Accueil du site > Societe > La violence au cœur de la société corse
 

La violence au cœur de la société corse

jeudi 24 mai 2012, par Journal de la Corse

Alors même que la Commission violence de l’Assemblée a rendu son rapport dans une relative indifférence, la violence prospère et semble reprendre de plus belle dans le monde nationaliste.

De vraies questions et une mauvaise réponse

La récente nuit bleue perpétrée en Corse semble préparer la société corse à de nouveaux soubresauts dans la clandestinité insulaire. Faut-il y voir l’acte de naissance d’un nouveau groupe sans visage qui aurait à voir avec les dissensions au sein de Corsica Libera ? Difficile de l’affirmer mais force est de constater que la majorité des indépendantistes paraissent emprunter la voie de la modération permettant ainsi, cruel paradoxe, la radicalisation d’une minorité. Rien ne change sous les cieux corses car c’est le même scénario qui se joue depuis des décennies et qui s’achève à chaque reprise dans le drame. Mais à la vérité, les raisons de cette radicalisation sont évidentes. La Corse connaît une crise sans précédent sans que les élus parviennent à seulement pointer les vrais problèmes. La société rurale traditionnelle disparaît année après année et l’état providence l’état se désengage. Le chômage est en hausse et les perspectives économiques moroses. La Corse ressemble à une petite Grèce avec pour bouée de sauvetage un état français qui ne restera pas éternellement notre bâton de vieillesse. N’oublions pas que la Grèce a, durant des décennies, méprisé un développement autonome pour ne compter que sur le tourisme et les emprunts, favorisant le népotisme, le clientélisme et l’emploi public. Le résultat est aujourd’hui dramatique. Comme l’écrivait le poète Bernard Dimey : "On connaît le prix lorsqu’on vous rend la monnaie". En Corse, le vote massif en faveur de Marine Le Pen est le signe de notre désintégration. Et les années à venir promettent une belle confusion. La fin des arrêtés Miot pourrait signifier une vente de nos terres au plus offrant. En ce sens, les nationalistes radicaux posent une vraie question quant au devenir de la Corse, une question à peine effleurée par nos élus. Or c’est l’absence de véritable débat qui fait en partie le lit de la violence politique, violence qui constitue évidemment une très mauvaise réponse à l’angoisse légitime ressentie par une majorité de Corses.

Un état qui se désengage

Le problème de la société corse est sa schizophrénie que j’ai déjà à maintes fois dénoncée dans ces colonnes. Elle bénéficie de statuts particuliers qu’elle a revendiqués mais dont elle n’use pas réellement. Elle s’est donné des élus traditionnels qui manient le double langage flattant tout à la fois le pouvoir central et perpétuant sur place une ambiguïté propre à préserver leur situation en équilibre. Dans un tel cadre, la violence pour épuisante qu’elle soit, devient un modus vivendi dont chacun s’accommode pour en tirer ses propres avantages locaux : les élus pour se présenter comme un rempart contre la sécession, les nationalistes pour jouer le rôle du seul ascenseur sociétal qui fonctionne un peu, et les citoyens pour espérer préserver les avantages offerts jusqu’à maintenant par le pouvoir français. La violence corse est une violence de basse intensité, une violence de tension et non une violence de rupture. Interrogez n’importe quel indépendantiste et demandez-lui de vous décrire ce que serait une Corse détachée de la France ? Il en sera incapable se contentant de répéter qu’il faudra exiger des compensations historiques, compensations qui, soit dit en passant, n’ont jamais été versées par aucune puissance coloniale à aucun pays décolonisé. Insistez et réclamez une feuille de route crédible. Vous aurez droit à un silence accablant. Car aujourd’hui dans le contexte d’une crise internationale qui lamine les peuples sur les deux bords de la Méditerranée ou favorise l’arrivée d’extrémistes, la pire hypothèse pour la Corse serait d’être purement et simplement larguée par la France. Nous avons déjà la fâcheuse manie de régler nos contradictions par la violence. Qu’en serait-il sans ce juge de paix qu’est l’état même s’il est souvent médiocre ? Mais pour éviter toute dérive dangereuse il faudrait que nous soyons capables de réfléchir sur notre avenir et de décider en toute sérénité et en toute démocratie de la Corse que nous allons léguer à nos enfants.

GXC

Répondre à cet article