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L’Anghjuledda, paradis d’Olivier Segonne

jeudi 16 août 2012, par Journal de la Corse

Installé depuis octobre 2005, à quelques kilomètres de Grussetu, Olivier Segonne, un ancien informaticien, a créé « L’anghjuledda », un atelier de confitures bio qu’il gère entièrement, de la cueillette des fruits à la transformation. Mais l’activité de cet amoureux de la terre, qui a trouvé là, une véritable vocation, ne s’arrête pas là. Il vend, en effet, le produit de ses récoltes (fruits et légumes), des plants maraîchers et également, lors de la période requise, des agneaux. Rencontre avec un passionné…

On peut dire d’Olivier Segonne, que sa vie a basculé en 1995 quand il a épousé Dominique. Originaire de Grussetu, cette dernière n’a, en effet, pas dû insister beaucoup pour convaincre son mari de venir s’y installer. Une union dont naîtrons deux enfants, Faustine et Guillaume.

Le travail de la terre, une vocation

Olivier, pour sa part, a décidé, dix ans plus tard, de quitter son emploi d’informaticien à la MSA pour venir travailler la terre. « J’ai toujours aimé cette vie, souligne t-il, sans doute était-ce une vocation. » L’agriculteur débute son activité avec quelques parcelles de terrain au dessus de Grussetu. « On a commencé avec les fruits des vergers traditionnels qui existaient déjà, poursuit-il, puis, peu à peu, nous avons acheté des terrains et l’exploitation a grandi. » Aujourd’hui, elle s’étale sur 40 hectares qu’Olivier doit travailler de ses mains afin de cultiver, tailler.... Mais l’homme est particulièrement méthodique. Il a avancé, pas à pas, pour arriver, à ce jour, à produire fruits et légumes entièrement bio. « De la plantation à la transformation. » Ainsi, sur des surfaces interminables, il cultive tous les légumes, épices et fruits notamment 500 pieds de tomates issues d’une quinzaine de variétés : cœur de bœuf, orange, banane, russe noire, tomate des Andes, etc » pour, rajoute t-il, avoir une plus grande diversité de produit mais en insistant surtout sur la diversité gustative. » Un peu plus bas, ce sont les fraisiers et framboisiers, puis les arbres fruitiers ; pommiers, poiriers, figuiers, pruniers, etc. En haut, ce sont les arbousiers et les châtaigniers… L’ensemble nécessite un travail titanesque, de surcroît en zone montagneuse, souvent difficile d’accès. « La mécanisation est différente, reprend l’agriculteur, c’est plus difficile de nettoyer. On doit s’adapter. » Mais Olivier a de la suite dans idées ; il est assisté dans cette tâche, par…une soixantaine de brebis qui contribuent au nettoyage des terrains. Un peu plus haut, bordé de châtaigniers, l’atelier de transformation des fruits surplombe le tout.

4000 pots par an

C’est, en quelques sorte le « cheval de bataille », de l’agriculteur, son produit phare, même s’il souligne que « tout est complémentaire au sein de l’exploitation ». Ses confitures sont confectionnées sous l’appellation « l’Anghjuledda », en référence à cette fleur de montagne, « dont les anciens disaient qu’elles assuraient la prospérité des récoltes durant toute l’année. Je suis resté sur cette symbolique. » Mais il a fallu se démarquer d’une concurrence importante. « Nous avons choisi de travailler avec des fruits entiers et en morceaux. » Ainsi, de 3000 à 4000 pots, sortent, chaque année, de l’atelier. « C’est une petite production mais elle est suffisante pour l’instant. » Et il y en a pour tous les goûts : gelées, veloutés (courgette), ratatouille et même sauce tomate avec, en chef de file, la confiture, déclinée sous toutes les saveurs : melon, fraise, framboise, coings, oignons, arbouse, châtaigne, etc. La plus côtée ? La confiture de figues. Sur chaque étiquette, des noms en français et en corse, sont inscrits, de même que le sigle AB (agriculture biologique). Olivier alimente quelques magasins bio dans la cité impériale et aux alentours. Les foires ? « Nous allons au marché de Noël à Porticcio. Pour le reste, je préfère fidéliser ma clientèle. »

Un cahier des charges strict

Quant à la fabrication proprement dite, elle reste son secret. « Tout est bio depuis le départ et même jusqu’au sucre » assure l’agriculteur. Chaque année, l’organisme Ecocert, vient faire le tour de la propriété, examine les produits, vérifie les commandes, etc. « Il nous faut un cahier des charges particulièrement stricte, rappelle le maraîcher, tout doit être bio, du début à la fin. » Parallèlement à l’atelier, l’agriculteur prend soin de proposer à sa clientèle, chaque jour, d’avril à octobre, le fruit de ses récoltes. Auparavant, ce sont les plants maraîchers qu’il vend (40000 par an). « Avec la vente des agneaux, cela nous permet d’avoir une activité étalée quasiment sur toute l’année. » L’avenir semble se présenter sous de bons auspices pour l’ancien informaticien. « Fin décembre, les crédits, à l’exception du foncier seront remboursés. Nous allons pouvoir souffler un peu. Cela fait cinq ans que l’on vit sur un seul salaire. Le reste a servi à rembourser les prêts ou à réinvestir chaque année. On espère, si tout va bien, créer un emploi, au moins saisonnier, l’an prochain. » Pour l’heure, Olivier ne songe pas encore à passer le flambeau à ses enfants, Faustine et Guillaume. « Ils sont encore jeune et ne doivent pas être contenus dans un schéma. Ils feront leur vie, on verra plus tard. Tant que j’ai la force, je continuerai. » Il montre bien, en tout cas, qu’en alliant travail, sérieux et volonté, le tout avec la passion et l’amour de la terre, il n’est pas impossible, aujourd’hui, de vivre en zone rurale en Corse.

Philippe Peraut

Photos T.Canazzi

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