « une réponse du berger à la bergère ». En effet, quelques jours plus tôt, la FPCE s’était prononcée « pour un enseignement laïc et non imposé de la langue et culture corses » ; ce qui avait été interprété par certains comme une prise de position déguisée contre l’enseignement de la langue corse dans le système éducatif. Décidemment, chez nous, même quand cela paraît aller mieux, le pire est prévisible. L’immobilisme et l’affrontement sont est au cœur de notre vie sociale. Il semble que pèse sur cette île une sorte de malédiction. De quoi en venir à penser que le comte Arrigo Bel Messeren, lâchement assassiné, avait autant l’écoute du Ciel que le dernier Grand maître de l’Ordre du Temple envoyé au bûcher par Philippe le Bel. Comment dès lors s’étonner que les jeunes recommencent à n’aspirer qu’à une chose : partir. Pierre Corsi