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Entre passion et tradition familiale

vendredi 9 août 2013, par Journal de la Corse

Bastien Bizon-Maroselli, apiculteur

Entre passion et tradition familiale

Installé sur les hauteurs de Piscia Rossa, Bastien Bizon-Maroselli est l’un des 90 apiculteurs de Corse. Un choix de vie qui s’est imposé il y a quelques années pour cet ancien étudiant. Rencontre…

On ne dira pas, de Bastien Bizon Maroselli, qu’il est « tombé », tout petit dans les ruches (mal lui en aurait pris !!!). Et pourtant… « C’est une question de chromosomes, précise-t-il avec le sourire, mes deux familles, paternelle et maternelle, avaient des ruches. A cinq ans, j’avais déjà ma première combinaison confectionnée à partir d’un k-way et j’assistais mon grand-père. Puis, plus tard, je faisais mes premières récoltes avec ma tante, à Belgodère. »

Des études de langue à…l’apiculture

L’enfant fera son chemin suivant un cursus scolaire classique sans imaginer que ces souvenirs enfouis dans sa mémoire surgiraient un jour. Ainsi, Bastien décroche, logiquement un Bac, puis, trois ans plus tard, une licence d’Anglais à l’Université de Corse, à Corte. Jusqu’ici, pas question de songer à l’apis mellifica, le jeune homme semble se diriger vers une branche en lien avec ses diplômes. Pour preuve, il se rend, régulièrement, dans cette perspective, dans des pays anglophones. Puis, un jour, survient, un premier déclic. «  J’ai trouvé, reprend-il, un essaim d’abeilles audessus de ma porte d’entrée. Il s’était installé dans un nichoir à oiseau et y avait élu domicile. Je l’ai transvasé dans une vraie ruche. Ce fut ma toute première colonie. »

Le jeune homme doit se rendre en Australie, toujours dans le cadre des études…mais il vient de se mettre en couple et ce départ de l’autre côté du globe ne l’enchante guère. Il décide, alors, de devenir apiculteur. « J’ai suivi une formation en vue de l’obtention d’un Brevet Professionnel de Responsable d’Exploitation Agricole (BPREA), à Borgu, courant 2008 et me suis installé un an plus tard. »

Exploitant agricole en 2009

Et depuis 2009, son quotidien est intimement lié aux abeilles. Pour l’heure, l’apiculteur possède 200 colonies qui sont disposées à Piscia Rossa, Sarrola Carcopino et Tolla. Mais en quoi consiste la profession d’apiculteur ? « Il n’y a pas de temps mort, poursuit l’intéressé, c’est un travail qui s’étale sur toute l’année sans compter les heures. »

Pour le jeune homme, le pic survient entre mars et la mi-juin quand les colonies sortent de l’hivernage. « On procède à ce que l’on appelle les visites de printemps : état sanitaire des ruches, aspect du couvain (lieu où la reine pond), au renouvellement de la colonie, on vérifie, également, la présence de provisions et de maladies éventuelles. Les colonies doivent se développer dans de bonnes conditions si l’on veut une récolte importante et qui soit de qualité. On contrôle l’essaimage et veille à ce que la colonie n’élève pas d’autres reines. On en élève sur d’autres critères tels que la douceur afin qu’elles soient plus productives. »

Six variétés de miel

La première miellée, baptisée « miel de printemps » est à base d’asphodèle. Pour ce qui est des ruches plus lentes, l’apiculteur effectue le trajet jusqu’à Tolla, en montagne, pour donner un « maquis de printemps ». Mi-juin, toutes les colonies seront en montagne (Sarrola, Cinarca, Tolla) pour un « miel de châtaignier », très recherché, ou un « miellat du maquis » (août-septembre). « La profession est très inquiète quant à l’avenir du miel de châtaignier. Avec la maladie du cynips, les arbres sont aux trois quarts nus. Ce miel va disparaître durant quelques années au moins. C’est un coup dur pour nous car ce miel représente, tout de même un tiers de la production annuelle sur l’ensemble des apiculteurs. » (328 tonnes en AOP-AOC en 2012). Le « miel d’arbouses » « maquis d’automne » précède l’hivernage des abeilles (en plaine oui en montagne) de novembre à mars. Mais pour Bastien Bizon-Maroselli, pas de repos  ! « C’est un moment important de l’année, celui où l’on travaille à l’atelier : nettoyage, peinture, cirage des cadres, entretien, on recherche et fabrique, également, d’autres ruches. ». Pour ce qui est de la mise en pot, l’apiculteur a fait, récemment, l’acquisition d’une doseuse électrique. « Une nécessité car je suis passé de dix pots l’heure à…200 pots ! »

Cinq tonnes par an

L’étiquetage se fait à la main et nécessite l’aide de toute la famille. Puis la phase la plus importante : la commercialisation. « J’ai fait le tour des foires et décidé de faire le tri pour fidéliser une clientèle : Mele in Festa (Murzu), c’est l’incontournable rendez-vous des apiculteurs, Santa Lucia di Tallà, Bucugnà, Piedicroce, Filitosa… ainsi que quelques boutiques et la vente par internet. » Bastien Bizon-Maroselli produit cinq tonnes de miel par an. « Depuis deux ans, j’arrive à dégager un salaire et vivre convenablement. C’est un métier rentable. Mais les années 2012 et 2013, ont été les pires depuis 40 ans. Avec les printemps pluvieux que l’on a connus, les abeilles ne sont pas sorties et les récoltes s’en sont ressenties. » Six ans après avoir plaqué ses études, le jeune homme a, aujourd’hui, trouvé sa voie. « Ce métier, c’est un choix de vie, conclut-il, il faut être un peu fou, très motivé et passionné par ce que l’on fait. » Un exemple à suivre qui montre bien qu’à force de travail, on peut vivre de l’agriculture…

Philippe Peraut

LA SOCIÉTÉ Bastien Bizon Maroselli en quelques chiffres Création : 2009 Production annuelle : 5 tonnes Miels AOC-AOP : miel de printemps, maquis de printemps, miel de châtaigneraie, miellat du maquis, maquis d’été, maquis d’automne, toutes fleurs. Mail : bbmapiculteur@yahoo.fr Contact : 06-64-21-25-92 Vente en ligne : www.gietaravu.com

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