Le nationalisme atteint un haut niveau de maturité. Il est en mesure de se rassembler dans la diversité avec deux perspectives : devenir majoritaire, prendre le pouvoir.
Ces dernières semaines ont été riches en actualité nationaliste. Le PNC, Inseme per a Corsica et Corsica libera ont tenu leurs assemblées générales respectives. Des centaines de militants des trois mouvements se sont successivement retrouvés à Corté pour décider d’importantes orientations stratégiques et tactiques. Au passage, il convient de noter que ces assistances nourries ont démontré la vitalité du nationalisme. Plus de 1200 militants déterminés, cela représente beaucoup de monde et confirme que la dynamique constatée lors du scrutin territorial de mars dernier (51 000 suffrages), est durable. Certes, la tenue de trois assemblées générales et la confirmation de l’existence de trois mouvements peut conduire à penser que la dynamique nationaliste est fragile car restant handicapée par la dispersion ou même la division. Cette vision des choses est toutefois trompeuse. Au contraire, ce pluralisme est des plus prometteurs. En effet, si l’on considère la teneur des prises de position des uns et des autres, il apparaît que les trois mouvements sont en capacité de conduire ensemble des démarches communes tout en assumant et faisant vivre leurs différences. Le nationalisme montre ainsi qu’il atteint le niveau de maturité des partis continentaux de gauche et de droite. Tout comme eux, il se révèle en mesure de se rassembler dans la diversité avec deux perspectives naturelles de toute action politique majeure : devenir majoritaire, prendre le pouvoir.
La fin des anathèmes
Diversité et maturité sont bien les deux principaux et indissociables enseignements étant ressortis des trois assemblées générales. En premier lieu, elles ont toute entériné et légitimé de réelles lignes politiques et non, comme ce fut trop souvent le cas dans le passé, des assemblages de bonnes intentions visant à camoufler de profondes divisions stratégiques et des appétits hégémoniques. C’est évident et désormais reconnu et accepté par tous, il y a bien deux finalités stratégiques au sein du nationalisme : l’autonomie interne, l’indépendance. La phase des anathèmes apparaît dépassée. Ces deux finalités acceptent de cohabiter et aussi, elles le formulent désormais sans la moindre gêne, d’avancer ensemble pour faire du nationalisme une force majoritaire en mesure de prendre le pouvoir seule ou en s’ouvrant à quelques alliés. On notera que le nationalisme se projette ainsi dans une nouvelle dimension car, jusqu’au dernier scrutin territorial, il limitait son ambition à être partie prenante d’une majorité d’ouverture qui aurait mis en œuvre certaines revendications nationalistes, mais aurait été assise sur des partis continentaux de gauche ou de droite et pilotée par un leader non nationaliste.
Un scénario plutôt positif
Des esprits chagrins ou anxieux remarquent toutefois que l’une des composantes nationalistes, les autonomistes, n’est pas unie et que cela pourrait s’avérer dommageable. Par ailleurs, ils rappellent qu’au début de l’été, le PNC s’était prononcé pour un processus de rapprochement structurel avec Inseme per a Corsica. Ce calendrier souhaité n’a pas été concrétisé. Mais cela ne porte guère à conséquence et pourrait même se révéler positif. Quand la proposition du PNC a été formulée, il existait une grande inégalité organisationnelle entre ce mouvement, fortement structuré et disposant d’un outil de presse (l’hebdomadaire Arritti) et Inseme per a Corsica encore à l’état embryonnaire au plan de l’organisation. De plus, il relève du secret de polichinelle que concernant certaines questions comme les rapports avec la mouvance indépendantiste, la clandestinité et les partis continentaux, ou même quelques grands choix de société, il existe des approches différentes entre les deux mouvements. Enfin, un rapprochement structurel aurait également impliqué une redéfinition du ticket Simeoni / Angelini. Avoir donné du temps, apprendre à travailler ensemble et trouver des convergences fortes au sein du groupe d’élus territoriaux de Femu a Corsica, n’est en définitive pas le plus mauvais des scenarii. Il est des concubinages prolongés plus fructueux que des mariages trop rapides.
Les indépendantistes dans le jeu
La situation actuelle de diversité a aussi facilité l’entrée dans le jeu des indépendantistes et de vérifier leur volonté effective d’aller loin sur cette voie. Lors de leur Assemblée générale, les militants de Corsica Libera ont annoncé et précisé leur volonté d’une coexistence constructive entre les deux ailes politiques du nationalisme. Prenant acte que la confusion des options autonomiste et indépendantiste n’était pas favorable, ils ont affirmé la nécessité de préserver deux offres politiques distinctes et clairement identifiées, tout en les jugeant complémentaires. Ce qui les a conduits à se prononcer pour « une coopération entre les deux courants du nationalisme devant permettre de tirer le mouvement national vers le haut ». En ce sens, ils ont d’ailleurs avancé des propositions portant au consensus : défendre un projet d’évolution des institutions corses devant les futurs candidats de droite et de gauche aux prochaines présidentielles ; matérialiser cette convergence de façon lisible sur des thématiques précises accompagnées par des mobilisations de terrain ; défendre ensemble plusieurs points (pouvoir législatif pour l’Assemblée de Corse ; officialisation de la langue Corse ; citoyenneté corse avec constitution d’un corps électoral légitime ; maîtrise du foncier, de l’énergie et des transports ; code des investissements ; statut fiscal dérogatoire ; libération des patriotes emprisonnés. Ce n’est pas encore acquis mais ça pourrait le devenir.
Pierre Corsi