L’annonce du retrait de la délégation culture, à Anne-Marie Luciani, a fait l’effet d’une bombe, au début du mois, dans la cité impériale. Adjointe de la première heure au bilan culturel conséquent, elle constitue, il est vrai, le point positif majeur de l’actuelle mandature et, par le travail au sein de sa délégation, la clé de voûte de la municipalité depuis 2001. Après deux semaines de recul, elle livre, sans langue de bois, aux lecteurs du JDC, son analyse d’une décision qu’elle juge profondément injuste.
La délégation de la culture vous a été retirée en début de mois. Que s’est-il passé au juste, ce mercredi 4 septembre ?
C’était une réunion de rentrée, après la trêve estivale. Elle rassemblait les chefs de service, et, exceptionnellement, au-delà des adjoints, la majorité municipale. Au total, 20 à 25 administratifs et une dizaine d’élus étaient présents sous l’égide de Monsieur le Maire. Comme à l’accoutumée, nous avons fait un tour de table. À l’issue duquel, Simon Renucci a annoncé qu’il prenait en charge la direction de la culture. C’est, du reste, la seule décision qu’il a prise lors de cette réunion. J’ai cru avoir mal entendu mais, devant mon étonnement, il a bien réitéré sa phrase en prenant soin de mesurer ses mots. Pour se justifier, il a simplement précisé que la culture était un domaine très important.
Quelle a été votre réaction à la suite à cette annonce ?
J’ai quitté la salle dans le calme mais en état de choc. Je n’ai jamais été concertée sur cette décision. Entre le 5 août, où nous nous étions quittés sur une réunion d’adjoints, et ce retour, je n’ai jamais eu l’occasion, ni de voir, ni d’entendre Monsieur le Maire. Rien ne s’est passé. D’où ma grande stupéfaction et un profond sentiment d’injustice.
Comment analysez-vous, avec le recul, cette décision ?
Il m’est difficile de le faire. Et, pour tout vous dire, il lui appartient de donner des explications. Il ne l’a pas fait et se trouve même en difficulté. Il faut bien reconnaître que ce qui se passe aujourd’hui est vraiment inédit. Il est vrai que dans les prérogatives du maire, on peut donner ou retirer une délégation. Néanmoins, il y a, généralement, une raison. Et pour se voir retirer une délégation, il faut, à mon sens, que l’adjoint ait commis une faute grave (acte immoral ou déloyal, vote contre le budget, etc), ce qui n’est absolument pas le cas. On ne retire pas une délégation comme ça ! Je travaille avec Simon Renucci depuis douze ans, suis qualifiée de fidèle de la première heure, j’étais deuxième de sa liste en 2000 et 2001, deuxième adjointe durant sept ans, adjointe depuis 2008, et vice-présidente du mouvement « Corse Social Démocrate », dont il est le chef de file, il est tout fait légitime que je me pose des questions.
Considérez-vous que Monsieur le maire prend en charge le domaine de la culture ou, au contraire, qu’il vous le retire ?
Il est clair qu’il m’a retiré la délégation. Je pense même qu’il s’agit d’un rideau de fumée puisqu’il parle, aujourd’hui, de redistribuer les délégations. C’est une idée récente qui me trouble énormément. Lors de cette réunion de rentrée, il n’a évoqué que le domaine de la culture ; il n’a jamais été question de redistribution. Cette nouvelle a créé un véritable tsunami sur Ajaccio. Tout le monde en parle et il doit certainement chercher à se justifier. C’est la raison pour laquelle il a évoqué cette redistribution des rôles. Mais celle-ci implique, nécessairement, que l’on remette toutes les délégations sur la table et qu’on les redistribue en concertation avec les adjoints. On est ensemble, et nous traversons, il est vrai, une période difficile. Pour autant, il eût été plus judicieux de rassembler ses forces plutôt que de les diviser. En s’attaquant, de surcroît, à une personne médiatisée, qui présente un bilan collectif plus que satisfaisant. Je veux bien croire que la culture était une priorité mais sûrement pas une urgence. Il y en avait d’autres : la propreté, le domaine public, la circulation, les finances, le personnel. Et je tiens à préciser, concernant la culture, que, depuis 2001, tous les rapports présentés ont été adoptés à l’unanimité. Un travail reconnu même par l’opposition.
On associe, cette mesure, à la défaite de Simon Renucci aux dernières législatives. Qu’en pensez-vous ?
Il l’a lui-même déclaré. Sincèrement, je ne pense pas que les Ajacciens aient sanctionné la culture aux législatives ! J’ai la nette impression qu’il se cherche des coupables. Mais j’ai fait campagne pour lui aux législatives. Dans son entourage, deux thèses expliquent sa défaite : La non reconnaissance, de la part des Ajacciens, du travail accompli et la trahison des siens. Personnellement, je n’adhère ni à l’une, ni à l’autre. Il n’empêche que chacune de ces thèses conduit à la même logique : régler des comptes. Et les Ajacciens ont certainement besoin d’autre chose dans leur quotidien.
Quelles seront les conséquences ?
C’est extrêmement préjudiciable. Il n’y a aucun fondement politique à cette décision. Simon Renucci a franchi les limites. Il n’est plus, aujourd’hui, en capacité de rassembler et je vous avoue clairement qu’il ne se refera pas une virginité politique sur mon dos.
Ceci implique t-il que vous allez abandonner vos fonctions au sein de la municipalité ?
Je suis élue et j’irai jusqu’au bout de mon mandat en faisant confiance à ma famille politique. Pour le reste, cette procédure est très longue entre l’engagement verbal qu’il a pris et l’officialisation de sa décision. Un arrêté municipal doit être signé. Par ailleurs, Simon Renucci a annoncé, à la presse, qu’il va me proposer une autre délégation. Mais si je n’ai plus la confiance sur la culture, comment pourrais-je l’avoir sur une autre délégation ?
Que comptez-vous faire ?
C’est un peu tôt pour le dire. Une chose est sûre : je compte me battre ! Je serai toujours présente sur la scène politique ; je me suis engagée pour la défense de valeurs, l’équité, la justice, la tolérance, la démocratie. Je me suis investie depuis douze ans aux côtés de Simon Renucci. Aujourd’hui, une page se tourne et une autre va s’écrire. En 2008, j’ai signé un pacte majoritaire avec la population. Je suis loyale et fidèle et je le resterai jusqu’en 2014. Comme le disais John Kennedy : « Le vrai politique, c’est celui qui sait garder son idéal tout en perdant ses illusions. »
Interview réalisée par Joseph Albertini