Cesare Battisti ne sera pas extradé. Et c’est une bonne chose. Il serait temps que l’Italie tourne la page des années de plomb. Un ancien délinquant devenu militant politique
Je n’ai pas grande sympathie pour Cesare Battisti. Il nie ce qui lui est reproché. Ancien délinquant, il est devenu membre d’un groupe clandestin armé d’extrême gauche actif en Italie durant les « années de plomb », les Prolétaires armés pour le communisme (PAC) il a été condamné pour quatre assassinats commis durant cette période et dont il se dit innocent. Emprisonné en 1979 et condamné en 1981 pour appartenance à une bande armée, Cesare Battisti s’évade et se réfugie alors au Mexique. En 1988, il est jugé par contumace par la Cour de Milan et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour deux assassinats et deux complicités d’assassinat commis en 1979. Il s’installe en France en 1990 et bénéficie de la « doctrine Mitterrand » après avoir publiquement renoncé à la violence. Une demande d’extradition vers l’Italie est refusée en 1991. Il séjourne librement en France, devient gardien d’immeuble puis publie plusieurs romans noirs à partir de 1993. Le 10 février 2004, il est à nouveau arrêté à Paris pour être extradé, suite à une nouvelle demande de l’Italie. C’est le début de l’« affaire Battisti ». Le 2 juillet 2004, le président de la République française Jacques Chirac déclare qu’il ne s’opposera pas à la décision de la justice française de l’extrader trahissant ainsi la parole donnée par son prédécesseur. Dominique Perben, Garde des sceaux, confirme ce changement de position : « Il n’y a pas d’ambiguïté. Il y a un changement d’attitude de la part de la France et je l’assume ». Le 8 juillet 2004, le gouvernement retire le décret d’application concernant sa naturalisation, qui était en passe d’aboutir suite à une procédure débutée en 2001. Le 21 août 2004, Cesare Battisti annonce qu’il reprend la clandestinité. Il était alors recherché par la police française. Cesare Battisti est retrouvé et arrêté au Brésil le 18 mars 2007. Aujourd’hui c’est le président Lula qui à la veille de céder son poste a estimé que Cesare Battisti risquait d’être soumis à des persécutions dans son pays d’origine.
Lula a eu raison
Je pense que Lula a eu raison. Non pas en fonction de la supposée innocence de Battisti : la justice italienne a tranché mais parce que la justice italienne n’offre aucune possibilité de recours à Battisti et que le gouvernement Berlusconi représente une vraie menace pour l’ancien militant clandestin. La justice italienne est aujourd’hui dirigée par un ancien militant d’extrême-droite. Le régime de Berlusconi est un mélange de populisme et de mafia. Les Italiens ont démocratiquement désigné le clown milliardaire. C’est leur problème. Mais le fait est que Battisti risquerait sa vie en étant incarcéré en Italie car il est devenu un enjeu de mémoire. L’Italie peine à tourner une page vieille d’une génération tout au moins quand il s’agit de l’extrême-gauche car tous les militants fascistes mis en cause pour des drames autrement plus atroces ont tous été relâchés. Battisti n’est évidemment pas le meilleur symbole du militantisme d’alors mais il a le droit à l’oubli. En France, les anciens collabos ont tous été libérés dans les années 60. Les militants de l’OAS ont tous retrouvé leurs droits en 1968. En Italie, la mémoire étatique est d’autant plus rigide que l’état est faible. Un dernier argument plaide enfin de Battisti. Un président de la République française s’était engagé en faveur des anciens brigadistes à la conditio qu’ils renoncent à la violence. Or, en France, existe l’idée d’une continuité de l’état. Jacques Chirac est donc un parjure et un félon. Cette attitude méritait d’être sanctionnée et c’est Lula qui l’a fait. Reste la question des victimes. L’extradition de Battisti ne rendra pas la vie aux malheureux qui ont été assassinés pas plus que ses jambes à celui qui les a perdus. En matière de justice, il y a certes l’idée de faire payer un criminel mais il y aussi celle tout aussi fondamentale de l’apaisement. Battisti n’est pas un homme intéressant. Il faut tout simplement s’en désintéresser.
Gabriel Xavier Culioli