À 52 ans, François Gabrielli vient successivement de prendre les rênes de la Chambre des Métiers de Corse-du-Sud et de la Chambre Régionale des Métiers. À une semaine d’intervalle, il se voit confier deux missions supplémentaires -et de taille- qui viennent s’ajouter aux multiples responsabilités qui sont les siennes depuis bientôt quatre ans, au sein de la municipalité ajaccienne. Homme de convictions et surtout homme de terrain -il se qualifie comme tel- François Gabrielli cumule surtout, avec ses différents mandats, les importantes charges de travail qui leurs sont inhérentes. Autant de responsabilités qu’il entend assumer. Il revient, dans cet entretien, sur ses deux élections à la présidence des Chambres des Métiers et précise ses axes de travail pour le développement de l’artisanat en Corse. Le commerçant qu’il est n’oublie non plus le combat qu’il mène depuis déjà bien longtemps contre la grande distribution.François Gabrielli : « Nous voulons être des hommes de terrain au service de l’artisanat »Vous avez été élu, sans surprise, à la présidence de la Chambre des Métiers de Corse-du-Sud, le 22 novembre dernier. Que cela vous inspire t-il ?Oui, ce n’est pas vraiment une surprise. Mais il faut savoir que je suis présent sur ce terrain, depuis, maintenant près de vingt cinq ans. J’ai travaillé avec Claude Sozzi, mon prédécesseur et cette élection s’inscrit, en quelque sorte, dans une continuité. Nous avons une équipe jeune et dynamique, qui compte tout de même 28 nouveaux membres. Quant à notre mission, nous allons nous efforcer de poursuivre le travail qui a été fait auparavant, tout en étant plus présents sur le terrain.L’élection à la présidence de la Chambre Régionale des Métiers, une semaine plus tard a créé une désunion entre les deux chambres. Pourquoi cette désunion et va t-elle nuire au bon fonctionnement de la Chambre Régionale ?La tradition veut que, depuis une bonne dizaine d’années, chacune des deux chambres prenne la présidence pour deux ans et demi. Cette fois-ci, l’UPA de Haute-Corse a simplement voulu inverser cette tendance. Ensuite, lors de l’élection, elle a essayé de détourner les voix de l’UPA de Corse-du-Sud mais cette manoeuvre s’est retournée contre elle. J’ai été finalement élu à la tête de la Chambre Régionale mais cette désunion est loin de me réjouir car elle risque de pénaliser les artisans. Et je veux être le président de tous les artisans.Quelles sont les priorités de votre mandature ?Nous voulons être des hommes de terrain au service de l’artisanat, et plus particulièrement de l’artisanat de proximité. Dans le milieu rural, ces artisans ont un rôle très important qui dépasse, parfois, le cadre de leur profession. Ils ont quasiment un rôle social et contribuent, par ailleurs, au développement des microrégions en faisant le choix de travailler dans l’intérieur. L’artisanat, c’est, ne l’oublions pas, le premier employeur de l’île. C’est la raison pour laquelle nous allons tout mettre en oeuvre pour défendre ce secteur.De quelle manière comptez-vous y parvenir ?Tout d’abord, nous allons travailler sur la fiscalité, une démarche qui est, du reste, également notre cheval de bataille sur le plan national. On s’attaque, certes, à un gros morceau : le statut fiscal des auto-entrepreneurs mais la situation n’est pas claire vis-à-vis des artisans. Actuellement, ce statut équivaut à légaliser le travail au noir. On va simplement se battre pour l’égalité entre tous. Les auto-entrepreneurs doivent s’aligner sur le statut fiscal des artisans. À défaut, c’est l’artisanat qui s’aligne sur eux (pas de chiffre d’affaire=pas de charges à payer). Pour ce faire, nous avons, d’ores et déjà mis en place plusieurs mesures, notamment la nécessité d’une qualification et l’inscription obligatoire auprès des registres de la chambre des métiers. Cela nous permettra de contrôler les installations. Ensuite, nous comptons également faire changer les choses au niveau des banques. Elles profitent de la crise. Nous estimons qu’un artisan est détenteur d’un savoir-faire et qu’il doit, de ce fait, bénéficier d’avantages. Or, s’il ne peut pas hypothéquer, on ne lui prête pas, ce qui me paraît impensable. D’autres chantiers ?Oui...et non des moindres ! La reconnaissance envers le monde politique. Elle est indispensable. L’artisanat insulaire représente avec ses quelque 10000 entreprises recensées, la première économie de l’île. Elle est, à la fois, le premier employeur et le premier employé de Corse.Le combat que vous menez, depuis déjà fort longtemps, contre les grandes surfaces, est-il, selon vous, toujours d’actualité ? N’est-il pas, au contraire, un refus à l’essor, logique, de villes comme Ajaccio ou Bastia, sachant, par ailleurs, que la population augmente un peu plus chaque année ?Cela fait plus de vingt ans que je me bat contre les ouvertures dominicales. Elles ont sonné le glas des petits commerces du centre-ville qui ont, eux aussi, besoin de vivre et qui participent à la vie des quartiers. Concernant l’extension des grandes surfaces, elles me paraît logique...dans les grandes villes. Il ne faut pas faire n’importe quoi sous prétexte qu’Ajaccio doit se mettre au diapason des autres villes de France. L’extension prévue du côté de Mezavia sur une surface de 20000 m2 est, pour ma part, catastrophique ! Elle profite aux vacanciers. Nous avons du monde deux mois par an, durant la saison estivale, et les huit mois restants, les Ajacciens vivent entre eux. Ce n’est donc pas justifié. Cela va achever de ruiner les petits commerces sans rien changer, pour autant, au « statut » de la cité impériale, classée, comme chacun le sait, « ville la plus chère de France ». On favorise, une fois encore, la grande distribution, c’est tout.Vous menez, de front, plusieurs combats dans lesquels vous êtes engagés. Comment comptez-vous les concilier tous ?Concernant la chambre des métiers, l’élection régionale vient se rajouter à mon élection départementale. Cela représente, il est vrai, une charge de travail supplémentaire. Mais tout est question d’organisation sachant que nous travaillons en équipe et qu’il y aura des délégations. Pour ce qui est de mes responsabilités -et elles sont nombreuses- au sein de la municipalité, je tiens toujours mes engagements et je continuerai donc de le faire. Monsieur le Député-Maire m’assure de son soutien, je l’ai toujours suivi, nous avons les mêmes orientations politiques depuis très longtemps, il me fait confiance et ne prendra jamais un engagement qui nuise aux artisans. J’ai donc, il est vrai, du pain sur la planche et je dois m’impliquer dans plusieurs domaines importants, que ce soit au niveau de la chambre des métiers ou de la municipalité mais je les mènerai jusqu’au bout.Cette ascension et les responsabilités qui lui sont inhérentes ne vous font-elles pas un peu peur ?Je suis un homme de terrain et c’est peut-être là mon atout principal. Je suis quelqu’un de modeste qui s’efforce de travailler dans le respect des droits de l’homme et de la légalité. Tout cela ne me bouleverse pas pour autant. je vais rester comme je suis. Simple et disponible auprès des gens. Interview réalisée par Ph.P.