Carburants : La Corse à sec A sec, plus de sans-plomb, plus de gasoil,… les pancartes affichées sur les pompes des stations-services changent au gré des livraisons des deux tankers le Solène et le Clara partis chercher le précieux or noir dans les pays méditerranéens. Le 27 septembre, le personnel des terminaux pétroliers de Fos-Lavera, dans les Bouches-du-Rhône, a entamé une grève illimitée pour manifester leur opposition à la réforme portuaire. Le tanker le Clara s’est retrouvé en rade quelques jours au mouillage, sans pouvoir assurer ses livraisons de carburants en Corse. Trois jours plus tard, pour anticiper la pénurie qui se profilait, le préfet de Corse, Stéphane Bouillon, a pris des mesures de restriction dans l’approvisionnement des véhicules particuliers en gasoil (30 litres par jour pour les véhicules légers, 50 litres par jour pour les poids lourds). Las, un mouvement de panique s’est emparé des automobilistes qui se sont rués à la pompe pour faire le plein. En quelques jours, plus une goutte de gasoil n’était disponible. La préfecture a donc réquisitionné une trentaine de stations-services dans toutes la Corse et les a alimentées pour subvenir aux besoins des véhicules prioritaires. « J’avais dans mes pompes de quoi tenir une petite dizaine de jours, raconte un pompiste cortenais. Après l’arrêté préfectoral de restriction, mes réserves ont été asséchées en trois jours ». Automobilistes et entreprises ont opté pour la débrouille : covoiturage pour les uns, siphonages pour les autres. Sardaigne, Sicile, Italie, Espagne,… Le 7 octobre, le Clara, affrété par les compagnies pétrolières pour s’alimenter en gasoil à Cagliari, en Sardaigne, a mis un terme momentané à cette pénurie. Concomitamment, les réserves de sans-plomb, n’ayant pas été réapprovisionnées, se sont révélées vides. Pendant plus d’une semaine, les pompes de Haute-Corse sont restées vides. Et les blocages des terminaux pétroliers comme des raffineries se sont radicalisés. Les compagnies pétrolières ont par conséquent dû mettre en œuvre des circuits d’approvisionnement. La Clara est allé se ravitailler en Sardaigne pour une première rotation puis a complété sa cargaison en Sicile lors du chargement suivant. Le Solène a navigué jusqu’en Espagne pour remplir ses cuves de gasoil, sans-plomb et kérosène. A peine le dépotage achevé à Ajaccio le 24 octobre puis Bastia deux jours plus tard, il a repris la route vers l’Italie. Le ballet des tankers sur la mer Méditerranée ne devrait s’arrêter qu’une fois les raffineries et dépôts pétroliers rouverts. Mais cette solution transitoire a un impact financier pour les compagnies pétrolières, les affrètements s’avérant être onéreux. Ainsi que sur le chiffre d’affaires des stations-services qui fonctionnent au ralenti. Sur le continent, un quart des stations-services étaient fermé fin octobre. Malgré l’adoption de la réforme des retraites par le Sénat avec 177 voix et 153 contre, le conflit social ne semble pas se diriger vers l’apaisement. Les réquisitions du gouvernement pour débloquer les dépôts pétroliers et les raffineries ont accentué la radicalisation du personnel gréviste et ne constitue pas une solution à court terme. La pénurie de gasoil risque de s’étendre à tout le pays. La Corse, première région touchée, semble échapper à une crise majeure, même si la situation s’est avérée être très tendue quelques jours avant les ravitaillements des tankers le Clara et le Solène. Jusqu’à quand ? M.K