Et un, et deux, et trois…. Session de l’Assemblée de Corse. Pour la quatrième fois au cours des ans, thème de la violence à l’ordre du jour. Sujet compassionnel et émotionnel s’il en fut, et s’il en est toujours. Qui ne s’inclinerait devant les victimes des violences ? Toutes les victimes quelles qu’elles soient. C’est pourquoi, on peut le penser, si l’initiative de cette session extraordinaire a été prise, c’est parce qu’elle était nécessaire. Elle correspondait aux sentiments de la psychologie collective dans l’île. A ce besoin ressenti d’une thérapie de groupe pour se purifier d’événements traumatisants et refoulés. Une psychothérapie par médiateurs interposés. Même si le président de l’Exécutif, a souligné fort justement que cette situation de violence n’est pas spéciale à la Corse. Et par delà, ajouteraient, peut-être certains, l’humanité n’est-elle pas flétrie du signe de Caïn depuis les origines ? Quoiqu’il en soit, le débat de l’Assemblée se montra exemplaire en l’absence de toute agressivité ou violence, fut-elle verbale, à la tribune ou dans les travées. Les interventions sont allées plus loin. Les observateurs n’ont pas manqué de relever « une sorte de consensus qu’on pourrait même qualifier de mou » selon l’expression d’un journaliste. Consensus pour ne pas approfondir la question de la violence, voire pour marquer une certaine distanciation avec elle. Chacun avait laissé au vestiaire les idéologies du siècle dernier sur la question. Les politico-sceptiques ne manqueront pas de reprendre la vieille rengaine selon laquelle un seul être ment sur la terre, c’est l’homme. Et à plus forte raison l’homo-politicus. Certes seul l’homme est capable de se composer un langage, un visage qui le fait paraître le contraire de ce qu’il est. Mais il n’y a en cette occasion nulle raison de soupçonner aucun des divers orateurs de bien parler et mal faire. La presse a qualifié le débat de banal et de terne. La solution dépendant d’autrui, et non de l’assemblée, celle-ci, à défaut de la force, ne pouvait avoir recours qu’au verbe. On ne s’étonnera donc pas que le flot tribunicien ait convergé vers l’Etat, force concentrée et organisée de la société. Un Etat mis en cause de tous côtés, principalement pour sa défaillance de protection, autrement dit un Etat protecteur. Et qui pourra contester que l’Etat a un impératif de protection ? Derrière cette attraction-répulsion de nos représentants face à l’Etat, se profilait côté pile, plus ou moins voilé, un appel au secours d’une société en crise profonde. Seul, un des conseillers fit référence aux « paceri » d’autrefois qui contribuèrent à mettre fin au banditisme. La mémoire corse a conservé le souvenir des ces grandes figures du XIXe siècle, l’évêque d’Ajaccio Mgr Casanelli d’Istria et le père Albini, franciscain. Ils réussirent par leur courage, leur dévouement et leur connaissance des mentalités à pacifier de nombreuses « pievi », acclamés par des foules qui criaient « Pace ! Perdono à tutti ! » A Albertacce, Pietra di Verde ou à Guagno, et tant d’autres lieux encore. Mais ces « paceri » auraient été impuissants face à la violence anonyme. Napoléon III qui, lui aussi, aimait les Corses, réussit à éradiquer en grande partie le banditisme par l’amélioration de la force publique, la mise en place de moyens de surveillance plus actifs et par le désarmement des insulaires, mais également par l’action des travaux publics, la création de nombreuses routes, et les entreprises de dessèchement des marais. Ne critiquons pas l’Assemblée de Corse. Elle a fait pour le mieux. Néanmoins, dans cette ambiance de tristesse, les habitants de cette île pourront s’enorgueillir du choix par les Français, d’un de leurs compatriotes insulaires comme l’homme de l’année. Il s’agit du professeur Lantieri, chirurgien de renommé mondiale, pour ses exploits dans la greffe du visage et son dévouement au service des grands blessés et infirmes. Un choix mérité.
Marc’Aureliu Pietrasanta