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L’obsession de l’identité

mercredi 1er décembre 2010, par Journal de la Corse

Identité Alors que la nouvelle saison de la série Mafiosa a commencé, outre la violence insulaire et les spécificités claniques qui font figure d’images d’Épinal, le racisme anti-maghrébin qui a défrayé les chroniques et caractérisé les Corses se lit en pointillés. Dans un climat qui n’est pas vraiment porté sur l’autre, et l’acceptation de l’étranger – la polémique sur les Roms reste présente à l’esprit – cela n’a plus l’air de choquer personne. Après tout, chacun doit déjà balayer devant sa porte et les Corses n’ont pas l’exclusivité du racisme, loin s’en faut… L’identité comme nouvel étendard « Allons enfants de la Patrie… », soit, mais de quelle patrie parlons-nous ? Les débats sur l’identité nationale, accompagnés du débat sur le droit à la nationalité révèlent clairement d’un questionnement plus profond sur les racines, les valeurs partagées. Qui sommes-nous, où allons-nous ? Autant de questions qui relèvent habituellement plus de l’individu et qui se retrouvent sur le devant de la scène publique, partagées par une société toute entière à la recherche de son unité. La gauche a lancé un grand chantier en ce sens pour « s’interroger sur la signification de la nationalité à l’heure de la mondialisation » et pour creuser « la notion d’appartenance ». Des concepts tels que « le droit du sol », la double nationalité viennent alimenter la controverse. Et le fait que la France ait été taxée de raciste dans sa loi jugée « anticonstitutionnelle » contre les Roms n’aident pas. Mais dans le climat politique européen de virage à droite nulle surprise que les boucliers levés aient été mollassons. L’Italie, l’Autriche, la Suède, les Pays-Bas, la Belgique… Autant de pays qui ont montré lors des derniers scrutins que le peuple était sensible à ceux qui prétendaient représenter leurs voix. Le populisme, puisqu’il faut le nommer, a encore de beaux jours devant lui. Il ne faut pas malgré tout oublier que la souveraineté du peuple est limitée par la Constitution, celle-ci permettant entre autres de protéger les minorités. Sans compter qu’un pays, aussi souverain soit-il, a également des obligations envers ses partenaires, européens et internationaux. Autrement dit, le peuple ne peut pas demander au pouvoir qui doit le représenter de se mettre hors-la-loi pour le satisfaire tout à fait dans ses aspirations aussi bien sécuritaires que nationalistes. Populisme, xénophobie, etc. L’islamophobie et la xénophobie sont symptomatiques d’un malaise profond, qui n’est pas contemporain. En cas de crise – d’aucuns prétendraient qu’on en est sorti – rejeter l’autre, l’étranger, porteur de bien des maux, voire de tous les maux est un ciment facile à activer pour retrouver une cohésion nationale, fût-elle illusoire. D’autant que les médias ont tôt fait de faire d’un cas particulier une généralité, comme on l’a vu faire lors de ce reportage de mars 2008, qui présentait la Corse comme le berceau du racisme anti-maghrébin. « Arabi fora. » C’est vrai que les charters d’étrangers sans papier qui sont reconduits dans leurs pays décollent d’un tarmac exclusivement insulaire… Ou que c’est aussi de Corse qu’est certainement parti le débat sur la burqua… Certes, depuis ce fameux reportage, les discours se sont adoucis à l’égard des Corses et de leur légendaire racisme. Cette peur de l’étranger s’étant déclarée ouvertement ailleurs. Avec plus ou moins de violence. Et des propos rapides peu politiquement corrects. À visage découvert Pour revenir sur la question de la burqua, rappelons que le port de ce vêtement est estimé à 2 000 personnes, sur 5 millions de musulmans sur tout le territoire. Pointer du doigt un si petit groupe, c’est imprégner le débat de racisme, indéniablement. Certes, niqab et burqua sont des interprétations extrêmes de la tenue modeste prescrite aux femmes par l’islam. Avec le débat français, c’est devenu un moyen d’affirmer son identité. Cette obsession de l’identité est contraire à la liberté, paradoxalement : on ne peut pas forcer les gens à être libres. Les préjugés sont tenaces, n’en déplaise à Hortefeux qui a eu des propos malheureux, tintés de racisme et condamnés par le tribunal correctionnel. Un dérapage, ça va, mais c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. Ava basta ! U troppu stroppia. Maria Mariana

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