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La bataille de la matière grise

jeudi 1er septembre 2011, par Journal de la Corse

Les bons élèves et les bons profs, ça se recrute aussi. C’est le constat que dressent la plupart des universités, et elles se livrent une véritable « guerre des talents ». Car la mondialisation, c’est aussi que les étudiants sont de plus en plus mobiles et de plus en plus nombreux. La mondialisation est un moteur puissant. La bataille de la connaissance représente un enjeu stratégique national. D’autant que des études de la DARES ont estimé que le « phénomène de cueillette » touche à sa fin : le recruteur va devoir séduire le candidat, et ce, dès l’université. La chasse aux talents va s’ouvrir.

Étudiants nomades

La France est la troisième destination mondiale avec 240 000 étudiants étrangers. Les universités sont des marques, des outils d’influence mondiale. Avec plus de 50 nationalités représentées sur les Campus de Corte, l’Université de Corse se veut résolument ouverte sur l’international. Selon The Economist, « l’enjeu de la guerre des talents est de rester dans le top 5 européen, et de conserver le « respect » de ceux qui, en Europe, aux États-Unis ou en Asie, partagent les fauteuils d’orchestre ». Pour être attractives, certaines universités sortent l’artillerie lourde : exonérer les meilleurs étudiants de tout ou partie des frais d’inscription, faire passer des tests de sélection aux candidats, proposer des doubles diplômes ou des diplômes conjoints, donner de bons salaires aux profs stars, offrir des conditions d’étude et de travail au top niveau, etc. Des zones géographiques de pôles de compétitivité se dessinent qui espèrent toutes attirer les meilleurs candidats. La France est notamment reconnue pour sa manière de former des managers ou des ingénieurs. A tel point, que la Chine a demandé de créer une école centrale à Pékin. Les universités sont également inscrites dans des réseaux internationaux de recherche, qui attirent des chercheurs de pointure internationale.

Facteurs d’attraction

Mais l’attraction ne s’invente pas. Attirer les talents, c’est pouvoir offrir des opportunités de développement de carrière, écouter les besoins des candidats… Autant de paramètres que les universités et grandes écoles ont intégré, et que les entreprises sont en train de prendre en compte. En effet, la DARES (direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) a établi une projection à 2015 entre les générations et l’activité économique. Il ressort qu’entre le départ à la retraite des Baby Boomers et les créations d’emplois estimées, la DARES évalue le nombre total de postes à pourvoir d’ici 2015 à 745 000. La conséquence est qu’il va y avoir inversement entre l’offre et la demande : « il va devenir de plus en plus difficile pour les entreprises de trouver des candidats à la fois bien formés et ayant de l’expérience. Ce sera la fin du phénomène de « cueillette » auquel on assiste depuis quelque temps », explique Marc-Antoine Estrade (DARES). Un recruteur ne pourra plus se contenter de mettre une annonce pour recevoir des réponses à la hauteur de ses attentes. Il faudra séduire le candidat lors de rencontres en face-à-face. Le recrutement sera contraint de changer.

Fuite des cerveaux

L’OCDE a également publié une étude comparant les taux d’émigration des populations hautement qualifiées ; elle révèle que les pays ayant un niveau de revenus faibles souffrent de manière disproportionnée de la « fuite des cerveaux ». L’effet destructeur des migrations de personnel qualifié sur la croissance et le bien-être du pays d’origine est un phénomène bien connu, les migrations constituant une perte de talents pour l’économie locale. En période de crise, les « cerveaux » sont encore plus volatils. Cette fuite fragilise les pays. Le « brain drain » est incontestablement une conséquence de la mondialisation et il est le résultat des fortes inégalités de développement des potentiels scientifiques et techniques des pays. Selon l’UNESCO, le tiers des diplômés scientifiques des pays en développement ont immigré dans les pays développés. Le « brain drain » dont sont victimes certains pays devient un « brain gain » pour les pays qui en profitent. Mais il n’y a pas que les « cerveaux », il y a aussi toute la main d’œuvre qualifiée qui n’est pas reconnue dans le pays d’accueil, faute de passerelle entre les pays pour les diplômes qualifiés.

Maria Mariana

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