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La nouvelle guerre, ses moyens et ses enjeux

jeudi 28 février 2013, par Journal de la Corse

Un sénateur américain a affirmé que les attaques par drones de la CIA au Pakistan et ailleurs avaient tué 4.700 personnes sans que l’état ait confirmé ou infirmé ce chiffre. Le bilan des centaines d’attaques de drones contre des membres présumés d’Al-Qaïda au Pakistan, au Yémen et dans d’autres pays est en effet un secret d’État. Petite précision : le sénateur républicain Lindsey Graham qui a dévoilé ce chiffre est ardent défenseur de ce type d’actions militaires.

Tuer sans permis

La guerre par drones interposés a connu une formidable accélération avec l’élection du président Obama, Prix Nobel de la paix. Les drones sont dirigés depuis des lieux tenus secrets par de jeunes soldats férus en jeux informatiques. Ils reçoivent les données de localisation des cibles à abattre et dirigent le petit avion sans pilote sur leur écran à plusieurs milliers de kilomètres de la cible. Ils ont un contrôle visuel grâce à la caméra embarquée sur le drone. Le seul encouru est la perte du drone. C’est une guerre où l’agresseur est toujours sauf tandis que de l’autre côté les dégâts collatéraux sont gigantesques. Des mariages ont ainsi été bombardés parce que confondus avec un rassemblement de combattants d’Al-Qaida. Plusieurs ONG indépendantes ont tenté depuis des années de comptabiliser, sur la base d’articles de presse et d’autres sources, le nombre de membres d’Al-Qaïda et de civils tués dans les frappes américaines. La New America Foundation, à Washington, a estimé à 350 le nombre de frappes effectuées par des drones depuis 2004, la majorité sous le mandat de Barack Obama, qui les a intensifiées. Le bilan se situerait selon ce centre de réflexion entre 1.963 et 3.293 morts, dont 261 à 305 civils. Une organisation britannique, le Bureau of Investigative Journalism, a avancé un chiffre plus élevé : entre 2.627 et 3.457 morts, dont 475 à 900 civils. L’exécutif américain a fini par reconnaître l’utilisation des drones assurant qu’elles ne sont déclenchées qu’en dernier recours contre des suspects qui ne pouvaient pas être capturés et menaçaient les États-Unis. Mais pour la première fois en février, Barack Obama a reconnu que les Américains avaient besoin de plus de garanties que sa seule parole pour s’assurer de la légalité du programme qui équivaut à exécuter des citoyens d’autre pays sans aucune explication. Et des sénateurs ont demandé la création d’une cour secrète pour valider chaque frappe.

Les nouveaux cow-boys et les nouveaux indiens

Le plus étonnant est qu’au fil des ans, les États-Unis ont réussi à imposer des méthodes et une terminologie que la gauche autrefois combattait au nom d’une analyse de causes d’une révolte. Le terme de terroriste par exemple avait été utilisé par le gouvernement français pour désigner les insurgés algériens. La gauche pacifiste et pro-FLN parlait alors de la légitimité de la lutte des fellaghas. L’extrême gauche allait jusqu’à justifier les terribles attentats commis contre les populations civiles en Algérie. Depuis la chute du Mur de Berlin et la fin de la bipolarisation de l’espace planétaire, l’Occident a imposé son point-de-vue. Est terroriste celui qui s’oppose à sa vision de l’ordre mondial. Qui pourrait nier que pour un Pachtoune, l’armée alliée en Afghanistan est une armée d’occupation ? Quelle légitimité sinon celle qu’ils s’octroient, les États-Unis possèdent-ils en Irak ? L’utilisation d’armes impersonnelles et inhumaines au sens propre du terme, tels que les drones ou encore les missiles à longue portée, vient parachever cette vision de gendarme de l’humanité. Les États-Unis décident qui, dans leur vision hollywoodienne de l’histoire, est le bon cow boy et le méchant indien. Le problème pour ce pays qui perpétue ainsi la doctrine Monroe, est que la guerre dans les pays pauvres est très coûteuse et rapporte peu. D’où l’idée d’utiliser les puissances mineures telles que celles d’Europe ou celles des pays émergents. Cela peut sembler efficace à court terme. C’est proprement désastreux si les racines du mal ne sont pas traitées à savoir la profonde inégalité qui grandit entre le quart possédant de la planète et les trois autres quarts qui s’appauvrissent de génération en génération tout en prenant de l’ampleur démographique.

GXC

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