On se souvient qu’en 2003, la Corse repoussait la fusion des départements avec la région, réforme voulue par Lionel Jospin puis par Nicolas Sarkozy. C’est désormais l’Alsace qui repousse ce début timide de simplification administrative. Comme si la France, pays centralisé par excellence, buttait sur la centralisation locale.
Une Corse archaïque et clientélaire
Le président Jacques Chirac et son Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, auteur d’une réforme de la décentralisation, avaient pris l’initiative d’un référendum en Corse portant sur la fusion des départements et de la région. Les partisans du projet – une majorité de grands élus – déploraient alors la multitude d’institutions qui se chevauchaient, dans une région de 300.000 habitants. Le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, en avait fait son cheval de bataille. Il semblait n’y avoir aucun doute quant au résultat de la consultation prévue pour juillet 2003. Une majorité d’élus militaient en faveur d’une telle simplification. Les nationalistes s’étaient déclarés en faveur du oui tout en trouvant la réforme trop timide. Seuls s’y opposaient le bloc zuccarellistes-chevènementistes, les communistes et l’extrême-droite, et quelques vieilles badernes bleu blanc rouge vermillon. Hélas, la bataille contre la réforme des retraites, l’arrestation d’Yvan Colonna survenue deux jours avant le scrutin ont bouleversé la donne. Le 6 juillet 2003, le non l’emportait par 50,98% contre 49,02%. Les raisons profondes de l’échec, outre la conjoncture, étaient à chercher dans l’argumentation décalée des partisans du "oui" et le double langage de nombre d’élus. Quand le "oui" affirmait la nécessité d’une simplification administrative, les partisans du "non" expliquaient que la disparition des deux conseils généraux reviendrait à terme à supprimer 1500 emplois, à fabriquer une gigantesque usine à gaz impossible à gérer. C’est aussi Bastia qui craignait d’être totalement dépossédée au profit d’Ajaccio, c’étaient les clans qui désiraient conserver la main par le truchement des élections cantonales. Bref la Corse archaïque et conservatrice l’emportait d’un cheveu sur une Corse plus moderne.
En Alsace, mêmes réflexes conservateurs
L’échec du référendum alsacien tient aux mêmes causes. Pour que le "oui" l’emporte, il devait réunir dans chacun des deux départements 25% des inscrits ce qui n’a pas été le cas. Il lui fallait en outre être ratifié par les deux départements. Or le Haut-Rhin a majoritairement voté contre. Là aussi Colmar a eu peur d’être phagocyté par Strasbourg. Mais, au-delà des considérations locales, cet échec montre une fois de plus que la véritable préoccupation des citoyens est l’emploi. Car si la simplification administrative doit permettre d’économiser des sommes importantes (10,5 milliards si la réforme était menée à bien sûr la France entière), elle aboutirait également à la suppression de dizaines de milliers de postes dans les conseils généraux. Il y a donc eu un mélange d’archaïsmes politiques portés par le Front de Gauche (c’est l’héritage de la Révolution française qu’on veut détruire) et le Front national (c’est la France des départements qu’on sacrifie à celles des féodalités locales) et de bon sens populaire. C’est aussi la démonstration que la France reste bien ce bon vieux pays où l’état providence, instrument de la divinité républicaine a remplacé le roi de droit divin et que la simplification administrative devra attendre. De Gaulle quitta le pouvoir en 1969 après l’échec d’une réforme portant sur la régionalisation. C’est dire si le jacobinisme a encore de beaux jours devant lui.
GXC