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L’invité

vendredi 17 septembre 2010, par Journal de la Corse

Antoine aiello Antoine Aïello « Â Le développement de la Corse passe par une société de connaissances  » Sur le campus de l’Université Pasquale Paoli àCorte se côtoient environ 4.400 étudiants venus d’horizons divers (plus de cinquante nationalités sont représentées), quelque 290 personnels enseignants et enseignants-chercheurs, 600 vacataires d’enseignement et 173 personnels BIATOSS. Cette génération d’étudiants qui demain participera au développement de la Corse a le choix entre quatre domaines de formation, 32 formations en alternance, plus de 100 diplômes jusqu’au Doctorat. Réactivité, internationalisation, accompagnement individualisé, sont les axes privilégiés par le président de l’Université, Antoine Aïello, pour offrir aux étudiants une formation leur permettant de s’insérer dans le monde du travail et àla Corse les compétences dont elle a besoin pour se développer. Quels sont vos vÅ“ux pour cette année universitaire 2010-2011 ? Je souhaite que cette année se déroule comme les années précédentes, qu’elle soit couronnée d’un franc succès et que l’ouverture de nouvelles filières rencontre un accueil favorable. Nous poursuivons notre stratégie pour concilier la formation et l’insertion dans la vie professionnelle des étudiants. Le partenariat avec le monde du travail sera plus formel avec la signature de plusieurs conventions dans les prochains mois. Une enquête nationale conduite par le ministère de l’Enseignement supérieur avance des chiffres plutôt encourageants pour l’insertion de nos étudiants : 84% des diplômés de l’Université de Corte ont trouvé un emploi. Ce taux grimpe jusqu’à91% pour les Masters de sciences. Par ailleurs, j’espère que cette année encore la vie étudiante prenne toute sa place sur le campus et soit dynamisée par l’organisation d’événements culturels et sportifs. La rentrée universitaire s’effectue dans une ambiance sereine car elle a été préparée avec méthode et anticipation qui ont nécessité l’investissement de tout le personnel que je tiens àremercier. Quelles sont les nouvelles filières ouvertes cette année ? Après la 1è et la 2ème année, nous accueillons la 3è année de Psychologie. Au rang des nouveautés, figurent également un DUT Hygiène, Santé et Environnement, une licence professionnelle des métiers de la Banque, un DU de spécialisation post-licence dans le domaine de l’audiovisuel et du cinéma. Le tronc commun Pcem 1 comporte désormais orthodontie, pharmacie et maïeutique. Par ailleurs, la 2è année d’école d’infirmier disponible sur le site de l’Université de Corse en partenariat avec l’Ecole de formation de Bastia. Une classe préparatoire est cette année proposée en vue de la création d’une Ecole d’ingénieurs prévue en 2011. Un expert a été mandaté par notre ministère de tutelle pour accompagner l’Université dans cette démarche. Notre dossier, qui a déjàsubi plusieurs modifications, sera étudié en octobre par la Commission des titres d’ingénieurs. La succession d’ouvertures et de fermetures de filières peut manquer de lisibilité pour certains qui interprètent davantage ce ballet comme une absence de stratégie. Comment justifiez-vous vos choix ? Les filières ont un cycle de vie déterminé par les besoins du territoire, certaines s’éteignent, d’autres se créent. Nous faisons vivre l’offre de formation en nous adaptant au mieux aux réalités des besoins. Les IUT ont quasiment disparu au profit des licences professionnelles et des masters qui eux- mêmes seront peut-être remplacés par des écoles d’ingénieurs. Nous avons ouvert cette année une filière consacrée aux métiers de la banque pour répondre aux sollicitations de la profession qui connaît un renouvellement majeur de son personnel. Ces ouvertures de filières témoignent de la réactivité de l’Université. Il y a quelques années, un 2003, nous sommes passés pour des hérétiques, Pierre Donard, le président de Paris VI, et moi-même quand nous avons annoncé notre intention d’ouvrir une première année de médecine àl’Université de Corte. Nous sommes aujourd’hui face àune démonstration vivante : aujourd’hui nous assistons au retour de la première promotion de médecins qui ont fait leurs premiers pas àCorte. L’Union régionale des médecins libéraux s’est donné les moyens d’accueillir les jeunes médecins stagiaires dans des cabinets insulaires. Ainsi, nous avons participé concrètement àla modification de la couverture de la santé en Corse, qui comme chacun le sait, est menacée de désertification dans ses zones rurales. Il est souvent reproché aux Universités en général, pas uniquement àl’Université Pasquale Paoli, d’être en décalage avec le monde du travail. Comment faire entrer le monde du travail au sein de l’Université ? Depuis 2000, nous n’avons ouvert que des formations professionnalisantes tout en poursuivant bien sà»r notre offre de matières dites plus généralistes comme les Maths, le Droit ou la Physique. Il y a deux ans, nous avons structuré un dispositif lié àl’orientation, la formation et l’insertion des étudiants. La mission d’insertion, par exemple, ne faisait pas partie des prérogatives de l’Université avant la loi LRU de 2007 (la loi relative aux libertés et responsabilités des Universités). L’an dernier, en 2009, nous avons créé une vice-présidence spécialement pour l’information, l’orientation et l’insertion, dotée de moyens pour assurer un suivi des étudiants et des interventions en amont dans les lycées et en aval dans les entreprises. Dans les lycées, il s’agit de renseigner les futurs bacheliers sur les compétences requises et le cursus pertinent pour accéder àtel type de métiers. Je suis convaincu que le développement de la Corse passe par une société de connaissances. La Corse doit miser sur les ressources humaines disposant de compétences clés pour l’engager sur la voie du développement. Les relations privilégiées entre l’université et le monde de l’emploi seront formalisées par la signature de nombreux contrats d’interface dans les mois qui viennent. Les entités du monde de l’emploi concernées peuvent être certes des entreprises mais aussi des associations, des institutions. D’ailleurs, après sollicitation de l’IRA, une préparation aux concours d’entrées de cet institut de recherche agroalimentaire a été ouverte. Ce type de partenariat a déjàexisté pour des concours concernant l’Office national des forêts, les gardes chasse, la fonction publique territoriale et àchaque fois nous obtenons des résultats probants. Développer les Centres professionnels d’apprentissage participe àcette stratégie de liaison entre le tissu économique et l’Université de Corse. En 2008, il y avait 16 CFA, on en comptait 29 en 2009 et cette année nous atteignons les 35 et la barre des 150 apprentis a été franchie. L’apprentissage est un mode de formation permettant àl’entreprise àla fois de transmettre un savoir-faire et de recruter sans impacter sa trésorerie et àl’étudiant de s’insérer dans le monde du travail en étant encadré. Et les résultats sont plus que probants : le taux de réussite côtoie les 78%. C’est un schéma d’efficacité redoutable… L’internationalisation est enjeu majeur pour l’Université qui entretient des partenariats avec une centaine de facultés àtravers le monde. Comment se concrétisent ces relations internationales ? L’Université de Corse s’emploie depuis plusieurs années àdévelopper en effet des relations internationales et nouer des partenariats dans de bonnes conditions. Au programme européen d’échange Erasmus s’ajoutent quelques relations privilégiées avec la Chine sur des formats raisonnables. Si le nombre d’étudiants chinois a atteint les 200, il tend cette année àse stabiliser après avoir baissé à100, 150. Pour gérer le plus efficacement ces échanges d’étudiants et maitriser l’internationalisation de l’Université, nous avons nommée une personne chargée des relations internationales, Stéphanie Macgaw-Penitenti, qui travaille étroitement avec le Bureau des Relations Internationales. Un réseau d’excellence des territoires insulaires (Reti) a vu le jour : plusieurs universités présentant des contraintes géographiques similaires et affichant une forte identité se sont regroupées pour mutualiser leurs compétences, échanger leurs étudiants et donc s’enrichir. A ce Reti participent la Sardaigne, Malte, les Baléares, Madagascar, la Polynésie française, Cap vert, Cuba,… Nous avons ensemble défini sept thèmes développés par l’Université de Corse et qui ont une résonnance avec les enjeux environnementaux mondiaux : gestion de l’énergie et des ressources naturelles, les énergies renouvelables, les risques majeurs notamment les incendies, les technologies d’information et de communication, le patrimoine identitaire et culturel, la dynamique des territoires et le développement durable. Un master ouvert àl’international proposera des modules dans les différents campus des universités collaborant àce réseau d’excellence. Ce Reti a pour objectif àterme d’acquérir une lisibilité àl’échelon international et ainsi une légitimité pour proposer des solutions applicables àtout territoire fini, comme la terre. Cette collaboration entre université est une première mondiale et la Corse a pris la vice-présidence pour eux ans. Dans le monde de demain, l’Université de Corse aura acquis une lisibilité et ne se résumera pas uniquement àses 4.500 étudiants. Comment lutter contre le décrochage des étudiants encours d’année ? Il est vrai que certaines filières sont confrontées àl’abandon de nombreux étudiants. La précarité, le niveau élevé de certaines matières, la volonté d’obtenir un statut d’étudiant constituent des raisons de ce décrochage. Pour prévenir l’échec, nous avons mis en place un suivi individuel ou par groupes de quatre ou cinq individus comme le prévoyait le Plan Pécresse. Ces mesures d’accompagnement ont permis d’obtenir un taux de réussite en progression de 18% en deux ans pour l’année de Licence. L’université de Corse faisait partie des quelques facultés àexpérimenter l’autonomie. Quel premier retour d’expérience pouvez-vous dresser de cette réforme majeure pour l’enseignement supérieur ? Le statut ayant été mis en place en 2009, un premier bilan me semble prématuré pour une réforme aussi profonde. Quoi qu’il en soit, l’autonomie est capitale, l’Université assume ainsi des compétences et des responsabilités. J’aspire àce que nous ayons davantage de compétences et de responsabilités àassumer. Une deuxième phase prévoit une autonomie accrue. Des études menées récemment font état d’un taux de réussite supérieur pour les Universités qui bénéficient d’un statut autonome. Et puis, l’Université Pasquale Paoli peut se targuer d’avoir eu parmi les premières facultés ses comptes certifiés par le Commissaire aux comptes. Interview réalisée par M.K

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