Collectivité territoriale L’heure de rentrée et de vérité Paul Giacobbi a pris le temps d’évaluer les politiques passées et de réorganiser l’administration territoriale. Maintenant, il doit prouver. Très vite… Le scrutin territorial a abouti à un rejet massif de la politique menée par la majorité sortante de droite. 72 % des votants l’ont condamnée. Durant la campagne, la gauche a énoncé deux constats : l’état désastreux des finances territoriales ; la lenteur et l’empirisme des réalisations de la mandature Santini / de Rocca Serra. Elle a aussi répété à l’envi qu’elle changerait radicalement de méthode et de politique. L’actuelle mandature ne devant durer que quatre ans, seul un changement énergique et lisible de politique est en mesure de crédibiliser ce qui été dit et redit. Or, ce changement est loin d’être acquis ou même en marche. Du moins visiblement. Pour l’heure, on aurait même le sentiment que cela patine. Des pessimistes affirment que les gagnants ne sont pas à la fête. Des détracteurs surenchérissent en expliquant à qui veut l’entendre que la gauche n’est pas à la hauteur. Les autonomistes en embuscade Les pessimistes montent en épingle la mini-crise ayant précédé l’élection à la présidence du Conseil de surveillance de la CCM, pour justifier et illustrer leur inquiétude concernant l’avenir. Selon eux, les caractères composite (quatre groupes politiques), multicolore (palette d’étiquettes allant du pâle centre droit au rouge vif) et relatif de leur majorité (24 conseillers de Corse sur 51), condamnent Paul Giacobbi et ses amis à tergiverser et palabrer avant de décider. Ce qui réduit leur capacité d’action et compromet la réalisation de l’alternance. Les pessimistes font aussi valoir que les principaux opposants - Femu a Corsica - n’ont guère intérêt à faciliter la tâche de ceux qui sont aux manettes. Ce qui n’est pas dépourvu de bon sens. Certes Gilles Simeoni et Jean-Christophe Angelini n’ont pas intérêt d’apparaître irresponsables, en paralysant l’institution territoriale et provoquant ainsi une crise politique. La Corse engluée dans les problèmes de toutes sortes n’a vraiment pas besoin de cela ! En revanche, rien n’oblige les autonomistes à se muer en « facilitateurs  ». D’abord, quatre ans sont vite passés. Ce qui incite à préparer le prochain scrutin en plantant des banderilles. Ensuite, avoir pour interlocutrice une majorité relative, ouvre l’opportunité de monnayer chaque vote et d’affirmer ainsi une capacité d’influer sur le cours des choses. Enfin, avoir réalisé 26 % (37 224 suffrages) n’est pas rien. Cela représente davantage une rampe de lancement pour de nouvelles avancées électorales de l’autonomisme, qu’une invite à se montrer conciliant avec la gauche. Au fond, étant bien embusqués, les autonomistes ont intérêt à le rester. Main basse sur l’administration territoriale ? Les détracteurs commencent pour leur part à sortir du bois. Leur angle d’attaque est d’affirmer que Paul Giacobbi et ses amis veulent mettre en coupe réglée l’institution territoriale, provoquant ainsi des conflits et des blocages. Selon eux, les exemples ne manquent pas. Ils rappellent que la réunion du Conseil d’administration de l’ODARC, très mal préparée disent-ils, a tourné au désordre et presque à l’empoignade entre certains participants. Ils se gaussent que la présidente de l’Agence de Tourisme de la Corse préconise un soutien prioritaire au tourisme social, provoquant l’ire d’une grande partie des socioprofessionnels qui ont parié sur des clientèles individuelles ou drainées par les tours opérateurs. Ils se délectent des bruits de couloirs qui décrivent une administration territoriale ne sachant plus à quel saint se vouer du fait d’une réorganisation en cours. Ils se réjouissent des remous ayant agité l’Office de l’Environnement. Enfin, les détracteurs dénoncent un  «  colonialisme de Venaco  », l’accusant de vouloir asservir et spolier le Sud, et de chercher à placer ses fidèles dans tous les rouages de l’administration territoriale. De la parole aux actes Pessimistes et dénigreurs ne sont pas encore en mesure de rendre impopulaires Paul Giacobbi et ses amis. La gauche peut encore arguer du fait qu’il lui faut «  remettre de l’ordre dans la maison  » et qu’il lui incombe de finir de prendre la mesure d’une gestion de droite jugée calamiteuse par une majorité de Corses. Cela étant, avec la rentrée, l’heure de vérité approche. Il importe que la gauche apporte, au plus vite, des  réponses concrètes aux problèmes qu’elle a magistralement soulignés. Il lui faut désormais mettre en Å“uvre l’alternance. Ce qui suppose des mesures intéressant la remise à flot des finances territoriales, la maîtrise du foncier, l’actualisation du PEI, la solidarité entre les territoires, la rédaction du PADDUC, la relance du logement, la maîtrise régionale des transports maritime et aérien, la promotion de la langue, de la culture et du patrimoine corses. Même si les Corses, en bons méditerranéens qu’ils sont, aiment la magie de la parole, il arrive un moment où ils exigent des actes… Pierre Corsi Â