La réforme des retraites a marginalement mis en exergue une peur sourde qui hante le monde occidental : celle d’un monde vieillissant et finissant incapable de faire face au tsunami jeuniste venu d’Orient. Et en Corse, le phénomène est accentué. Immigration ou vieillir il faut choisir Les récentes et consternantes déclarations d’Angela Merkens à propos de l’Islam ont eu un mérite et un seul : mettre sur la table la mortelle contradiction du monde occidental. Détenteur d’une grande partie de la richesse mondiale, il a vu, ces dernières décennies son taux de fécondité descendre en-dessous du seuil de renouvellement tandis que son économie devenait de plus en plus dépendante de cette autre partie du monde, l’Asie et l’Orient, qui explose de jeunesse et de dynamisme. En Allemagne, le cas est encore plus confondant : ce pays est en déficit de main-d’œuvre qualifiée, main-d’œuvre qui se trouve en partie parmi les jeunes diplômés allemands d’origine turque. Mais le racisme ambiant et le dynamisme remarquable de la Turquie font que ces cerveaux quittent la vieille Allemagne, crispée sur son conservatisme. Et c’est le même scénario pour la Belgique, l’Italie ou la France. Et ne parlons pas de la Corse qui commence à peine à former ses jeunes en fonction de l’avenir et met un coup de frein à la fabrique d’avocats, historiens ou profs de gym. Pour ce qui concerne le système de retraites par répartition, le problème est plus simple encore : où les Européens de souche (mais une partie de la Turquie n’est-elle pas européenne ?) décident de faire trois enfants par couple où ils acceptent d’accueillir des étrangers dont un nombre a vocation à terme de devenir français. Sinon tout débat sur les retraites est condamné à être remis en cause tous les cinq ans et les solutions à s’avérer de plus en plus douloureuses. Une partie du patronat allemand ne vient-il pas de suggérer de rétablir la semaine de 45 heures et de fixer le départ à la retraite à 70 ans. Autant dire que la moitié des travailleurs n’atteindront pas ce cap fatidique et ce seront ceux qui auront été employés dans les métiers les plus durs. Une France vieillissante et une Corse cacochyme L’INSEE vient de faire tomber son verdict impitoyable : d’ici 50 ans, un Français sur 3 aura plus de 60 ans. Le nombre de sexagénaires a augmenté de 80 % du nombre en un demi-siècle. Ainsi, 32 % de la population résidant en France métropolitaine devrait être âgée de plus de 60 ans à l’horizon 2060, contre 31 % en 2035 et 21 % en 2007. Ce qui signifie que plus de 23 millions de Français devraient être âgés de plus de 60 ans vers 2060. Selon une courbe régulière (l’imprévisible est toujours à prévoir) le nombre de Français, tous sexes confondus, âgés de plus de 75 ans pourrait passer de 5,2 millions en 2007 à 11,9 millions en 2060 et les plus de 85 ans de 1,3 à 5,4 millions. Les projections de l’INSEE dessinent un monde âgé et peu accueillant pour les moins de 20 ans. Ainsi la France métropolitaine comptera quelque 73,6 millions d’habitants au 1er janvier 2060, soit 11,8 millions de plus qu’en 2007. Parmi eux, 22,1 % seront âgés de moins de 20 ans, 45,8 % auront entre 20 et 59 ans, 5,4 % entre 60 et 64 ans, 10,5 % entre 65 et 74 ans et 16,2 % auront au moins 75 ans. Il y aura une augmentation de 2.000 centenaires par an entre 2010 et 2046, puis d’une hausse de plus de 8.000 centenaires par an jusqu’en 2060 ce qui devrait donner 200.000 centenaires en 2060 contre 15.000 aujourd’hui. Si on applique le ratio à la Corse, notre population comptera alors moins de 20 % de jeunes de moins de 20 ans, 40 % entre 20 et 59 ans et 40 % au-delà. C’est la promesse d’un choc de générations les plus anciens étant dès lors considérés comme des poids insupportables par des jeunes de moins en moins nombreux et victimes du chômage. Le cœur de l’île touchée À lire de telles prédictions, on se rend bien compte que de telles sociétés ne sont pas viables à terme. Elles portent en elles le germe de leur mort annoncée et de chocs migratoires effrayants. Aujourd’hui, la vieille Europe ne surnage que grâce à son passé, son potentiel militaire et à un capitalisme lié au dollar. Mais que pourra faire le vieux monde lorsque les trois quarts de l’humanité posséderont outre la jeunesse, le nombre (donc la force) le dynamisme et le savoir faire ? Sera-t-il tout simplement possible de continuer à s’affirmer comme les maîtres du futur ? Quant à la Corse, elle doit dès aujourd’hui se poser les questions que soulève son vieillissement et s’atteler à des solutions dès aujourd’hui. C’est le cœur de l’île qui est touché par ce phénomène. On peut toujours le regretter : c’est un fait incontournable que ni les pleurs ni la haine ne résoudront. La vieille Corse est comme une banquise qui fond année après année. Et pour la reconstituer il n’y a que l’ouverture et la confiance en soi. Peut-être aussi est-il temps de se préparer à accueillir les plus anciens dans des institutions un peu dignes ? La vieillesse est l’avenir de la jeunesse ne l’oublions pas. GXC