SPORTS DE COMBAT La lutta mora : Un sport identitaire
Jean-Antoine Santarelli est un passionné des arts martiaux, des sports de combat en général et il a toujours souhaité que la Corse ait sa propre discipline.
« J’ai commencé les arts martiaux à l’âge de 15 ans. J’ai tout d’abord pratiqué le jujitsu où j’ai atteint le niveau ceinture noire » nous apprend JA Santarelli, aujourd’hui âgé de 48 ans. Le jeune homme s’est ensuite dirigé vers d’autres sports de combat comme la boxe anglaise, le full contact et le kick. Arrivé à maturité, Jean-Antoine Santarelli a alors voulu remettre au goût du jour la lutte corse. « Je souhaitais que la Corse possède un sport de combat respectable. Dans l’Antiquité les Romains ou les Grecs pratiquaient déjà le pancrace. Au fil des années et des siècles, la lutte a alors pris différentes appellations, selon les régions. Mais souvent ces variantes n’ont jamais été codifiées. Dans toute l’histoire de la Corse cela n’a jamais été fait. Je suis très fier d’avoir apporté à la Corse un sport de combat noble et juste par sa règlementation et le respect qu’il impose par sa technique ».
Trois distances de combat
« La lutta mora est une combinaison de plusieurs techniques » précise JA Santarelli. « Un adepte de cette discipline doit ainsi maîtriser les trois distances du combat : courte (boxe), mi-distance (pieds, poings et genoux) et très courte (le corps à corps). Mais un sport, quel qu’il soit, doit avoir ses propres règles. Alors JA Santarelli s’est mis au travail pour codifier sa Lutta Corsa. Les combats se déroulent sur un ring de boxe. La durée des rounds est de 3 x 3 minutes pour les amateurs qui doivent être protégés par un casque et des protège-tibias. En ce qui concerne les professionnels, le combat comprend 4 reprises de 3 minutes. Debout, sont autorisées les frappes avec les poings, les pieds et les genoux. Au sol, les combattants peuvent utiliser les frappes au corps avec les poings et les genoux. A l’image d’autres disciplines de ce genre les combattants peuvent aussi avoir recours à la soumission : clefs de bras, de jambes ou les étranglements, même en phase debout. Le règlement proscrit par contre certaines pratiques : les frappes à la gorge, à la colonne vertébrale, les morsures, les coups de têtes, les doigts dans les yeux. Au sol, les frappes au visage sont également bannies.
Protéger le boxeur contre l’injustice d’un juge
A contrario d’autres sports de ce type, les combats se déroulent sans juge de table. « J’ai vu trop d’injustice » souligne Jean-Antoine Santarelli. « Un boxeur est souvent déclaré battu alors qu’aux yeux de tous, il a gagné le combat. En lutta mora seul le meilleur gagne. Le juge est l’arbitre. Lui seul décide de la décision et c’est d’ailleurs pour cette raison que l’arbitre doit être exemplaire. Les combats se gagnent soit par ko soit par soumission. La spécificité de la lutta mora est que lorsque deux combattants s’affrontent et qu’ils restent debout tous les deux au terme du combat, celuici est sanctionné par un match nul. De même si un combattant amène son adversaire au sol mais qu’il n’arrive pas le soumettre. A mes yeux cela veut dire qu’il n’est pas aussi fort que ça et que son adversaire se défend bien et ne mérite pas de perdre. Autrement dit les deux combattants doivent revoir leur technique. »
Un projet à Bastia
La lutta mora sera très bientôt enseignée à Bastia par Fred Boigeol. Sportif de haut niveau (champion de France et d’Europe), le créateur du KTP Scola* à Bastia est une sacrée référence dans le milieu du sport pied/poing. Il sera donc le représentant de la lutta mora sur la Haute-Corse. « Mon souhait est également de pouvoir promouvoir la lutta mora dans le système scolaire » confie encore JA Santarelli. « Les Bretons ont fait de la lutte bretonne une épreuve au baccalauréat, alors pourquoi pas nous ? ». Notre Ajaccien souligne aussi que des clubs du continent sont intéressés par les règles de la lutta mora car « elle permet à un combattant de pouvoir s’exprimer pleinement ».
Des galas en perspective
Pour les Ajacciens la lutta mora n’est pas une inconnue. En 2001 s’est déroulé dans la Cité impériale un premier gala. « La Corse voyait pour la première fois de son histoire la naissance officielle de son sport de combat, je veux dire par là que des combattants de Paris, Montpellier Nice ou Porto-Vecchio se sont affrontés dans les règles du combat corse, comme ils l’auraient fait dans un autre sport ». Dans la foulée, Jean-Antoine Santarelli, a organisé deux autres galas en 2002 et 2003. « Si j’ai gagné la première édition en juin 2001, par contre j’ai perdu l’année suivante par arrêt de l’arbitre, sur blessure, et alors que je menais le combat ». Le prochain gala devrait se dérouler en juin 2014 à Ajaccio : une sélection corse sera opposée à une sélection continentale. Cette réunion comprendra combats amateurs et combats professionnels. « Ce sera sans doute à cette occasion que je ferai mon dernier combat. Je m’y prépare sérieusement à la Bushido Académie Ajaccio car ce soir-là je me devrai de représenter dignement la lutta mora et faire honneur à tout un peuple ». Gala en projet mais aussi un ouvrage sur la discipline. « Ce sera un ouvrage pédagogique qui contiendra aussi bien des conseils techniques que tactiques. Un livre sur les bases de cette discipline, enrichi de nombreuses photos ».
• Ph.J.
* KTP Scola : 06.12.54.23.43