Le nationalisme de centre droit l’a emporté en Catalogne avec un tiers des voix et 135 députés balayant la tripartite de gauche qui gouvernait, sous la houlette des socialistes, la Catalogne depuis 2003. Mais sous l’apparence d’une victoire de l’autonomie, c’est en fait l’égoïsme de l’une des régions les plus riches de la péninsule ibérique qui s’est affirmé. Sous le signe de la crise Les 5,3 millions d’électeurs catalans étaient les premiers appelés aux urnes depuis l’entrée de l’Espagne dans l’austérité. Le gel des pensions de retraite, la réduction du salaire des fonctionnaires, la diminution des indemnités de licenciement, l’intention de reculer de 65 à 67 ans le départ à la retraite et la persistance de 4,6 millions de chômeurs (20 % de la population active) ont fait du gouvernement socialiste espagnol de José Luis Rodriguez Zapatero l’un des plus impopulaires de la démocratie postfranquiste. Ce sont les sondages qui l’affirment. Or, Zapatero s’était personnellement impliqué dans les élections catalanes ce qui a abouti à une débâcle historique des socialistes catalans (18,32 %) alors même que la mobilisation de l’électorat n’avait jamais été aussi forte. C’est le score le plus faible obtenu par le PSC au cours des 9 élections au Parlement catalan depuis 30 ans. Ce recul s’accompagne de celui de leurs alliés républicains indépendantistes d’ERC (Esquerra Republicana de Catalunya) et écolos-communistes d’ICV (Iniciativa per Catalunya Verds). Cette tripartite de gauche perd sa majorité absolue et le pouvoir. Elle chute de 50,37 % à 32,71 % des voix et de 70 à 48 élus. La droite castillane du Partido popular progresse après une campagne violemment anti-autonomiste et anti-immigrée. Le PP catalan obtient les meilleurs résultats de son histoire, progressant de 14 à 18 députés et de 10,65 % à 12,33 % des voix. La droite autonomiste à la présidence Artur Mas, ramène donc le nationalisme de centre droit de CiU (Convergencia i Unio) au pouvoir régional qu’il avait déjà assumé pendant près d’un quart de siècle, de 1980 à 2003. Avec 62 députés et 38,47 % des suffrages, CiU n’atteint pourtant pas la majorité absolue à six députés près. Il est vraisemblable que le scrutin catalan soit le signe annonciateur de prochaines défaites du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de M. Zapatero face au PP que préside Mariano Rajoy. Le grand parti conservateur, qui gouverna l’Espagne de 1996 à 2004, est crédité dans les sondages nationaux d’un taux de préférence se rapprochant de 45 %, avec une avance de 8 à 14 points sur les socialistes. Axe souverainiste de droite Les autonomistes de centre-droit ne cachent pas leur volonté d’accéder à l’indépendance mais petit à petit. Le fondateur de CiU, Jordi Pujol appelle à arracher progressivement à Madrid des tranches d’autonomie. Les autonomistes n’avaient pas accepté la restriction de l’autonomie catalane pour le tribunal constitutionnel en juin 2010. À l’époque, Artur Mas avait déclaré que "la Catalogne devra maintenant changer de voie et miser sur la possibilité de décider de son propre futur". Le leader nationaliste ajoutait même qu’il voterait oui lors d’un éventuel référendum sur l’indépendance, mais en précisant aussitôt qu’un tel référendum n’est pas d’actualité. Aujourd’hui, c’est donc un axe souverainiste qui remplace l’axe de gauche qui a dirigé la Catalogne au cours des sept dernières années. La ligne politique de la nouvelle majorité est loin d’être sociale. La première revendication est de contrôler les impôts afin de moins verser aux régions pauvres de l’Espagne. L’ancien président de la région, Jordi Pujol, déclarait il y a une semaine que les ponts politiques et affectifs avec l’Espagne étaient rompus. « L’Espagne sait ce qu’elle voudrait être : un État centralisé, où Basques, Catalans et Galiciens seraient totalement assimilés. La Castille veut que l’Espagne soit comme la France. Un pouvoir économique, politique et administratif très fort, très concentré. Les autres langues, les autres sensibilités et valeurs doivent disparaître. L’Espagne y est parvenue dans la plupart des régions, mais la Catalogne a résisté ». Une affirmation fausse puisque le Pays Basque possède un statut plus avantageux que la Catalogne. Jordi Pujol explique les raisons de la colère catalane : « La Catalogne est l’une des régions les plus mal financées. Certes, les régions les plus riches doivent aider les plus pauvres. Les impôts qu’elles versent à l’État dépassent les subventions qu’elles reçoivent ; c’est ce qu’on appelle la solidarité. Mais il y a des limites ! Concrètement, 8,5 % du PIB de la Catalogne disparaît au profit d’autres régions espagnoles. Cette situation n’est pas supportable. En Allemagne, les Länder ne font acte de solidarité qu’à hauteur de 4 %. C’est ce que nous demandons ». Ferran Requejo, politologue de l’Université Pompeu Fabra, parle de son côté d’une profonde distanciation : « Notre déficit vis-à-vis du reste de l’Espagne équivaut à 10 % du PIB catalan. Grosso modo, 22 milliards d’euros sortent de Catalogne, une véritable spoliation fiscale. Le problème de fond est que l’actuel modèle constitutionnel est incompatible avec un Etat plurinational et plurilinguistique. De fait, l’Espagne récente est une mauvaise copie de la France. Ce qui fait, à mes yeux, que l’option indépendantiste est raisonnable. Historiquement, la Catalogne n’a pas été suffisamment forte pour se séparer de l’Espagne. Mais, d’un autre côté, l’Espagne n’a jamais été suffisamment forte pour imposer un pays uniformisé. » Nationalisme étroit sur fond de revendication autonomiste Les raisons de la victoire catalane sont loin d’être clairs. Sur fond d’une réalité nationale incontestable, c’est un véritable égoïsme national qui s’exprime à travers le scrutin. Il rejoint celui de la Lega del Norte italienne ou encore celle des partis flamingands. L’Europe a été incapable d’impulser un véritable esprit continental et montre une faiblesse inquiétante. La spéculation mondiale s’en prend désormais aux états comme hier elle s’en prenait, à travers les fonds de spéculation, aux entreprises. Dans un pareil contexte, les égoïsmes nationaux refont surface. Or les réalités nationales ne sont pas forcément les mêmes que les réalités étatiques. Les pays qui disposent d’états faibles, font eau de toutes parts. La spéculation s’attaque principalement aux états peu productifs qui ont essentiellement développé un secteur tertiaire et favoriser le clientélisme. La Catalogne ne veut plus payer pour l’Andalousie et les régions du sud espagnol comme la Lombardie dénonce la « paresse » méridionale. L’Allemagne et les pays scandinaves rechignent de plus en plus à assumer leur solidarité envers les pays du sud. Le FMI tient désormais entre ses mains une grande partie de l’Europe alors qu’hier un tel sort n’était réservé qu’au pays émergent. La pauvreté aiguise le repli des régions riches sur fond de xénophobie mais toujours dans un cadre libéral. Imaginons seulement que le nord de la Loire décide en France d’abandonner à leur sort les régions du sud. Ce serait alors un naufrage terrible dont la première victime serait la Corse. GXC