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L’édito d’Aimé Pietri

jeudi 19 mai 2011, par Journal de la Corse

LE MAL POUR LE BIEN

La levée de boucliers qui a suivi, en Corse, l’appel au boycot lancé, l’autre jour à la télévision, par Bernard-Henry Lévy ne justifierait pas que l’on apporte de l’eau au moulin des contestataires. D’abord parce que B-H.L. n’est pas l’oracle de Delphes et encore moins le prophète des prophètes chanté par les poètes de l’Antiquité ; ensuite parce que ses détracteurs n’ont pas vraiment mesuré les conséquences de cet appel dont le seul objectif était de mettre en exergue son auteur qui se nourrit des « coups » qu’il monte à son avantage. Ils se sont empressés de briser leurs lances sur des moulins à vent que même Don Quichotte n’aurait pas chargé. Remettant, sans le savoir, quelques louches supplémentaires de publicité à celui qui ne cherchait que ça. En fait un tel remue-ménage ne sert pas seulement le prétendu philosophe mais, mieux encore, l’industrie touristique de la Corse. Car en considérant les événements qui ont secoué l’île au cours de ces trente dernières années, on se rend compte qu’ils ont été accompagnés d’une progression des vacanciers. Et cette progression n’a été stoppée ni par les plasticages et les actions commando du FLNC ni par les assassinats et meurtres divers dont le bilan alimente les allocutions des chefs de cour aux rentrées judiciaires. Tout se passe comme si la poudre et le sang étaient des aimants plus puissants que les campagnes de l’A.T.C et comme si le « die Räuberromantik », le romantisme du brigand, selon la formule inventée par les littérateurs allemands, exerçait un véritable pouvoir d’attraction chez les visiteurs potentiels. Et l’on se souvient encore des belles anglaises qui, au début du siècle dernier, étaient prêtes à vendre leur âme pour une rencontre au maquis avec un « bandit d’honneur ». A partir de là, dire du mal de la Corse peut quelquefois apparaître plus rentable que d’en dire du bien.

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