Nous n’avons pas oublié tout d’un coup que nous étions différents Etienne Bastelica Le président du groupe communiste et citoyen de gauche de l’Assemblée territoriale compte sept élus dans ses rangs dont une majorité de femmes. Déterminés à introduire la question sociale au sein de l’hémicycle et à accompagner l’aboutissement de la construction de la centrale de Lucciana et le raccordement de la Corse au Galsi, les conseillers territoriaux assument leur différence et entendent voter toujours selon leurs idéaux. L’un des sujets majeurs de cet automne est la question énergétique avec le démarrage de la centrale de Lucciana au fuel lourd et le processus de raccordement de la Corse au Galsi. Que vous inspire l’opposition des associations de protection de l’environnement relayée par les partis nationalistes ? Ça fait maintenant vingt ans qu’on discute, qu’on organise des débats, qu’on tourne en rond et on se retrouve comme d’habitude dans ce genre de dossiers comme dans d’autres, les ordures par exemple, avec des débats qui n’en finissent plus. On sait depuis des années que la centrale de Lucciana est une des plus polluantes de France et qu’elle doit être remplacée mais on continue à voter des réflexions, des possibilités de faire autrement. Tout le monde fait semblant d’oublier cette fameuse panne énergétique qui a touché la Corse en 2005. A ce moment-là tout le monde attendait l’arrivée du groupe électrogène fonctionnant au fuel lourd. Nous voulons de l’électricité avant tout. Le niveau zéro de pollution en matière d’énergie n’existe pas. La centrale de Lucciana démarrera au fuel et fonctionnera au gaz dès que la Corse sera raccordée au Galsi, comme l’a répété le ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo. Pour la première fois, le Conseil exécutif a pris des dispositions fortes et courageuses : la prochaine centrale qui sera construite à Ajaccio fonctionnera au gaz. Plus personne n’en parle. Pourtant, c’est une décision forte que Maria Guidicelli et le Conseil exécutif sont parvenus à faire acter par le gouvernement très rapidement. Etes-vous certain que la Corse sera un jour raccordée au Galsi ? Des études sont en cours dans le cadre du projet Cyrénée pour définir dans quelle zone va passer le raccordement entre la Sardaigne et la Corse, quel sera son point de chute, dans quels délais Ajaccio et Bastia seront alimentés en gaz à partir du moment où le Galsi arrive à Porto-Vecchio, quel va être l’impact environnemental de ce tuyau. Aujourd’hui nous voulons le Galsi, j’espère que le jour où il va arriver à Porto-Vecchio, nous n’allons pas organiser un débat de 25 ans pour déterminer son tracé. Le projet Cyrénée sera présenté aux élus de l’Assemblée lors d’une réunion en novembre. De nombreux secteurs d’activité économique sont en grève pour protester contre la réforme des retraites tandis que les journées d’action se multiplient. Que vous inspire cette situation ? Je m’aperçois qu’au niveau du gouvernement, c’est le rapport de force qui prime sur le reste. On peut le regretter ou éventuellement imaginer d’autres moyens pour sortir de cette crise. Quand on voit une réforme concertée qui jette les gens dans la rue et bloquent le pays,…la méthode de travail n’est pas adaptée. Les Français ne parviennent pas à comprendre comment on peut leur demande de faire des efforts parfois importants et que parallèlement on leur annonce que les niches fiscales ont coûté 192 milliards d’euros. Les réformes sont toujours orientées en direction des plus riches. Certains veulent même supprimer l’ISF, qui rapporte 3,6 milliards on rembourse 660 millions d’euros dans le cadre du bouclier fiscal. C’est un cadeau en direction des plus riches. Il faudra impérativement que cette réforme des retraites soit négociée à nouveau. Lors de la conférence de presse de rentrée, le groupe communiste a annoncé son intention de faire exécuter à la Collectivité territoriale un virage social. Quelle est votre marge de manœuvre sachant que cette compétence n’est pas du ressort de la CTC ? Nous avons la chance d’avoir un groupe important et qui participe aux travaux de l’Assemblée, Dominique Bucchini s’investit dans son rôle de président de l’Assemblée et Maria Guidicelli, qui siège au Conseil exécutif, a en charge des dossiers emblématiques. Nous ne sommes ni résignés ni tristes ni fatigués. Dans le cadre de la majorité du groupe des vingt-quatre, nous avons tenu à dire que nous n’avons pas renoncé à nos priorités. Nous pensons que l’Assemblée de Corse, même si elle n’a pas compétence dans tous les domaines, peut s’emparer des dossiers et faire remonter au plus haut les attentes et les aspirations de ceux qui souffrent. Nous n’avons pas le droit de mentir et affirmer que nous ne pouvons pas. Même si nous n’avons pas les compétences, certaines personnes doivent pouvoir s’appuyer sur l’Assemblée de Corse pour obtenir des résultats. Je ne dis pas que nous allons faire des miracles, mais nous ferons de notre mieux pour faire avancer la situation. Nous nous devons de rendre compte des actes effectués par le groupe communiste et citoyens aux 13.000 personnes qui ont voté pour nous au premier tour à un rythme de trois à quatre fois par an. Qu’attendez-vous des Assises du foncier ? Nous avons décidé il y a quelques semaines de traiter un sujet qui revient à l’Assemblée de Corse de manière lancinante depuis des années. Le président de l’Exécutif a décidé de s’occuper de façon déterminée de cette question. Conformément à la parole donnée, les Assises ont été organisées le 28 septembre et des ateliers selon un calendrier établi. Il y a des approches différentes, il nous appartient d’y travailler et d’en débattre. Nous nous sommes engagés à organiser une session extraordinaire de l’Assemblée de Corse d’ici quelques mois. Je vais m’investir avec les miens pour faire en sorte que les terres soient protégées avec les outils que nous avons aujourd’hui et que nous pouvons inventer pour demain. Pour cela il faut que le débat aille le plus loin possible et nous devons nous entendre sur les outils. L’établissement public foncier est certes important mais il ne règlera pas tous les problèmes. Il nous appartient à nous de travailler, d’innover et d’apporter des solutions à ce problème. La citoyenneté corse peut-elle figurer parmi ces outils ? Non. Parler aujourd’hui de citoyenneté corse pour le logement c’est presque refuser de voir avancer le problème. Imaginez un Corse travaillant sur le Continent qui décide d’acheter un appartement dans la ville où il exerce et qu’on lui réponde qu’il ne pourra être propriétaire que dans dix ans. Imaginez l’université de Corte, se développant dans l’excellence ou le nouvel hôpital d’Ajaccio ayant besoin de renforts, demandé à ces grands professeurs de partager leur savoir-faire sans pour autant acquérir une maison ou un terrain. Avec les Plans locaux d’urbanisme, le Plan d’aménagement et de développement durable pour la Corse, l’Etablissement public foncier, la Safer, le Conservatoire du littoral et le Parc régional naturel, nous avons aujourd’hui tous les outils pour protéger la terre corse. Nous avons plus de Corses qui achètent sur le continent qu’en Corse, que ce soit des appartements, des affaires commerciales, des terrains ou des emplacements. Partagez-vous l’idée qu’il faudrait demander l’abrogation des arrêtés Miot ? Nous nous acheminons vers une demande au gouvernement pour l’organisation d’un nouveau bouclier fiscal spécifique à la Corse. A priori, le gouvernement devrait refuser. La loi a été votée, revenir sur ce texte n’est pas forcément une bonne idée. L’Assemblée de Corse, quand elle s’emparera du sujet, décidera ce qu’elle doit demander à la ministre de l’Economie, Christine Lagarde. L’affaire de la présidence de la CCM dont la présidence est revenue à François Mosconi plutôt que Michel Stefani, comme il avait été convenu lors du concile de Venaco entre les deux tours, constitue-t-elle selon vous le premier acte de la division de l’union de la gauche ? Nous n’en parlons plus, nous nous sommes exprimés publiquement et de manière forte à ce moment-là. Nous avons regretté que le choix se porte sur quelqu’un qui n’était pas obligatoirement tout le temps à gauche plutôt que sur quelqu’un qui était investi fortement depuis plusieurs années. J’aurai même préféré que l’on se batte pour avoir un conseiller exécutif en plus. C’est peut-être à ce moment là que l’opinion publique s’est aperçu que les vingt-quatre élus de gauche n’étaient pas si unis, mais il n’y a pas obligatoirement de position commune sur l’ensemble des sujets, notamment en ce qui concerne les transports. Nous n’avons pas oublié tout d’un coup que nous étions différents. Sur la question foncière, certains groupes sont en faveur de la proposition à dix ans, d’autres sont d’accord pour cinq ans. Nous sommes dans la majorité il y a des choses qui avancent, nous avons hérité de dossiers difficiles à gérer comme le train. C’est en faisant de la politique que nous avançons ensemble. Le plus important pour nous, c’est la réussite. Nous allons être jugés sur notre travail et je suis plutôt satisfait de la manière dont fonctionne le groupe majoritaire. Le discours prononcé par Dominique Bucchini après son élection à la présidence de l’Assemblée représente pour nous un fil rouge, un appel à la raison et à l’action, sans se cacher derrière des grandes idées politiques. Interview réalisée par M.K