Vanina Pieri bouscule les vaches sacrées Il y a chez cette élue du sens et du bon sens. Deux qualités qui font défaut à beaucoup de monde dans le milieu politique. Elle n’est pas très connue du grand public. A priori, elle ne paie pas de mine. Quand, toute nouvelle présidente, Vanina Pieri a fait son entrée à l’Agence du Tourisme de la Corse (ATC), quelques personnes installées ont échangé des sourires narquois. Son apparence simple leur a donné à penser que la vision stratégique et le pouvoir de décider resteraient leur affaire. Vraiment, elle n’était pas de leur monde ! Elles ont vite déchanté. Elles ont découvert que derrière une image de candeur, résidait la volonté d’imposer une certaine idée du tourisme. En leur demandant que l’on tienne un stand à la Fête de l’Huma, Vanina Pieri leur a signifié que rien ne serait plus comme avant. Il y a bien sûr un changement de style. La présidente de l’ATC ne privilégie pas les mondanités et les salons qu’affectionnent beaucoup de tours operateurs, de managers et de commentateurs du tourisme, elle préfère visiblement rencontrer sur le terrain ceux qui en vivent au quotidien. Il y a aussi un changement de fond. Vanina Pieri considère que l’activité touristique corse trouvera son équilibre en mobilisant ses acteurs locaux et les ressources de ses territoires et non en suivant aveuglément les stratégies dominantes des multinationales du transport, du séjour et des loisirs. Le tourisme corse, elle le veut durable et identitaire. A un tourisme subi qui, depuis des années, ne cesse de faire peser sur l’île ses nuisances, elle veut substituer un tourisme voulu qui maîtriserait les flux de visiteurs, qui profiterait aussi à l’intérieur de l’île et qui respecterait le mode de vie des habitants, leur culture et leur environnement. Elle ose risquer Vanina Pieri a sa méthode pour aller de l’avant. D’abord, elle entend que l’ATC en soit le fer de lance. Ce qui l’a conduite à remettre de l’ordre dans la maison. Pour ce faire, elle a rappelé qu’en matière de politique touristique, si la concertation et l’expertise étaient nécessaires et bienvenues, la prise de décision relevait de la sphère politique. La présidente de l’ATC souhaite aussi s’appuyer sur une synergie entre sa vision identitaire et durable du tourisme, et le recours à des compétences extérieures. Ainsi, pour mener à bien le recadrage de la labellisation « Qualité Corse » (aide financière aux professionnels investissant dans l’excellence environnementale et l’amélioration qualitative de l’offre), elle envisage de recourir à la plateforme « Atout-France ». Son dessein est que cette structure nationale d’expertise touristique dont la mission est de contribuer à optimiser l’attractivité des destinations, aide l’ATC à ancrer le label dans des critères d’identité, d’authenticité et de spécificité corses et d’excellence environnementale identifiables, reconnus et vérifiables. Enfin, Vanina Pieri n’hésite pas à bousculer quelques « vaches sacrées ». Au risque de déchaîner les écologistes, elle ne s’interdit pas de soutenir la réalisation de parcours de golf dans l’intérieur de l’île afin d’accroître l’attractivité des microrégions. Au risque d’indisposer quelques uns de ses alliées politiques, elle n’adhère pas à la croisade idéologique visant, au prétexte de service public, à exclure le low cost maritime et aérien. Au risque de priver la Corse de quelques commentaires aussi élogieux qu’intéressés de « bobos » et retraités des pays du Nord venant y trouver un « paradis où tout est gratuit », elle se propose de mettre en place une fiscalité régionale touristique (taxes sur les camping-cars, le mouillage, la fréquentation des sites naturels les plus visités…) Voila une élue qui a du sens et du bon sens. Deux qualités qui font défaut à beaucoup de monde dans le milieu politique. Alexandra SERENI