Les électeurs de gauche s’interrogent, s’inquiètent ou, pire, prennent parti. Quant aux habitants, ils commencent à se lasser.
Avant les élections municipales de 2008, en laissant entendre qu’il pourrait passer la main en 2014, Emile Zuccarelli a ouvert la course à la mairie de Bastia et aux ambitions. Dès l’an passé, François Tatti a franchi le Rubicon en annonçant qu’il serait candidat. L’actuel président du groupe d’élus territoriaux Gauche républicaine entend sans doute ainsi recueillir les fruits de son implication dans la vie de la capitale du Nord d’abord comme cadre territorial puis comme adjoint au maire, et jouir d’un juste retour de son engagement politique auprès d’Emile Zuccarelli. Gilles Simeoni sera aussi en lice. Fort des poussées nationalistes lors des élections territoriales de mars 2010 et législatives de juin 2012, le leader d’Inseme per Bastia escompte entrer en vainqueur à l’Hôtel de Ville. Jean-Louis Milani qui devrait porter les couleurs de la droite, croit lui aussi en ses chances. Il sait disposer d’un capital de sympathie. Il pourrait aussi tirer profit du succès du député sortant UMP à l’issue des dernières législatives, et d’un désenchantement qui affecterait la gauche et inciterait au vote-sanction contre ses candidats. Au fond, tout pourrait être simple : une liste d’union de la gauche conduite par un élu issu de l’actuelle majorité municipale, affronterait pour la gagne une liste autonomiste et une liste de droite. Et, au vu de tous les résultats électoraux antérieurs et d’un bilan plus que convenable, la gauche l’emporterait. Mais la réalité est plus complexe. D’abord, il se pourrait qu’au second tour les nationalistes et la droite unissent leurs forces. Ce qui pourrait mettre la gauche en difficulté. Il convient aussi de prendre en compte que la gauche n’est pas à l’abri du besoin irrépressible de changement qui saisit les populations quand un pouvoir les administre depuis longtemps et que ce dernier peine à renouveler ses hommes et ses pratiques. Et quand survient ce besoin, il importe peu que le pouvoir en place administre bien ou mal la cité. L’unique motivation d’une majorité d’électeurs est alors de « virer les sortants ». Enfin, avec l’éventuelle candidature à la candidature de Jean Zuccarelli, la gauche dispose potentiellement de deux postulants de poids au fauteuil de maire de Bastia. Or, à l’approche d’une élection, mieux vaut n’en avoir qu’un, sous peine que viennent à souffler les vents mauvais de la discorde et de la division, et que se mette en marche la machine à perdre. C’est particulièrement vrai à Bastia car, n’ayant obtenu qu’une majorité relative à l’issue des dernières élections législatives et compte tenu d’une possible coalition de ses adversaires, il apparait que la gauche a impérativement besoin d’une dynamique unitaire.
Une « primaire citoyenne » ?
Pour construire cette dynamique, considérant que « les temps ont changé » et que « les citoyens veulent avoir la parole », François Tatti vient de préconiser, dans les colonnes du quotidien régional, de désigner le candidat tête de liste de la gauche à l’issue d’une « primaire citoyenne » Il a ajouté qu’il était désormais nécessaire que « les candidatures et les projets soient départagés par le peuple et non par les appareils politiques », et que la démocratie locale à Bastia avait besoin d’un nouveau souffle. Cette proposition peut séduire les Bastiais qui aspirent à dire leur mot sur la gestion de leur ville et les projets, et voudraient désigner leur candidat. Elle est aussi dans l’ait du temps depuis le succès de la « primaire citoyenne » qu’avait organisée le Parti socialiste. En revanche, elle n’emballe guère les partis de gauche. Ces derniers opposent un refus poli, se montrent dubitatifs ou restent silencieux. Le Parti communiste de Haute-Corse a clairement dit non, regretté que François Tatti n’ait pas consulté ses partenaires et affirmé que la question « primaire citoyenne » concernait seulement le Parti radical de gauche. Il a aussi rappelé une réalité ayant force d’élément électoralement déterminant : « Depuis 1968, les forces de gauches se sont unies pour remporter la bataille municipale. » Le Parti socialiste est apparu hésitant. Ne pouvant rejeter une démarche qu’il a initiée au plan national et qui a contribué à assurer une dynamique de la victoire à François Hollande, il estime néanmoins que la question de la « primaire citoyenne » relève d’une discussion discutée au sein des partis politiques. Enfin, du côté du Parti radical de gauche, l’heure est au « no comment ». Cela étant, la proposition de François Tatti ne devrait pas être sans conséquence car elle souligne la détermination de ce dernier et vient signifier que la gauche ne pourra plus rester longtemps dans une situation d’incertitude et de rumeurs prêtant mille intentions aux uns et aux autres. D’autant que ses électeur s’interrogent, s’inquiètent ou, pire, prennent parti, les uns se targuant de « légitimisme », les autres de « tattisme ». Quant aux habitants, ils commencent à se lasser d’une évolution des choses dont ils craignent qu’elle finisse par avoir des effets dommageables concernant la gestion de la cité. Alors, quelle conséquence ? Peut-être tout bonnement une simplification du jeu. Fort d’un bilan plus qu’honorable et surtout ayant conscience qu’à ce jour, lui seul est à la fois légitime, susceptible de mettre bon ordre dans son camp et de faire accepter des « nouveaux », en position d’unir la gauche, de capter au delà de son camp et en capacité de gagner, Emile Zuccarelli pourrait bien « y aller ».
Pierre Corsi