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Municipales de Bastia : Le PRG au cœur des passions

jeudi 7 mars 2013, par Journal de la Corse

Au sein du PRG, concernant l’investiture bastiaise, la confrontation entre le prétendant déclaré et celui dont chacun connait les intentions, est désormais inévitable.

Le 27 février 2011, sur le plateau de Cuntrastu, François Tatti a créé l’événement en dévoilant son dessein de devenir maire de Bastia dès 2014. S’il prend alors au dépourvu les observateurs et les décideurs politiques, il ne les surprend guère car tous connaissent déjà son aspiration à briguer le fauteuil de maire. En outre, l’ensemble de son parcours trahit cette aspiration et une capacité de l’assumer. Avant le scrutin municipal de mars 2001, pour être éligible au mandat d’adjoint au maire et pouvoir se consacrer à l’importante délégation des travaux, François Tatti renonce à son poste de secrétaire général adjoint de la ville. Sa maîtrise des dossiers et sa présence sur le terrain contribuent, au milieu des années 2000, à ce qu’il soit porté à la tête du SYVADEC (Syndicat de valorisation des déchets ménagers de Corse). Gestionnaire reconnu, il montre aussi de « l’envie » dans le domaine politique. Il est le fer de lance d’Emile Zuccarelli lors des débats opposant ce dernier, durant le processus de Matignon, aux corsistes et aux autonomistes. Il accède, en avril 2010, à la présidence du groupe des conseillers territoriaux issus de la liste PRG conduite au premier tour par Emile Zuccarelli, et fait depuis entendre un discours « républicain » au sein de la majorité territoriale. Le 28 février 2013, deux ans après être sorti du bois, au cours d’un Comité directeur du PRG de la Haute-Corse, François Tatti confirme être candidat à l’investiture de son parti pour mener la liste d’union de la gauche lors des élections municipales de Bastia. Par ailleurs, il rend immédiatement publique cette initiative en diffusant l’information via les réseaux sociaux et sur son blog. De plus, comme pour affirmer sa détermination, il ouvre dès le lendemain un site web intitulé « Bastia, par passion » où il affiche son ambition ainsi que le premier cercle de ses partisans au sein de l’équipe municipale bastiaise. Le doute n’est plus de mise, François Tatti ne reculera pas. Se sentant fort du travail accompli et d’encouragements qu’il aurait reçus à agir ainsi, il fera tout pour obtenir l’investiture de son parti. Il est avéré qu’il ne se sacrifiera pas sa « passion » sur l’autel de la volonté prêtée à Jean Zuccarelli d’être investi. En effet, il relève du secret de Polichinelle que le conseiller exécutif à l’Assemblée de Corse, président de l’ADEC et conseiller municipal de Bastia, souhaite être élu maire. Au sein du PRG, la confrontation entre le prétendant déclaré et celui dont chacun connait les intentions, est donc inévitable. D’autant que, ses amis le savent, Jean Zuccarelli est lui aussi animé d’une passion dévorante pour Bastia. Seule une décision d’Emile Zuccarelli de briguer un nouveau mandat, pourrait conduire les deux concurrents au renoncement.

Qui est vraiment piégé ?

Les plus optimistes ou les plus conservateurs de ses partisans veulent croire que le maire de Bastia finira par « rempiler ». Ils ne manquent d’ailleurs pas de l’y inciter. A ce jour, ils ne semblent pas qu’ils l’aient convaincu. Mais il est probable que, durant les trois mois que s’est donné le PRG pour consulter la gauche afin d’aboutir à la constitution d’une liste d’union autour d’un des siens, les partisans du statu quo feront tout pour arriver à leurs fins. Pour preuve, il se murmure qu’ils seraient les commanditaires d’un sondage dont chacun parle mais dont personne ne connaît le résultat, et qui n’aurait pour objet, au vu des questions posées, que de montrer au maire sortant que lui seul serait en capacité de réunir la gauche et de gagner. Par ailleurs, ils espèrent que les partenaires de gauche iront dans leur sens et qu’Emile Zuccarelli, inquiet d’une situation de concurrence risquant de favoriser l’opposition, acceptera de garder les rênes. Les mêmes se réjouissent aussi qu’en demandant l’investiture de son parti, François Tatti ait renoncé à l’organisation de « primaires citoyennes » et admis que seul le PRG était en droit de désigner la tête de liste bastiaise. Ils ajoutent que s’il n’est pas investi, il lui faudra rentrer dans le rang, et que ne pas le faire le conduirait à se déjuger et relèverait d’une dissidence. Alex Alessandrini, qui préside la fédération de la Haute-Corse du PRG, prend d’ailleurs quelque plaisir à souligner que ce mode de désignation le dispute à bien d’autres en matière de transparence et de légitimité, et met déjà en garde François Tatti : « Au contraire de ce qui se passe à Rome, où les cardinaux se réunissent en conclave pour désigner un successeur au pape démissionnaire, il n’en est pas de même au PRG(…) Le maire n’est pas démissionnaire et le poste n’est donc pas vacant. S’il venait à l’être, un jour ou l’autre, une année ou l’autre, l’assemblée générale de notre parti proposerait, en son sein, un successeur aux Bastiais(...) Je note que François Tatti, excluant désormais toute notion de primaire, se place ainsi dans une démarche démocratique au sein du PRG. J’en conclus donc qu’il en respectera le moment venu les décisions quelles qu’elles soient. » Indéniablement, sur le terrain de jeu des partis et selon leurs règles, François Tatti a perdu une manche. Mais l’élection bastiaise se jouera-t-elle sur cet espace confiné et les électeurs tiendront-ils compte de l’ordre établi si, un autre candidat lui étant préféré par son parti, François Tatti conduit une liste ? De plus, après un étalage de division au sein du PRG et même si François Tatti « passe par la fenêtre », la tête de liste investie sera-t-elle en mesure de rassembler et de gagner ? Seul le dépouillement, au soir du premier tour, permettra d’apporter une réponse fiable car, depuis quelques mois, sur fond d’inconnue résultant de la poussée des opposants, l’opinion publique bastiaise est devenue un forum où chacun(e) « dit la sienne », affirme le tout et son contraire, cite des « sources sûres » et cherche, comme s’il s’agissait de pari sportif, à pronostiquer le nom du gagnant.

Pierre Corsi

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