L’année dernière, l’agence européenne de police Europol confirmait la progression des mafias en Europe. La fin de la bipolarisation du monde et l’éclatement des structures nationales, ont précipité les métastases mafieuses locales à travers le monde occidental.
Une division du monde
Selon les analystes d’Europol, les familles mafieuses se seraient partagé ’Union européenne au cours de réunion très structurée en cinq secteurs la France se trouvant au milieu de ce maillage. Ainsi la mafia vietnamienne se serait lancée dans le trafic du cannabis depuis le Royaume-Uni. Les organisations mafieuses auraient mis au point un système très pointu d’échanges afin de contourner les contrôles bancaires. Il s’agirait par exemple se payer en nature : haschich contre cocaïne ou contre armes voire monnaie contrefaite. Europol dévoile que les organisations criminelles « partagent de plus en plus les coûts et les risques », groupant, par exemple, les livraisons dans les mêmes conteneurs pour ensuite se partager les gains. Les organisations criminelles ont étendu leur pouvoir grâce à la corruption qui désormais gangrène les services de police ou de douanes même si c’est encore à une faible échelle. Enfin les mafias utilisent Internet comme moyen de communication et de financement.
Les mafias en France
Le dernier rapport de la police judiciaire sur le crime organisé en France produit par une cellule spécialisée, le Sirasco, met l’accent sur une vingtaine de groupes criminels qui ont étendu leur pouvoir sur la France. Les policiers insistent d’abord sur le fait que les pègres locales se sont développées sans forcément créer de liens entre elles. Une nouvelle criminalité a poussé dans les cités. Ces groupes indigènes seraient à l’origine de 75% des faits relevant de la délinquance spécialisée. Les organisations étrangères seraient responsables du quart restant soit près de 8000 faits délinquants. Ainsi selon le Sirasco une partie des armes de la voyoucratie arriverait en France par le truchement de ces réseaux étrangers pour la plupart balkaniques et notamment serbes ou monténégrins. La kalachnikov achetée 450 euros en Serbie est revendue 2500 euros en France. Également mis en exergue, les groupes turcophones (trucs, azéris etc.) grossistes du marché européen de l’héroïne et de la cocaïne devant les mafias originaires des Balkans. Le blanchiment de l’argent sale
Le Sirasco relève la montée en puissance de la mafia russe et caucasienne. Le Sirasco évoque des « opérations financières émanant d’oligarques ou de criminels ayant une vie normalisée… La France demeure un territoire d’investissement, parfois de blanchiment (résidentiel de luxe à Paris, sur la Côte d’Azur et en Savoie). D’autres investissements émanent de personnalités proches du pouvoir politique, les oligarques, fortement suspectés d’avoir construit leur fortune dans les années 1990 en s’appuyant sur des organisations criminelles (tels Boris Berezovski, Roman Abramovitch, Oleg Deripaska)…). Mais les mafias italiennes ne sont pas en reste et se sont imposées dans des domaines aussi divers que le bâtiment, l’immobilier, la confection, l’outillage électronique dans les Alpes maritimes et le Rhône avec une mention particulière pour la N’drangheta calabraise et la Camorra napolitaine. Le Sirasco estime cependant que la principauté de Monaco est une plaque tournante de leur activité. Pour le Sirasco, les Triades chinoises ont désormais pignon sur rue en France et détiennent une part importante de la prostitution parisienne tant dans la rue que dans les salons de massage. Plus rustiques mais tout aussi dangereux sont les gangs de motard qui s’implantent un peu partout en Europe, émanation des gangs américains tels que les Hell Angels, des Free Wheels ou encore des Bandidos ou des Outlaws. Lors d’une récente réunion, ils se sont, eux aussi partagé le territoire hexagonal afin d’implanter leurs trafics. L’internationalisation des mafias
Lors d’une récente interview parue dans le Figaro le procureur national italien Pietro Grasso déclarait : "Outre la Camorra napolitaine, la Ndrangheta calabraise et la Sacra Corona Unita des Pouilles, l’Europe est devenue le berceau d’organisations redoutables venant de Chine ou du Nigeria… Ces nébuleuses ont cessé la violence pure pour prospérer dans les affaires. Entre 1981 et 1983, la seule ville de Palerme avait été le théâtre de mille décès lors de règlements de comptes. Aujourd’hui, on dénombre à peine 40 morts par an pour toute l’Italie. Cette accalmie n’est guère rassurante : elle est le signe que les mafias ont trouvé des ententes, qu’elles économisent des vies pour faire prospérer l’argent du crime…" Une conclusion s’impose aux journalistes continentaux qui focalisent sur la voyoucratie corse : le crime est de plus en plus présent et prospère sur la misère laissée derrière elle par la dérégulation libérale. Et cette règle n’est pas corse mais universelle.
GXC