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EURO-MEDITERRANEE Orages sur l’Europe

mercredi 1er décembre 2010, par Journal de la Corse

Malgré les dénégations de ses dirigeants, les marchés considèrent que l’Espagne pourrait avoir besoin d’une aide internationale comme la Grèce et l’Irlande, compte tenu de son énorme déficit public. Le Portugal a annoncé de son côté un plan d’austérité dramatique afin d’éviter un naufrage. Les protestations sociales se multiplient : grève générale au Portugal, colère étudiante en Grande-Bretagne, manifestations en Irlande. Le paradoxe de la crise Selon les autorités européennes, la stabilité de l’euro justifie les plans d’austérité qui sont en train de hacher menu les classes moyennes en Occident. Malheureusement, l’annonce de tels plans et la quasi-assurance qu’ils ne régleront rien provoquent sur les marchés une hausse des emprunts d’État provoquant une aggravation de la crise. La spéculation mondiale craint en effet (et à juste titre) qu’une grande partie de la dette des états en crise ne soit jamais remboursée. Elle prête donc à des taux invraisemblables. Ainsi ils ont atteint pour l’Espagne plus de 5 %. Pour ce qui concerne l’Irlande ils sont montés à 8,5 %, 6,909 % pour le Portugal soit une progression de 18 points de base en deux jours. Pour la Grèce, ils atteignent les 12 %. Et le pire est à venir car ces taux progressent chaque jour. Cela signifie qu’au fur et à mesure que ces pays empruntent pour payer leur dette, celle-ci s’alourdit. Or dans un même temps, un pays « sûr » comme l’Allemagne emprunte à 2 % sans aucun problème. Les états pauvres s’appauvrissent tandis que les états riches s’enrichissent en prêtant aux premiers avec des rendements jamais atteints. Autre paradoxe : les plans d’austérité détruisent la consommation aggravant le mal qu’il est censé guérir puisque seul un redémarrage de l’économie peut permettre de réellement amoindrir le poids de la dette. Un phénomène d’ampleur mondiale La crise irlandaise démontre que le problème actuel n’est pas seulement celui de l’arc méditerranéen jugé peu productif. L’économie grecque est en effet peu rentable puisqu’essentiellement basé sur les services et le clientélisme. Mais l’Irlande, terre de miracle, hier est entrée en récession à cause de la crise mondiale. Les banques avaient prêté de manière exagérée pour servir la bulle immobilière. Or les remèdes qu’elle a choisis sont atroces pour la population (baisse des prestations sociales, abaissement des salaires et notamment du salaire minimum, alourdissement des impôts) en même temps que les autorités irlandaises ont choisi de garder un taux d’imposition pour les entreprises deux fois moins élevé que celui fixé par l’Europe (12,5 %). Est-il tout simplement moral que l’argent public serve à renflouer des institutions privées qui sont à l’origine de la crise et qui n’hésiteront pas à, de nouveau, spéculer avec l’argent du contribuable ? Mais l’imbrication du système bancaire européen fait que tous les pays de l’Union pâtissent de cette crise. Mais les 90 milliards « prêtés » à l’Irlande ont également un coût pour chacun des partenaires européens. Ainsi il s’élève à 20 milliards pour la France. C’est dire que les promesses sarkozystes en matière de réduction de la dette, laissent les spécialistes sceptiques. De quelque bout qu’on prenne le problème, il aboutit à des résultats très pessimistes. L’Europe craint qu’on ne permettant aux pays les plus touchés de sortir de la zone euro, ceux- ci ne dévaluent leur monnaie rendant l’euro trop cher pour permettre des échanges commerciaux équilibrés. C’est déjà le cas avec un dollar bas et un yuhan artificiellement maintenu à un taux ridicule. Les marchés à l’assaut de l’Europe La hausse des taux d’emprunt traduit le scepticisme des marchés quant à la capacité de réduire les déficits budgétaire. C’est vrai pour le Portugal qui souffre d’un modèle de croissance en panne et d’un manque de compétitivité mais aussi pour l’Espagne. Or l’hypothèse d’un appel à l’aide de l’Espagne épouvante les autorités européennes car sa taille n’a rien à voir avec la Grèce et l’Irlande. À lui seul, le PIB espagnol pèse près de 12 % du PIB de la zone euro ! Le fonds de soutien européen ne pourrait alors suffire. L’Europe devrait alors faire appel aux fonds mondiaux et perdrait le peu d’indépendance économique qui lui reste. Mais c’est l’Italie qui constitue la plus grande menace qui soit pour la monnaie unique européenne. L’endettement public de la péninsule a atteint 116 % du PIB en 2009 (soit environ 1.800 milliards d’euros). Et cela dans un contexte de crise politique extrême. La France réussira-t-elle à échapper l’effet domino de la crise de la dette en zone euro ? L’économiste américain Nouriel Roubini, qui avait anticipé la crise des subprimes, estime que les finances publiques de la France n’étaient pas "en bien meilleur état" que celles de la périphérie. "C’est juste que, comparés aux autres, ils n’en sont pas encore au même point", juge-t- il. La réforme des retraites a été considérée comme un signal positif envoyé au marché quant à la capacité de la France d’entamer la réduction de sa dette à moyen terme. Les marchés dictent leur loi et la gauche européenne n’a pas réussi pour l’instant, à présenter un plan alternatif ? Toute la question est de savoir s’il existe en restant dans le cadre d’un capitalisme libéral ? GXC

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