La guerre de sécession Nord Sud a commencé La crise de l’économie irlandaise semble sonner le début de la rupture entre le Sud et le Nord. D’un côté une Europe gréco-latine engluée dans son étatisme et son clientélisme et de l’autre une Europe du Nord qui sait anticiper et manie la vertu comme un outil économique. C’est au moins l’apparence d’une Europe au bord de la Sécession pour le plus grand bonheur du bloc sino-anglo-saxon. La crise irlandaise Si on en croit les agences de notation, l’Europe est divisée en deux. Au nord, une Europe vertueuse et laborieuse, soucieuse de répondre à ces critères de rentabilité et donc d’honnêteté. Au sud, une Europe latine, clientélaire et parasitaire. Au milieu de cet univers bipolaire se trouve un élément clef qui risque fort de faire capoter la construction européenne et d’offrir une victoire économique sans précédent au bloc anglo-américain : l’Irlande. La partie méridionale de cette île a eu longtemps valeur d’exemple. Elle était même appelée le Tigre celtique en référence élogieuse aux Dragons asiatiques, la Chine, Singapour, l’Indonésie etc. L’Irlande, grâce à un taux d’imposition sur les sociétés, tout à fait avantageux avait réussi à capter un millier de celles-ci (par exemple Dell, Intel, Microsoft ou Google) dopant une croissance qui avait atteint les 6 % par an. À partir de 2008, l’excédent commercial s’est accru en raison d’un recul de 10 % des importations affectant notamment les machines et équipements de transport. L’Irlande est le premier pays européen à entrer en récession victime de la crise financière internationale, de la chute du marché immobilier intérieur et d’un chômage croissant. Les spécialistes pensent que l’Irlande pourrait connaître une situation pire que celle provoquée par la crise de 1929. Or cette crise qui ne cesse de s’alourdir paraît inéluctable. L’Irlande a déjà injecté 50 milliards d’euros dans son économie, baissé de 20 % le salaire de ses fonctionnaires, rogné sur tout ce qui pouvait l’être. Mais c’est désormais le secteur bancaire qui ploie sous le poids de ses dettes occasionnées par des techniques de crédit qui rappelle celle des subprimes. La fracture nord sud Or la crise irlandaise (qui est littéralement abyssale) s’ajoute à celles des pays européens de l’arc méditerranéen (les PIGS) et de l’Islande. L’Europe vient de proposer (avant d’imposer) à l’Irlande une nouvelle injection de 100 milliards d’euros à la condition que ce pays se plie à un régime amincissant comme jamais aucun pays n’en a connu et qui fera reculer le pays de trente ans en arrière. Parallèlement, la Grèce également sous perfusion, vient d’annoncer qu’elle ne pouvait pas garantir le remboursement de sa dette européenne selon le calendrier prévu. La crainte de l’Europe est donc que les dominos basculent les uns après les autres entraînant d’abord l’Espagne et le Portugal puis l’Italie et la France. Les pays du Nord de l’Europe, Allemagne en tête, ont donc réclamé des pays du sud, plus de sacrifices encore, afin d’arrêter l’hémorragie et de satisfaire les agences de notation. Or qui dit rigueur dit également ralentissement de la consommation, chômage accru et donc moins de rentrées fiscales. C’est donc un cercle vertueux qui devient vicieux. Et c’est à terme la sécession de l’Europe germanique d’avec l’Europe gréco-latine. Le monde selon Bush C’est donc un monde un monde binaire qui est en train de se dessiner sous le pinceau de la crise. Mais ce monde ne correspond pas à la réalité économique. Car les deux pays les plus endettés du monde sont le Japon et les États-Unis. Désormais le Japon dépend entièrement de la Chine qui maintient sa croissance en refusant de réévaluer sa monnaie et en achetant de la dette américaine. Quant aux États-Unis, ils ont annoncé au sommet du G20 qu’ils entendaient faire payer leur dette au monde entier en réinjectant 600 milliards de dollars dans leur propre économie, somme colossale qui n’est rien d’autre que de la fausse monnaie sortie tout droit de l’imprimerie américaine sans contre-partie en terme de production. Cela signifie que l’oxygène américain n’est rien d’autre qu’un alourdissement supplémentaire de la dette nationale. Une guerre qui ne dit pas son nom Ce qui arrive est une vraie guerre mais une guerre économique ce qui est, si on y réfléchit bien, la finalité des grandes guerres : conquérir de nouveaux territoires. Il y aura des vainqueurs et des vaincus avec son lot de destructions, de misère et de malheurs. Les États-Unis sont bien décidés à la gagner contre l’Europe qui peine à montrer un front commun. Dans ce jeu cruel, l’Europe méridionale, à tradition sociale, est la première visée. Car les prochaines victimes seront les états et non plus les sociétés privées. Or qui dit état dit citoyens. Les citoyens seront appelés à vivre moins bien mais à payer toujours plus cher leur droit d’exister. Inventer de nouvelles formes de solidarité, créer du futur est donc une question de survie pour l’humanité tant il est vrai que même le capitalisme périra faute de consommateurs. Mais il faut faire vite. La crise irlandaise est le début d’une nouvelle étape de la déstructuration des états nation. GXC