Accueil du site > Societe > La révision de la Constitution à court terme ?
 

La révision de la Constitution à court terme ?

jeudi 24 janvier 2013, par Journal de la Corse

Le nouveau leitmotiv corse est désormais la révision de la Constitution qui sauverait la Corse de tous les dangers. Mais quel contenu mettre dans cette révision ?

Réviser la Constitution

La Corse agissante et notamment nationaliste est souvent agitée de marottes éphémères : article 73, constituante, identité corse, Galsi, droits législatifs et maintenant révision de la Constitution. Il n’en reste pas moins qu’il serait grand temps que la Corse occupe une place spécifique dans l’ensemble corse et que ce soit acté constitutionnellement. Ça l’est déjà pour une part si on se réfère au statut particulier. Mais il est vrai que nous touchons aux limites de la situation. Pour autant, la Corse est spécialiste des incantations souvent creuses. Car une révision constitutionnelle n’aura de valeur qu’en fonction de son contenu et de ses conséquences. Il ne faut pas que ce soit un étendard agité dans le seul but de se présenter aux élections prochaines comme novateurs et qu’une fois de plus la forme du discours prime sur le fond. Il faut donc réfléchir, peser le pour et le contre et proposer au gouvernement un plan d’ensemble cohérent et non une série de propositions sans autre cohérence que les intérêts immédiats de la Corse. La position exprimée par Dominique Bucchini me semble beaucoup plus sage. Avant d’exiger une révision constitutionnelle qui, par ailleurs reste aléatoire, utilisons tous les moyens que nous offrent à la fois notre statut particulier et la loi pour tenter de sortir de l’impasse dans laquelle nous a fourré l’arrêt du Conseil constitutionnel.

Un contexte défavorable

La révision globale de la Constitution est fondamentale pour la Corse. L’est-elle pour le pouvoir central français ? Cela reste à démontrer. La France n’en est qu’au début de la crise économique et sociale. Elle s’est engagée dans un conflit en Afrique qui pourrait bien tourner à l’enlisement et à l’isolement au sein même de l’Europe. L’histoire française démontre qu’en pareille situation la France se crispe sur son centralisme. La gauche déjà divisée prendra-t-elle le risque d’une fracture majeure en posant la question d’une véritable décentralisation ? On peut en douter. Quand la situation générale était plus favorable, la gauche a déjà eu cent fois l’occasion de revoir la Constitution voire d’en changer pour passer à la VIe république. Elle ne l’a jamais fait parce qu’en définitive elle est à l’aise dans les habits monarchiques de la constitution gaullienne. Offrir l’autonomie à la Corse ne peut être que le fruit d’un rapport de force national imposé par l’ensemble des régions et pas seulement par la Corse. Nous sommes loin du compte.

Une Corse malade dans une France malade

Pour les Britanniques et l’Allemagne, la France est désormais le maillon faible de l’Europe libérale. Le Portugal, l’Italie, l’Irlande, l’Espagne et la Grèce, ont taillé dans le vif de leur chair sans déclencher de véritables révoltes. Ces pays exportent désormais leurs chômeurs vers le nord de l’Europe à commencer par la France aggravant sa crise. Les instances européennes et internationales pressent la France d’aller plus loin dans les réformes de l’état et de réduire ses dépenses. Cela signifie moins d’emplois dans le secteur public. Moins de crédits et de postes de fonctionnaires : la Corse est au cœur de la tempête. S’y ajoute un phénomène démographique dévoilé par l’INSEE : si notre île est la région qui connaît le plus faible taux de fécondité français voire européen, elle caracole en tête pour la croissance démographique. Pour l’heure on ne peut déterminer si les 4000 nouveaux habitants annuels sont des Corses rentrant au pays, des retraités continentaux ou une immigration laborieuse causée par la crise économique qui serait dans un pareil cas portugaise, polonaise et roumaine. Le risque est grand de réactions racistes quand le marché de l’emploi va se contracter plus encore provoquant une extension de la misère locale. Nos élus, s’ils daignent se préoccuper d’autres problèmes que de leurs sièges, ont du pain sur la planche. Nous sommes spécialistes dans la découverte des problèmes à l’instant où ils explosent. Or la politique c’est la gestion et la prévision. La prévision c’est la révision de la Constitution, la gestion l’art de diriger la cité en prévoyant aussi l’échec des grandes espérances.

GXC

Répondre à cet article