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Le cri du cœur de Nadine Nivaggioni

vendredi 12 novembre 2010, par Journal de la Corse

La veuve d’Antoine Nivaggioni, tué par balles le 18 octobre dernier au matin, a interpellé les élus de l’Assemblée territoriale de Corse sur la montée inquiétante de la violence et de l’inertie de l’Etat lors de la dernière session le 28 octobre. Et a appelé à une « prise de conscience vitale » pour les générations d’aujourd’hui et de demain. « Vous avez devant vous une femme affaiblie moralement, psychologiquement ; une femme meurtrie dans sa chair, terrassée par la barbarie d’un acte assassin, révoltée par les méthodes policières, atterrée par les heures dramatiques que traverse la Corse », révèle Nadine Nivaggioni. Dans l’hémicycle, le silence est lourd et la compassion sincère. Dix jours auparavant, un règlement de compte, un de plus, a ensanglanté l’actualité insulaire et frappé l’opinion publique. Un peu avant 9h, ce lundi 18 octobre, Antoine Nivaggioni a été criblé de balles alors qu’il s’apprêtait à monter à bord d‘une voiture qui l’attendait garée devant le domicile d’une amie. Les faits d’une extrême violence se sont déroulés à Ajaccio, en bas du boulevard Sylvestre Marcaggi, rue très fréquentée à cette heure de la matinée autant par des actifs que des collégiens et lycéens, à une poignée de mètres d’un arrêt de bus, à quelques dizaines de mètres du complexe sportif Pascal Rossini et du collège Fesch. Silence assourdissant « Face à ces douloureux événements qui s’enchaînent, qui se généralisent à toutes les régions de l’île, et qui n’épargnent personne, la Corse demeure globalement silencieuse », a regretté la conseillère territoriale du groupe Femu a Corsica. Depuis 2006, en effet, l’actualité de la Corse est rythmée par les règlements de comptes autant en Haute-Corse qu’en Corse-du-Sud. Certains atteignent précisément leur cible sans mettre la vie d’autrui en danger, d’autres sont des déferlements de tirs en présence de badauds comme à Baléone et sur la route de l’aéroport de Bastia en avril 2009 ou plus récemment sur le marché de Sartène puis sur le port de Porto-Vecchio en septembre dernier. Les conditions de l’assassinat d’Antoine Nivaggioni, proche d’Alain Orsoni et gérant de la Société Méditerranéenne Surveillance qui devait comparaitre au printemps prochain notamment pour abus de biens sociaux et escroquerie, témoignent de la détermination de ses assaillants. Le président du Conseil exécutif, Paul Giacobbi, a confié son « inquiétude » quant à la « dégradation des rapports humains » en Corse. Il a également souhaité que l’Etat relance une politique de prévention, "outil abandonné ces dernières années mais qui a pourtant fait preuve de son efficacité". Même si la question de l’insécurité ne relève pas de la compétence de la Collectivité territoriale, la majorité alors aux affaires avait alors observé un silence alors que les règlements de comptes connaissaient un rythme soutenu en 2008-2009 ; silence jugé incompréhensible et irresponsable par de nombreux acteurs de la société civile. L’Evêque d’Ajaccio, Monseigneur Jean-Luc Brunin avait brisé ce mutisme ambiant en s’alarmant dans une lettre ouverte de cette montée en puissance de la violence et du mépris de la vie humaine après l’homicide de Noël Andreani, en juin 2009. Cet été, l’ancien élu territorial socialiste, Vincent Carlotti, avait suggéré à la nouvelle mandature de s’emparer de la recrudescence de l’insécurité, du vandalisme ordinaire, aux crimes et délits, en passant bien sûr par les règlements de comptes. « Rôle cardinal de l’Etat » Le président de l’Assemblée territoriale, Dominique Bucchini, a annoncé lors de son discours de rentrée en septembre qu’une session extraordinaire serait organisée à ce sujet. La date a été fixée au 15 décembre, il est prévu que le préfet de région, Stéphane Bouillon, y participe. « Nous le savons tous, la sécurité des personnes n’est pas une compétence de notre institution, c’est le rôle cardinal de l’Etat. Remplit-il cette mission ? Nombreux sont ceux qui en doutent au regard des résultats d’enquête, a dénoncé Nadine Nivaggioni. Aujourd’hui, ne sommes-nous pas en droit de nous interroger sur la passivité de la police ? Assure-t-elle vraiment la sécurité des personnes en danger ? Faut-il le dire avec la vox populi qu’elle compte les points ? Ici, aujourd’hui, on jette aux chiens l’honneur et la vie des hommes ». L’intervention de Nadine Nivaggioni, s’est avérée être aussi émouvante que juste qu’indispensable. Quand la femme exprime sa douleur, sa rage et son amertume, l’élue politique appelle à une « prise de conscience vitale », pose « la question de (l’) engagement (politique) dans une société qui poursuivrait sur les pentes de la dérive » et veut croire en la prééminence de la voie « de l’instinct de vie et de tous els jours à venir, que nous devons léguer, sans trembler ni faillir, à nos enfants, à tous les enfants de la Corse ». M.K

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