Le Galsi entre Nabucco et South Stream
Le Galsi verra-t-il le jour ? Un député berlusconien affirme que le premier coup de pioche sera donné début 2011 tandis que les télégrammes de la diplomatie américaine récupérés par Wikileaks laissent au contraire prévoir le contraire. C’est que les grandes puissances se sont lancées dans des opérations géostratégiques pour les cinquante à venir auprès desquelles le Galsi et plus encore la Corse apparaissent comme des portions congrues.
Nabucco contre South Stream
La Russie tente aujourd’hui de récupérer son empire et les sources d’énergie sont un outil extrêmement efficace pour y parvenir. L’Ukraine traîne des pieds pour payer son gaz au point que la Russie lui a déjà fermé le robinet au nez. La Russie a donc programmé un gazoduc immense qui contournera la République rétive en mettant à profit la Tchétchénie, contourne les républiques baltiques et Pologne (coupables de ne pas aimer suffisamment la Russie et de se blottir sous l’aile de l’OTAN) et plonge vers l’Allemagne pour ensuite desservir l’Italie. Or dans un même temps, l’Union européenne a fait le choix de Nabucco afin de relativiser la puissance énergétique de la Russie qui attaque sur tous les fronts : Caucase, Arctique sans oublier la traversée de l’Afghanistan au prix de concessions faites au Taliban. Nous nous trouvons bien au cœur d’une véritable guerre qui dessinera les contours du monde de demain. Or l’Europe investit des milliards dans Nabucco destiné à contrer les menées russes et tenter de peser sur les droits de l’homme. Les télégrammes de Wikileaks font apparaître une Russie indéfectiblement liée à ses mafias qui disposent en Europe de points d’ancrage solides (Barcelone et Paris notamment). Le problème de Nabucco est qu’il est en partie aux mains de « traîtres » : l’Allemagne et l’Italie. Certaines compagnies énergétiques allemandes ont exprimé leur désir de participer au projet South Stream : c’est cela qui ressort d’une rencontre Berlusconi – Poutine relatée par Wikileaks. L’Allemagne veut ainsi relancer son offensive séculaire vers l’Est et bien des anciennes républiques socialistes à commencer par la Pologne craignent que ne soit réédité sur le plan énergétique le pacte germano-soviétique de 1940. Sans oublier l’ancien pays de l’Axe, l’Italie dont le dirigeant Berlusconi est totalement inféodé à Poutine. Aujourd’hui, Nabucco a du plomb dans l’aile tandis que le gazoduc russe (j’allais écrire soviétique) reçoit de plus en plus de soutiens. Les partenaires du Nabucco sont en train de tourner casaque : l’Azerbaïdjan s’est engagé avec Moscou, qui a promis protection et argent au régime de Bakou. Le Turkménistan, une autre dictature, vient d’entrer dans les affaires avec Eni et Gazprom pour ravitailler la Chine plutôt que l’Europe. Selon des télégrammes cités par Wikileaks les États-Unis se sont montrés préoccupés par "les relations excessivement cordiales entre Vladimir Poutine et Silvio Berlusconi" et l’accord entre les groupes italiens Eni et russe Gazprom sur Southstream, le gazoduc géant devant relier la Russie à l’Europe. D’autres passages parlent de "cadeaux généreux, contrats énergétiques rentables" et de Berlusconi, qui "semble être le porte-parole de Poutine en Europe".
Le Galsi aux oubliettes
Dans une telle politique, l’Algérie peut craindre d’être relativisé par ces grandes manœuvres. En fait le problème essentiel réside dans les capacités de l’Italie à investir dans plusieurs projets énergétiques. Ce pays n’est pas dans une grande forme économique et le Galsi est un investissement à long terme si, toutefois, il est un jour mis en service. En fait, l’impression dominante est que les deux adversaires, l’Europe et Nabucco d’un côté, l’ENI, Gazprom et South Stream de l’autre, se livrent une course de vitesse dans laquelle la Sardaigne et la Corse n’ont guère leur mot à dire. Seul espoir pour la Corse si le Galsi ne se réalise pas : la jonction de la Sardaigne avec d’autres sources gazières afin de pouvoir se greffer dessus. Enfin, il faudrait que EDF accepte de passer du fuel lourd au gaz ce qui est loin d’être acquis. Encore une affaire qui va accompagner la génération suivante sans trouver d’issue.
GXC